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Un peu de pédagogie pour panser les insuffisances (suite et fin)

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Zaid Tayeb


4-Le pouvoir de l’enseignant sur le l’apprenant

On entend souvent dire dans des discussions sur l’école que les apprenants d’autrefois étaient plus disciplinés, plus respectueux et plus attentifs que ceux d’aujourd’hui qui sont d’un caractère moins avenant et moins faciles à soumettre à l’esprit de la classe. Il y beaucoup de vérité dans les propos de cette discussion mais il faut placer chaque apprenant dans son contexte partant du fait que l’homme est le produit de son environnement et de son époque.

Les jeunes d’autrefois avaient eux aussi leurs vertus et leurs vices qui sont proches ou différents de ceux d’aujourd’hui. Eux aussi avaient un peu la tête en l’air et l’esprit dans les nuages. Ils se coiffaient et s’habillaient à la manière des Beatles, des Hippies ou d’Elvis Presley, portaient le béret frappé d’une étoile rouge de Guevara, lisaient le Capital ou les écrits militaires du Che ou le livre rouge de mao(en cachette et quand ils les trouvaient), saluaient la guerre de guérilla au Vietnam et abhorraient l’impérialisme Américain. Que leur offrait l’école publique de l’époque ? Il n’y avait d’autre école que celle du peuple. Une salle de classe avec des tables au milieu de chacune d’elle était fiché un encrier, un maître d’école avec une baguette comme moyen pédagogique et des bâtons de craie de forme de suppositoire. La baguette imposait le respect et le bâtonnet de craie matérialisait le savoir et la science sur un tableau noir pendu au mur. La baguette ne servait pas à intimider, à inspirer la crainte, à dissuader les actes possibles d’agitation, elle est également et surtout un sceptre, un accessoire d’autorité et de commandement. Ses coups donnés sur le bureau ou sur le tableau servaient à attirer l’attention générale ou à montrer quelque fait à retenir. En résumé, c’était un outil pédagogique comme le sont d’autres sous d’autres fromes. L’un de ces maîtres, à qui il revenait le mérite d’ouvrir les esprits était le maître de philosophie : il ne ressemblait en rien à celui du Bourgeois Gentilhomme ni à celui de Candide. Il avait les bonnes clés, celui-là, et pour ouvrir les bonnes portes ! C’était grâce à lui que l’éveil de l’esprit qui sommeillait en chacun de ses apprenants se faisait. Les maîtres d’école, dans leur simplicité naturelle et presque mystique, étaient plus proches des prophètes et des mystiques que des hommes instruits et savants. Ils disaient les choses les plus communes avec les mots les plus communs que leur offrait la langue, et elles revêtaient l’apparence sacrée de paraboles, d’allégories, de maximes. Et la mémoire encore à l’état vierge accumulait, emmagasinait, grandissait. La baguette et le bâtonnet de craie suffisaient à faire de toutes les générations qui les avaient connus des hommes et des femmes bien éduqués et bien instruits. Celui qui a dit ‘’ Mieux vaut une tête bien faite qu’une tête bien pleine’’ n’avait pas tort.

Les jeunes d’aujourd’hui sont-ils moins intelligents ou plus distraits et plus dissipés que ceux d’autrefois ? Ni l’un ni l’autre ou l’un et l’autre ?‘’L’homme est le produit de son environnement’’. A chaque époque sa génération de jeunes et à chaque jeunesse ses préoccupations et ses motivations. Les apprenants d’aujourd’hui ont eux aussi leurs qualités et leurs défauts. Ils s’habillent et se coiffent comme les footballeurs et les chanteurs ou les stars de cinéma, passent le plus clair de leur temps à manipule leurs téléphones portables à la recherche d’informations sous forme de texte, d’image ou vidéo. Leur mémoire est saturée de petites choses de la vie qu’ils ont glanées çà et là sur les réseaux sociaux. Un embouteillage d’idées se disputent le droit de priorité et de primauté, plus de place ou presque pour le sérieux et les choses sérieuses. Le maître d’école, devenu professeur dans la langue actuelle, s’est séparé de sa baguette et de son bâtonnet de craie. Place à présent aux marqueurs et moyens technologiques, aux cours de soutien du soir et des jours de fin de semaine pour assurer une éventuelle réussite. Le cartable se fait de plus en plus lourd d’un contenu en livres et cahiers de différents formats, encombrants et souvent inutiles. Le programme est plus large et plus superficiel et moins profond. Le savoir est partagé entre celui que dispense le maître d’école, celui qu’offrent ceux des cours de soutien, et celui que proposent les réseaux sociaux. Le vrai et le faux, le sûr et le douteux, l’officiel et l’officieux, rendent l’apprentissage plus hasardeux. L’autorité du maître d’école disparaît au profit de l’anarchie. Les parents prennent le parti de leurs enfants contre le maître et l’école. Un climat de désarroi et d’insécurité est né. L’école perd son pouvoir.

L’enseignant d’aujourd’hui a beaucoup perdu de son autorité sur les apprenants car il n’est plus le seul à détenir le savoir comme l’était celui d’autrefois. Comme je l’ai dit auparavant, les sources de la connaissance sont nombreuses et variées et l’apprenant peut à loisir choisir ce qui lui convient pour compléter son apprentissage en dehors des voies officielles.

Zaid Tayeb

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