Petit aperçu sur ‘’L’écran des illusions’’, roman d’Intissar Haddiya

tayeb zaid

Une soirée de roman et de création littéraire organisée à l’Institut français d’Oujda ce jeudi 25 juin 2026, où l’auteur Intissar Haddiya était la vedette. Elle est à la fois néphrologue et écrivaine, associant conjointement l’esprit scientifique à l’esprit
littéraire. Elle a présenté et dédicacé son dernier livre ‘’L’écran des illusions’’. La mise côte à côte de ‘’écran’’ et ‘’illusions’’ oriente nécessairement le lecteur potentiel averti en quête d’hypothèses vers une possible naïveté du consommateur des
nouveaux moyens qu’offre la technologie aux utilisateurs. A toute nouveauté résistance d’abord puis acclimatation avant de faire sombrer dans les illusions et les dépendances et de tout ce qui s’ensuit Ce n’est qu’après coup qu’on réalise qu’on s’est fait
berner et sinistrement exploiter. Les hypothèses sont nombreuses et leur vérification nécessite une lecture intelligente pour comprendre si elles vont dans le sens ou à contre sens de ce qui a été échafaudé. Cela me rappelle cette réflexion d’Hugo sur le
processus selon lequel chaque invention ou chaque idée en détrône une autre, à bien ou à mal, souvent à mal. L’imprimerie de Gutenberg a largement contribué à la mise en avant et à la prolifération du livre mais elle a tué l’architecture. Le romantisme, de
son côté a porté un coup dur au classicisme et ses règles. Le téléphone portable et son écran des illusions a, à l’heure actuelle, réduit la lecture sur papier, préparant ainsi l’enterrement du livre.
Je disais donc à l’instant que le lecteur averti n’est pas celui qui, comme cet autre, rend publique sa médiocrité et sa maladresse en exhibant à qui veut voir et entendre son ignorance. Il a failli gâcher une cérémonie de culture par des remarques déplacées.
La critique, faut-il le lui rappeler, a ses hommes et ses outils. Aussi l’auteure a-t-elle su clamer les ardeurs du bonhomme par son silence et son sourire, deux armes infaillibles. Il n’y a rien de mieux en pareilles situations que le silence et le sourire
comme extincteurs.
J’ai entendu dire quelques intervenants, que pour écrire un roman, il faut avoir du courage. Je leur demande donc si le courage suffit pour affronter un lion et j’ajouterai pour la circonstance si tous ceux qui savent parler la langue française peuvent écrire
des romans. Je ne pense pas. Sinon, tous les Français seraient des écrivains, pourvu qu’ils soient armés de courage. Pour écrire, il faut avoir la tête pleine. Ce que nous écrivons est ce qui déborde de notre tête. L’écrivain est pareil au verre. Un verre
ne débordera que lorsqu’il est plein à ras. Le surplus déborde sur la nappe ou la table. Intissar Haddiya, en l’occurrence, écrit beaucoup car elle doit constamment vider sa tête du trop plein d’idées dont elle déborde. D’autres écrivent peu. Ceux qui n’écrivent
pas n’écriront que lorsque leur tête sera pleine, sinon, ils n’écriront jamais.
Avant le point final, je voudrais bien ajouter que l’autrice, féminin par lequel elle se désigne elle-même, blesse mon ouïe d’homme d’une autre époque. Je lui préfère ‘’auteure’’ , son autre féminin, qui ne sonne pas à l’oral. Je la comprends : avant d’être
autrice ou auteure, elle est femme. Elle parle au féminin. Seuls les vaniteux et les faibles d’esprit le lui contesteront ! Il faut souligner en passant que la grammaire française a lésé la femme dans ses règles établies à l’origine par les hommes. Ce sont
ces mêmes règles qui mettent en valeur la masculinité du langage. Ces considérations me rappellent ce courant égalitaire qui consiste à chercher à rendre à la femme ce qui lui été ôté : sa féminité. Un jour, on entendra les critiques littéraires parler de
‘’LE personnage’’ et ‘’ LA personnage’’ de roman, en fonction du sexe de chacun. Et on ne s’en offusquera point.
Zaid Tayeb



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