Home»Débats»LA RÉVOLUTION DU ‘ CUMIN’ OU MLY HICHAM ENTRE LA NOUVELLE ÈRE ET LE TROU D’AIR

LA RÉVOLUTION DU ‘ CUMIN’ OU MLY HICHAM ENTRE LA NOUVELLE ÈRE ET LE TROU D’AIR

0
Shares
PinterestGoogle+
 

COLONEL MOHAMED MELLOUKI

LE JOURNAL- LA 2ème LECTURE

 

LA RÉVOLUTION DU ‘ CUMIN’

OU MLY HICHAM ENTRE LA NOUVELLE ÈRE  ET LE TROU D’AIR

 

Sous Hassan II, ‘les choses’, aux plans politique et mental, étaient nettes et claires. C’était à prendre ou à laisser. Le système, omnipotent, avait sa philosophie, sa mentalité, sa clientèle, ses structures, ses desseins, ses modes opératoires et ses mécanismes ; le tout huilé dans une drastique logique de soumission excluant tout état d’âme. La compétence, le sentiment patriotique et le sens du devoir et de la responsabilité y valaient des prunes, ou tout au plus s’appréciaient à l’aune de l’adhésion à la psychologie au Pouvoir. Les places et les espaces concédés aux uns et aux autres dépendaient en grande partie du zèle de participation à ses ressorts fonctionnels, de la puissance de ces derniers et du degré de proximité avec les préposés à leur charge. Le dérapage hors limite était sanctionné quasi systématiquement par une disgrâce souvent impitoyable et définitive, pouvant revêtir un aspect infamant. En guise de démocratisation à petits pas, prévalait surtout la volonté de laminer à petit feu, discréditer et dénuder à petites retouches toutes les oppositions, celle déclarée et celle sournoise. Celles-ci, idéologiquement hétéroclites, et quelque peu hypocrites, de plus en plus infiltrées et muselées, n’avaient d’autres possibilités d’opérer qu’en ordre dispersé pour finir, paradoxalement avec la parenthèse ‘ Alternance’qui devrait leur assurer le sursaut nécessaire  et leur redorer le blason, par définitivement baisser culotte. En marge vivotaient une frange de frondeurs, patriotes sincères rechignant à vendre leur âme dans un jeu politique jugé pipé d’avance sur lequel ils savaient ne pouvoir exercer aucune influence, mais aussi une horde d’énergumènes mangeant dans les deux râteliers, étatique et partisan, s’offrant au plus offrant. En face de ce triste panorama, un peuple désespéré, tiraillé entre une misère galopante et divers autres fléaux sociaux, et un culte de personnalité érigé en credo national et patriotique, rasait les murs ou se réfugiait dans la prière. Je ne reviendrai pas sur la genèse et l’évolution de cette période de glaciation politico mentale, s’étalant sur quatre décennies, plus connue sous le vocable de ‘chape de plomb’ dont les uns comme les autres savaient bien à quoi s’en tenir, et à laquelle j’ai consacré quelques dizaines de pages, parmi plus d’une centaine, dans mon Manifeste politique, en 2011, et certains écrits ultérieurs auxquels le lecteur peut se référer sur Google.

Avec le nouveau règne, la température semblait se chauffer lentement. Elle a fait rêver. On s’efforçait de croire que ce n’était qu’une question de temps seulement pour que la glace se fonde totalement. Beaucoup croyaient que le changement viendrait inéluctablement du système même qui prendrait conscience d’une telle nécessité ; attribuant au nouveau monarque à la fois des intentions sincères de démocratisation réelle et une certaine incapacité politico intellectuelle à maintenir le même ordre dans un panorama social qui  menaçait de dégénérer en capharnaüm. Et aussi parce que le nouveau règne était perçu peu préparé à oser mécontenter les instances onusiennes sur la question des droits de l’homme, et également un Occident enclin à en dénoncer les atteintes. Et enfin, pour réduite, décevante et moribonde qu’elle était sous Hassan II, la fameuse ‘Alternance’ semblait s’imposer dans les mœurs politiques et même appelée à s’ancrer davantage et à prendre des ailes, d’autant que ses thuriféraires socialistes l’avaient idiotement associée à la succession de règne dont ils attendaient naïvement des dividendes.  Et, à la surprise générale, cette parenthèse fut brutalement refermée, précisément au moment où des élections législatives auguraient, plutôt, d’une perspective de continuité de l’expérience. Et puis, plus rien à l’horizon pendant, encore, une nouvelle décennie où le nouveau règne semblait indécis sur les orientations stratégiques, à la recherche de ses marques. Au lieu d’une nouvelle vision politique, nous avons assisté surtout à un changement de chaises musicales dans les sphères sécuritaires, resserrant quelques vis pour remettre les pendules à l’heure , substituant la chape de sable à la chape de plomb. Jusqu’à la bourrasque soulevée par l’immolation du tunisien Bouazizi pour que l’on voie, chez nous aussi, se dérouler l’incroyable déchaînement de masse et que l’on entende un dissonant concert de voix déployées tous azimuts, revendiquant n’importe quoi. Mais, il est vite apparu que ce qui était censé refléter un ras-le-bol populaire exécutait, en fait, un vaudeville tenant plus d’une parade que de la volonté d’en découdre avec une gouvernance archaïque, plombée et décriée. C’était, néanmoins, suffisant pour que le régime panique. À l’instar de l’adage qui dit : ‘le loup craint plus la pierre qui tombe à côté de lui que celle qui l’atteint’. Pour trois raisons principales : il n’avait pas la conscience tranquille, le mouvement purement populaire et balkanisé idéologiquement à outrance pouvait se radicaliser en bras de fer politique, et aussi la revendication portait surtout sur des questions périphériques au régime et n’en écorchait pas la légitimité, contrairement aux exigences en cours, à la même période, dans l’autre partie du Maghreb. La concession à laquelle se trouvait confronté le régime n’exigeait pas plus, finalement, que de jeter rapidement un peu de lest pour canaliser à son profit le mécontentement. En laissant passer le temps de la jubilation- les sept jours de figues selon notre chère expression du terroir- et en faisant semblant de prendre au sérieux des slogans majoritairement oiseux et d’y répondre, le régime put facilement éteindre le feu aussi vite qu’il avait jailli. Et de nouveau, retour à la case ‘ départ’ facilité précisément par cette même marée humaine qui, à peine quelques semaines auparavant, vilipendait un ordre institutionnel figé et oppressif avant de se ruer sur les urnes pour le plébisciter à travers une nouvelle mouture constitutionnelle que la quasi majorité des votants n’avait même pas lue, et dont même certains membres concepteurs ont exprimé par la suite des réserves. De cette période, allant du 20 février au 1er juillet 2011, j’en ai exprimé ma pensée dans quelques articles précédents, diffusés sur Google. En tout état de cause, depuis, en guise d’une nouvelle ère, nous nous trouvons confrontés à un trou d’air. Mais je ne sais si c’est le pays qui a été happé par le nouveau vide, simple prolongement de l’ancien, ou c’est le trou d’air qui a transpercé le pays. Le fait est qu’une fois de plus, le Maroc est passé à côté de la plaque, a raté son rendez-vous avec l’Histoire, bien que l’on ne cesse pas, officiellement, de soutenir le contraire à coups de petites histoires. Et comme un malheur n’arrive jamais seul, le hasard du calendrier électoral n’a pas trouvé mieux que de propulser sur le devant de la scène politico gouvernementale un burlesque, passionné d’anecdotes, qui a gâché une première année de sa gouvernance à vouloir nous endormir debout avec ses ‘ crocodiles, aâfarit et perturbateurs’, avant qu’il ne donne l’impression de s’assagir quelque peu, de penser à soigner davantage sa mise, se rendant probablement compte qu’il avait quelque peu trop tiré sur une corde devenue à force d’usage grinçante, n’amusant désormais plus même ces oisifs de plus en plus nombreux qui ‘se shootent’ à diverses drogues, notamment le kif plus à la portée, pour voyager le temps d’une lévitation dans un monde surréaliste, parce que dans celui-ci comme dans l’autre, pour eux c’est du kif-kif ; avant de se réveiller une fois de plus en manque d’expédients et de verser, alors, dans la violence et les agressions contre tout ce qui passe à leur portée. Un phénomène qui a déjà suscité une véritable psychose sécuritaire à plus d’un niveau, en passe d’évoluer en véritable casse-tête national, dont les dirigeants ne semblent pas prendre toute la mesure.

Avec une Constitution cousue de fil blanc, il fallait bien s’attendre à une gouvernance de même type, sortie du même chapeau du prestidigitateur, avec le même spectacle. Et la même perte de temps, d’énergie, de bradage des ressources nationales, mais avec un peu plus, évidemment, de dépravation et autres fléaux devenus, désormais, endémiques ; à cette différence que, le malheur des uns faisant le bonheur des autres, certaines pontes à l’origine ou ayant accompagné sur des décennies cette lente et irréversible dégradation se réjouissent sournoisement de cette dernière dans le dessein de faire oublier leur propre responsabilité et faire porter le chapeau, à terme, à nos ‘ Frérots nationaux’ qui sont vite tombés dans le panneau en se prenant au sérieux, croyant s’atteler à un acte révolutionnaire, changer le cours de histoire là où on ne leur a fourgué qu’un panier de crabes. En attendant de leur sonner, en temps opportun, la fin de la récréation et de les congédier piteusement. D’ici-là, nos ‘ Frérots’ doivent, néanmoins, remplir trois fonctions : permettre au régime, tant que les convulsions politiques dans la zone maghrébine ne se sont pas complètement décantées, de voir et laisser venir les choses, puis attendre que l’opacité de la position américaine sur ces convulsions s’atténue suffisamment, pour éviter de se trouver en porte-à-faux avec l’oncle Sam, et finalement donner du temps à Mr Benkirane et compagnons de s’user tranquillement dans le foutoir gouvernemental et discréditer, du coup et pour de bon, le concept de gouvernance islamiste que le peuple aura crachée d’ici-là.

J’en étais arrivé là, le 11 avril dernier, dans la rédaction de cette première partie du présent article  initialement intitulé : ‘Le Maroc entre la nouvelle ère et le trou d’air’, et m’apprêtais à traiter de ce dernier lorsque Mly Hicham est venu, incidemment, s’insérer dans ma ligne de réflexion, par le biais de l’incroyable scoop dans les médias lui attribuant la prédiction de la survenance à l’horizon de 2018 de la Révolution du Cumin, qui, en véritable tsunami, balayerait de fond en comble le panorama institutionnel ambiant et instaurerait une autre nouvelle ère que celle que certains s’imaginent vivre actuellement. Sincèrement, j’en suis resté médusé un certain temps. Après moult démarches, je pus obtenir en ligne, par un ami, une copie de l’original de l’écrit incriminé. Depuis il été repris et largement diffusé par plusieurs médias. Il fait déjà date. Inutile donc de revenir sur son intégralité. Pour moi, il n’y avait, dès lors, plus de trou d’air. Le prince venait de le combler à l’instar d’un éléphant surgissant, de manière impromptue et véhémente, dans un magasin de porcelaine. A priori, le texte en question a toutes les apparences d’une divagation haute gamme, même si depuis le déclenchement du Printemps Arabe, il ne faut plus jurer de rien. À en croire, donc, Mly Hicham, l’espoir d’un changement notable va perdurer, encore, sur cinq ans, avec cette prédiction de déboucher sur une monarchie totalement rénovée, au grand dam de ses féaux qui n’auront dans l’intervalle que le souci de bourrer un peu plus leurs comptes bancaires à l’étranger et de préparer, pour ceux qui ne l’ont pas déjà fait, leurs dossiers pour l’acquisition de leurs futures citoyennetés. Conséquence de cette mutation monarchique, d’abord tous ses principaux paramètres et leviers de commande, ainsi qu’une part de ses biens, passeraient à la souveraineté populaire, la seule qui sera légitime. Ensuite, débarrassé de Mr Benkirane et acolytes, qui faciliteraient de par leurs bêtises l’avènement du changement prévu, l’espace politique, devenu plus ‘ clean’, serait rempli par les forces actuellement confinées dans l’opposition radicale qui nous gratifierait d’une Constitution ‘ made in people’ au lieu du texte actuel octroyé d’en haut. Nous verrons bien à terme, en 2018 ; faudrait-il, encore, avec un gouvernement aussi bricolé, que sa Constitution, que nous serons obligés de nous coltiner encore pendant 5 ans- mauvaise nouvelle- qu’il en restât, d’ici-là, quelque chose du Maroc. Dans la perspective de ce bouleversement, Ben Barka a été assassiné pour rien. S’il était encore en vie, il ferait figure d’enfant de chœur. Il aurait l’aspect d’un pétard à côté d’un canon.  Et Hassan II doit déjà se retourner dans sa tombe. L’héritage dynastique qu’il a légué à son fils vient d’être ébréché de l’intérieur par son propre neveu qu’il a élevé en partie, et risque une implosion. Car le texte du prince présente deux lectures. Celle publiée n’est de toute évidence que l’arbre qui cache la forêt. Son importance réelle n’est pas dans son contenu, que chacun peut qualifier à sa convenance, mais plutôt dans le non-dit, dans la périphérie, dans la partie restée immergée de l’iceberg. Et pour cause. La seule chose sûre dans cette affaire est qu’elle émane bel et bien de l’intéressé. Il ne s’agit ni d’un faux ni d’un texte frelaté par une main malveillante pour une cause inavouée. Dans l’ignorance, jusqu’à présent, des motivations qui ont incité le prince à se départir de sa retenue à l’égard du régime et à ruer de manière aussi manifeste dans ses brancards, on ne peut que supposer qu’il y a anguille sous roche. Les principaux points de son écrit,  reproduits plus haut ont tout l’air de projet d’une plateforme politique sciemment réfléchie et lancée en guise d’appel du pied, romancé, à l’intelligentsia locale et aux forces vives de la Nation. Troisième dans l’ordre successoral, en jetant cette fois-ci, brutalement, le masque et en brandissant la hache de guerre contre un système dont il demeure partie prenante, serait-il devenu insensé au point de lui préférer, plutôt, un rôle  de Don Quichotte de la famille royale ? Pour le simple plaisir de se voir traité en paria du régime et probablement même interdit de séjour dans le pays, bradant, du coup, une position privilégiée, certes écorchée depuis Hassan II, rafistolée momentanément avant d’évoluer en faille assez béante avec le successeur, mais maintenue, de part et d’autre, pendant tout  ce temps-là, dans une proportion colmatable. Mly Hicham a bâti son profil politique progressivement depuis qu’il a emménagé hors du pays, par la création de sa propre Fondation, sa participation à celle de Carter et dans le dossier Kosovo, son carnet d’adresses, ainsi qu’à coup d’interviews par-ci et d’interventions par-là dans différentes tribunes de colloques savants, forums politiques et autres démarches. Mondialement connu comme une sorte de label de cet ‘ L’autre Maroc’ dont il a intitulé, précisément, sa dernière prospective, il semble impensable qu’il puisse hypothéquer cette aura sur le seuil d’un insensé sursaut fantasque. Tout semble indiquer, au contraire, qu’il a franchi, cette fois-ci, le Rubicon en connaissance de cause, et que cette démarche ne sera pas le dernier degré d’un cheminement allant indubitablement vers un choc frontal avec le régime. Bien qu’il ait affirmé auparavant qu’il ne se situait pas dans une logique conflictuelle. Il y a, donc, nouvelle donne. Mly Hicham se positionnerait-il en fédérateur des mécontents de tous genres en vue d’un mouvement politique de masse, un 8 avril- la précision de cette date dans le texte n’est sûrement pas fortuite- en remplacement du 20 Février ? Un cas de figure qui semble se dessiner en filigrane. Quelles que puissent être les appréciations des uns et des autres sur le sujet, Mly Hicham a indéniablement gagné la première manche de son projet. En donnant, à défaut d’un corps pour le moment, le nom de Révolution du Cumin- condiment par ailleurs apprécié dans la gastronomie marocaine- à son projet, il a jeté un pavé dans la mare de la monarchie.  On n’en est plus au temps des piques d’intellectuel quelque peu aigri par un exil volontaire mais sûrement amère, mais manifestement devant le promoteur d’une doctrine que beaucoup de gens chuchotaient sous le manteau. Des esprits en sont déjà impactés, et pas des moindres : Mme Nabila Mounib, la pasionaria de la Gauche radicale, lui a déjà emboîté le pas, considérant pour sa part que la Révolution- à laquelle elle préfère attribuer un autre vocable- est déjà en marche depuis le 20 février 2011. Il n’y a, aussi, aucun doute qu’un large éventail de cette masse réticente et silencieuse – qui a boudé les derniers Référendum et Législatives- jusqu’à présent éparpillée par manque d’émergence d’un leader crédible et consensuel, ne tardera pas à trouver ses marques dans cette perspective de ‘ L’autre Maroc’, et à sauter dans le train princier.  À moins que le souverain, qui en toute probabilité ne peut demeurer insensible à cette dissidence familiale, ne décide, avant qu’elle ne prenne des allures politique et populaire, de prendre de court son cousin et n’enclenche un deuxième acte de ‘la Révolution du Roi et du peuple’, à la fois dans un esprit sincère et une proportion suffisamment positive qui rompraient sérieusement avec les pratiques makhzéniennes. En tout état de cause, en tranchant, cette fois-ci, radicalement avec une longue posture attentiste et en privilégiant une fibre- incontestable- nationaliste sur une sensibilité- toute naturelle dans son cas- monarchique, le prince est arrivé au point de non-retour. Il est incontestablement condamné, pour sauvegarder son image de marque à l’interne comme à l’externe, à s’assumer nettement et intégralement pour cette volte-face, sinon elle se réduirait, à l’égard du régime, à un saut sans parachute sur un terrain densément miné, pour un suicide gratuit, assuré. Qui lui ferait, par ailleurs, lamentablement gaspiller auprès de ‘ ses fans’ l’appréciable potenteil charismatique que son long cheminement lui a, volontairement ou involontairement, procuré jusqu’à présent. De même que l’on peut bien conjecturer que, politiquement, le dossier Ben Barka est clos, celui de Mly Hicham est ouvert. Pour combien de temps ?…..À suivre.

MédiocreMoyenBienTrès bienExcellent
Loading...

Aucun commentaire

Commenter l'article

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.