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La grammaire et l’a-grammaire

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Tayeb Zaid

La grammaire française, telle que l’école nous l’a apprise avec ses règles et exceptions, nous offre trois manières de faire des phrases dans le respect de ses règles et exceptions : il faut reconnaître que l’exception corrige les torts ou insuffisances de la règle. Les mots ‘’sauf, excepté, hormis, à l’exception de, à l’exclusion de, en dehors de ‘’, prépositions ou locutions prépositives servent à panser la plaie de la règle. Toute plaie est une ouverture et comme toute ouverture, elle doit être colmatée, suturée.

La première manière est la juxtaposition. Son rôle est de placer côte à côte des phrases simples sans que le rapport qui les unit soit exprimé avec les mots de la langue mais seulement avec les signes de ponctuation. Ces deux phrases ainsi posées gardent leur indépendance l’une par rapport à l’autre.

Il n’est pas venu au rendez-vous ; il avait un empêchement

La seconde manière est la coordination. Entre les deux phrases juxtaposées dont nous venons de parler vient s’insère à la place du signe de ponctuation un élément de la langue dit coordonnant. Le rapport entre les deux phrases coordonnées est exprimé de manière lâche et peu ténu. Elles gardent toutefois un peu de leur indépendance dans la mesure où l’une et l’autre sont considérées comme des phrases simples coordonnées.

Il n’est pas venu au rendez-vous car il avait un empêchement.

La troisième est la subordination. Il s’agit dans ce cas non pas de deux phrases mais d’une phrase complexe constituée de deux propositions dont l’une est dite principale et l’autre subordonnée. La principale est le thème, la subordonnée le rhème ou le prédicat. La principale assujettit la subordonnée qui lui apporte un complément d’informations sur la cause, la conséquence, le but, le temps, le lieu…C’est la subordonnée qui supporte le subordonnant et ‘’ là où est le subordonnant, là est la subordonnée’’, peut-on dire s’il n’y avait pas cette exception dans l’antériorité et la postériorité.

Il n’est pas venu au rendez-vous parce qu’il avait un empêchement.

Jusqu’ici, nous avons parlé de la grammaire de la phrase dont nous avons dit qu’il n’y a que trois manières de faires des phrases : juxtaposées, coordonnées, subordonnées.

Passons à présent à la grammaire de texte dont nous pouvons dire qu’il n’y a que deux manières de faire un énoncé.

La première manière est de produire un texte dans le mode du discours. Dans ce cas, il est possible d’utiliser tous les temps verbaux qui gravitent autour du présent actuel, à savoir, le présent d’énonciation, le passé composé, le futur et l’impératif auxquels il est également possible d’ajouter les temps compatibles qui s’inscrivent dans ce qu’il est dit ‘’énoncé ancré dans la situation d’énonciation’’ comme le subjonctif, le plus que parfait, le conditionnel mode.

La seconde manière est de produire un texte dans le mode du récit. Dans ce cas, le passé simple comme temps de base, accompagné de tous les autres temps compatibles, à l’exception de ceux propres au mode du discours (présent actuel, passé composé, futur, impératif) suffit à décréter que cet énoncé est coupé de la situation d’énonciation.

Nous pouvons dire en manière de conclure, qu’il n’y a que deux manière de produire un texte : dans le mode du discours ou dans le mode du récit. Toutefois, il y a des situations intermédiaires où l’on peut combiner entre les deux dans une narration dite mixte où peuvent alterner conjointement récit et discours.

Comme il y a grammaire, il y a également a-grammaire et comme il y a syntaxe, il y a également parataxe. Nous avons parlé de la première, parlons à présent de la seconde.

L’a-grammaire ou absence de grammaire est un autre cas que les auteurs utilisent comme des écarts par rapport à une norme institutionnalisée par un ensemble de règles et d’exceptions. Le cas de la juxtaposition de deux phrases simples suffit à lui seul à marquer cette a-grammaire puisque entre la première et la seconde phrase qui la suit il n’y a aucun mot de la grammaire pour marquer le rapport qui les unit. Un autre exemple que j’ai déjà cité dans l’un de mes écrits sur l’écart et la norme est celui de l’énumération. Nous savons que le dernier terme d’une énumération est relié aux autres par le coordonnant ‘’et’’ pour clôturer cette suite. Toutefois, il st possible de laisser l’énumération ouverte ou de coordonner tous ses termes. Dans le premier cas il sera question d’asyndète, dans le second de syndèse.

‘’Et je suis tombé su ma chaise, sombre, désert, désespéré’’*

‘’ET la charrette allait, allait, ET les boutiques passaient, ET les enseignes se succédaient, écrites, peintes, dorées, ET la populace riait et trépignait dans la boue, ET je me lassais aller, comme à leurs rêves ceux qui sont endormis’’** La juxtaposition, l’asyndète et la syndèse sont des formes de l’a-grammaire ou de parataxe.

*Victor Hugo ; Le Dernier Jour d’un condamné. Chap. XLIII.

** Victor Hugo ; Le Dernier Jour d’un condamné ; Chap.XLVIII

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