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Lettre à un(E) jeune militant(E)

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Toi qui es si vivant(E) en moi, écoute : on n’entre pas en politique comme on entre dans un temple. La politique n’a rien de sacré, elle est tout à fait humaine. C’est une passion, une passion plus ou moins froide. Or, une passion peut aussi bien construire que détruire.
Il arrive aux militants de travailler pour le bien général comme, au contraire, il arrive à certains partis de vendre leur ombre pour de l’argent, à d’autres de changer leur conscience contre n’importe quoi. Vois comment certains se pressent les uns contre les autres, tels des porcs-épics lorsqu’ils ont froid : en se rapprochant de très près, ils se font mal !
Détrompe-toi ! Car la politique est aussi une tâche noble pour celui qui est en équilibre avec soi-même, et qui agit avec prévoyance, avec un bon calcul. Il n’y a là aucun mystère pour celui qui s’oriente vers ce chemin. Il obéit à un principe qui veut qu’on accorde son intérêt personnel avec l’intérêt commun. Si tu favorises le premier au profit du second, tu détruis le lien social qui tisse la communauté humaine ; si tu agis dans l’autre sens, tu cours le risque d’affaiblir ton être par un sacrifice peut-être trop lourd pour toi, sait-on jamais ! C’est de l’unité de l’un et de l’autre que se dégagera ta force. Exerce-toi à l’esprit de discernement ! Tu y gagneras une clarté de pensée en guidant ton action.
Pour t’occuper des affaires publiques, fussent-elles minimes, reste égal à toi-même. Un homme étouffé par la vanité ou par une autorité aveugle sur les autres, provoque en eux un sentiment de haine, de vengeance. Je te dis : n’humilie personne et que personne ne t’humilie ! Arrête toujours la violence au seuil de son explosion. Tu apprendras l’art de la stratégie, l’art de diriger les hommes à distance ou à proximité, selon les circonstances. Fais-le avec des principes pour le bien de tous, applique-les avec souplesse, avec prudence, celle qui convient à la nature de chaque homme, à son caractère, à sa situation.
Tu me demandes : qu’est-ce qu’un parti politique ? Je te réponds : à toi d’en mesurer l’expérience. On ne se forme que dans l’obstacle, dans la résistance aux choses faciles et molles, aux leçons mal apprises, à la paresse craintive. Mais je dois me reposer cette question sous une autre forme pour faire un chemin avec toi : un parti est-il une association générale, ou « généraliste », qui s’occupe de toutes les affaires de la cité, ou bien est-il autre chose ? Je te répéterai qu’il s’agit d’un groupement qui doit s’occuper du lien social, de la solidarité avec les communautés de base qui sont, comme aujourd’hui, dans un équilibre instable.
C’est une épreuve de l’endurance, du don de soi en une unité entre l’intérêt personnel et l’intérêt commun. Endurance, au jour le jour, qui met en jeu ta capacité de respecter l’autre, de te faire respecter par lui, qu’elle que soit votre lutte mutuelle.
Maîtrise-toi avant de donner des leçons au premier venu. Tu apprendras la volonté politique graduellement, comme on apprend à vivre avec ses désirs naturels.
Tu me demandes aussi : à quoi sert un parti ? Souviens-toi de ce que je t’ai dit sur le lien social, priorité des priorités de la communauté humaine. La tâche d’un parti ou d’une association, dans tel ou tel domaine utile, réside dans la militance. Donner du sens à la militance s’appelle idéologie. Mais l’idéologie est une illusion lorsqu’elle n’est pas incarnée dans une pensée vivante qui se ramifie, telle un plante en devenir, dans tes paroles, tes actes, tes décisions.

L’idéologie est secondée par une éthique des droits et des devoirs, qui est un bon guide pour te lier à ta communauté de vie, dans l’espace, dans le temps, selon les coutumes du pays. Ce pays qui est comme un patio stellaire, qui s’enveloppe de plaines, de plateaux et de montagnes, dans un site qui t’est natal, enchâssé à la mer et au désert. Ce pays est le tien, il n’exclut en principe aucun étranger. Sans hospitalité, que serait ton rapport au monde ! Je te parle en métaphores par pur plaisir alors que je t’écris aujourd’hui cette lettre. Comme le temps change ! Les enfants n’écoutent plus la radio. Leur vision est saturée d’images, mais derrière l’image il y a le signe, et derrière le signe, une parole testamentaire.
Revenons à la question du parti. Tu es membre d’une section, unité de base, qui est à même d’être pour toi une école permanente de formation. Tu connaîtras d’autres instances du parti, du moins certaines. Leur tâche, j’y insiste, ne doit pas limiter ses activités selon les congrès ou les échéances électorales. Le parti mobilise, encadre des groupes sociaux, non point pour les asservir, mais pour que leur parole soit entendue, leurs doléances aussi, afin de libérer un espace de vie collective.
N’oublie pas qu’un parti est fait pour participer au pouvoir (mais le vrai pouvoir). Il doit s’y préparer par la venue de nouvelles générations politiques. Milite là où tu veux, à condition que tu sois orienté par une ferme conviction. C’est dans l’invention des formes d’esprit associatif que ta génération risque sa chance, en tissant le lien social.
On te parle volontiers de la fin d’une époque, des changements inouïs dans le monde. La politique va-t-elle changer de fonction dans ce monde qui vient, avec l’aura de ses grandes techniques ? Va-t-elle changer d’orientation, sous la pression de la communication et de l’information ?
Tu le sais, la solitude logistique de l’homme est terminée : l’homme communique à la vitesse de la lumière par téléphone cellulaire, par e-mail, par Internet et bien d’autres réseaux, qui te donnent la sensation de rêver ta vie, d’élargir ta vision sur la communauté humaine. L’Etat est devenu petit, il se délocalise, il est là où il n’est pas. Apprends donc à capter les signes qui t’éveillent à ce monde en devenir. Mais n’oublie pas que la grande politique a pour secret la loi du partage, qui sera ta règle de vie. Sans cette loi, la civilisation dépérit. C’est à la simplicité de la vie que je te convie, et qui est, dans notre propos, une initiation à la question de la tolérance et de l’intolérance ! Transmets ce testament aux héritiers de l’humain, dont tu continues la chaîne, j’en suis persuadé !

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