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Le dernier jour d’un condamné et Quatre-vingt-treize : deux romans qui s’appellent

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tayeb zaid


Le chapitre XXXIX de ‘’ Le dernier jour d’un condamné’’ offre à Victor Hugo l’opportunité d’écrire au crépuscule de sa vie l’un des romans les plus terribles de sa carrière. Les choses de la vie les plus cruelles, les plus sombres, les plus profondément méditées et dont il faut se défaire comme d’un lourd fardeau sont celles qui arrivent avec l’âge. Elles nous viennent comme une manière de tirer une sonnette d’alarme, comme une conclusion en préparation à un départ sans retour. Et ce sont les choses les plus obscures qui refont surface après avoir été longtemps enfouies en nous tout au long de notre jeunesse et de notre maturité. Elles ont besoin de plus d’espace pour être étalées au grand jour, pour le grand public et pour le repos de l’âme. Victor Hugo a donné à ce livre de la déchéance humaine le titre d’une date souillée par le sang qu’elle a vue couler à ruisseaux dans une France déchirées par la révolution de son peuple contre son système monarchique : Quatre-vingt-treize ! Quatre-vingt-treize, c’est plus un livre d’histoire qu’un roman de société ou de mœurs. C’est plus un documentaire qu’un récit de faits. On aura lu tous les livres d’histoire sur la révolution française, on aura moins compris ses tenants et aboutissants, ses bourreaux, ses victimes, ses ravages destructeurs. Il avait fallu ce cri de détresse, de douleur et de révolte du narrateur condamné à l’idée que la guillotine serait plus clémente que les autres moyens d’exécution qu’elle venait de remplacer, pour que la conscience de Victor Hugo soit ébranlée : ‘’ y a-t-il des morts de leur façon qui soient venus les remercier et leur dire : c’est bien inventé. Tenez-vous-en là. La mécanique est bonne. Est-ce Robespierre ? Est-Louis XVIII ?’’ Ce cri sans réponse, lancé à la face de la justice et de la société qui avaient envoyé le narrateur condamné à la guillotine est resté en gestation dans la mémoire de Victor Hugo comme une de ces choses hideuses qu’on fuyait mais qui finissait par nous rattraper. Hugo mettra plus de quarante ans avant que les lecteurs de ‘’le dernier jour d’un condamné’’ voient arriver un livre non moins hideux pour retrouver dans toute sa laideur une bonne partie de la réponse à ces deux questions sur ces deux hommes illustres dont les noms se trouvent évoqués dans ce chapitre. Le temps fait murir la pensée. L’âge aussi. Et Victor Hugo de 27 ans n’est pas celui de 72 ans. Quelle coïncidence ! Hugo l’insurgé contre la peine de mort et Hugo l’historien d’un chapitre sanglant de la révolution française ! Le jeune et le vieux se retrouvent à des époques différentes tout comme Louis XVIII et Robespierre se retrouvent sous le couperet de la guillotine. Un sort commun et des voies différentes. Ces deux noms ainsi juxtaposés que Victor Hugo a cités en guise d’argument désarmant pour décrier un lieu commun selon lequel la guillotine offrirait au condamné une fin sans souffrance, ne peuvent pas à eux seuls faire figures de proue dans un pays mis à feu et à sang. Marat, Danton, Saint Just et Robespierre sont les figures les plus sinistres de la révolution française à qui Victor Hugo a consacré l’un de ses terribles romans ‘’Quatre-vingt-treize’’. C’est une date qui a marqué la fin d’un régime monarchique, la destitution et l’exécution du roi Louis XVI par les guides de la révolution. Quatre-vingt-treize est également l’année des décapitations des héros de la révolution.

Au mot d’ordre des républicains ‘’Pas de grâce, pas de quartier’’ répond en écho celui des monarchiste ‘’Pas de quartier, pas de grâce’’. A la haine répond la haine et Le sang appelle le sang. Quatre-vingt-treize l’année constitue le point culminant de la révolution qui tourne en tragédie. Quatre-vingt- treize le livre qui s’annonce au chapitre XXXIX de ‘’le dernier jour d’un condamné’’ est le récit de ces atrocités commises au nom d’un idéal qui se dispute dans Paris au nom d’une république sanglante et dans la France au nom d’une monarchie agonisante.

Louis XVI est guillotiné le 21 janvier 1793, Robespierre le 28 juillet 1793, Danton le 5 avril 1794, Saint Just le 28 juillet 1794, Vergniaud Le 31 mai 1793, Marat assassiné le 13 juillet 1793.

‘’Au moment où ils condamnèrent à mort Louis XVI, Robespierre avait encore Dix-huit mois à vivre, Danton quinze mois, Vergniaud neuf mois, Marat cinq mois et trois semaines…1’’

La révolution française a quelque chose de tragique à laisser à la postérité.

Elle a opposé Paris à la France et la France à l’Europe. Une France républicaine contre une France monarchique soutenue par les puissances étrangères. Et Paris eut le dessus sur la France et l’Europe.

Quatre-vingt-treize c’est l’année par excellence de la guillotine qui a fait ses preuves de machine ‘’humaniste’’ contre les têtes des hommes de la plus haute sphère de la société française. Une machine qui aurait simplifié la mort. Une machine devant laquelle tous les condamnés sont égaux.

‘’Quatre-vingt-treize’’ le roman serait né d’un cri de douleur du narrateur condamné de ‘’Le dernier jour d’un condamné’’. Entre Quatre-vingt-treize et Le dernier jour d’un condamné il y aurait une relation de filialité et par conséquent de continuité, de suite, de complémentarité.

 

1-Quatre vingt treize, Livre troisième, VII

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