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LES ‘ FRÈRES MUSULMANS’ : APOGÉE ET DÉCADENCE

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COLONEL MOHAMED MELLOUKI
LE JOURNAL : LA 2ème LECTURE

LES ‘ FRÈRES MUSULMANS’ : APOGÉE ET DÉCADENCE

‘ Nous- c’est-à-dire les Frères musulmans, plutôt diaboliques’- sommes là- c’est-à-dire au pouvoir- pour cinq cents ans’, s’était vanté Morsi devant le général Al-Sissi. Il faut reconnaître qu’il s’est montré quelque peu modeste par rapport aux nazis qui, eux, tablaient sur mille ans de leur présence à la tête du IIIème Reich allemand, détruit douze ans plus tard.
Hormis qu’une telle prétention était formulée on ne peut plus incongrûment au moment où sa destitution ne tenait plus qu’à une question de minutes, elle résultait incontestablement d’une suffisance personnelle mal maîtrisée, suscitée par son ascension inattendue à la magistrature suprême et puisait dans l’euphorie générale qui s’était emparée de sa Confrérie à la suite de sa fulgurante percée électorale
Parfois tolérée, souvent drastiquement réprimée, durant les huit décennies de son existence, la Confrérie s’est appuyée sur une stratégie multidirectionnelle. Elle a développé une politique sociale tous azimuts en faveur des déshérités, allant de l’action caritative aux arrangements d’alliances matrimoniales s’étendant souvent sur des quartiers d’agglomérations entièrement soudés spirituellement et par le sang. Matériellement redevable, pour cause, cette toile communautaire formait un terreau propice à l’endoctrinement et à la fanatisation. Majoritairement inculte et crédule, et aussi exposée à représailles, elle était soumise à une vie régentée par un code censé définir la stricte pensée de Hassan Al-Banna.
La quasi-totalité de la Confrérie n’a pas lu un seul mot des œuvres du personnage et n’est même pas en mesure, si elle a jamais entendu parler de lui, de le situer dans le temps et l’espace. De même que très peu savent que ses 7 successeurs n’étaient pas des théologiens et que parmi eux il y a eu même un professeur d’éducation physique. Jamal Al-Banna, a affirmé, quelques jours avant son décès récemment, qu’il n’avait jamais adhéré à la Confrérie, parce qu’elle a falsifié la pensée de son frère et pris une tournure maçonnique. Les experts en matière islamiste s’accordent, en effet, sur le fait que l’accession de Sayed Qotb- pendu par Nasser en 1966- à la tête de cette organisation a bel et bien introduit un déviationnisme doctrinal qui a évolué à l’instar du stalinisme et maoïsme par rapport au marxisme-léninisme ou du Baath arabe, de Michel Aflaq, qui a été vidé de sa substance idéologique, tant en Syrie par le clan Assad qu’en Irak par celui de Saddam, pour servir de terrible instrument de pouvoir destiné à assouvir des instincts dictatoriaux et à assurer des successions dynastiques. Plusieurs éminents cadres ont déserté les rangs de la Confrérie, au cours de la décennie écoulée, en sont devenus de farouches adversaires et en réclament même la dissolution, depuis qu’ils ont fermement soutenu la destitution de Morsi.
L’incroyable ascension de la Confrérie n’a pas été assurée que par sa puissante machine démagogique. Elle tient, en bonne partie, à son intelligence de l’asseoir sur un fantastique matelas financier au sein des divers secteurs du négoce international et du système bancaire- à en faire pâlir les budgets de nombreux États du Tiers-Monde- et sur un réseau relationnel tissé aux quatre coins du monde. Des atouts décisifs qui ont fini par lui refaire une virginité auprès des puissances occidentales. Il est vrai que la conjonction d’intérêts peut facilement dérégler les esprits et concilier ce qui paraissait inconciliable- l’exemple de l’Irangate est encore dans les mémoires- Et le persistant entregent de Ardogan et Qatar a complété le reste. Le prix que devait payer la Confrérie est exposé dans l’article précédent : ‘L’Égypte : la décapitation de l’hydre’. Ni plus ni moins que le bradage, dans un premier temps, territorial et identitaire du pays des Pharaons, et la garantie quant à la pérennité d’Israël devenue quelque peu aléatoire depuis la Révolution du 25 janvier 2011. Il faut dire que si cette dernière a déchaîné en Égypte un ouragan d’activisme politique majoritairement hostile à l’État sioniste, elle a aussi éparpillé davantage l’échiquier politique et n’a pas, du fait, engendré sur la scène nationale l’apparition d’une force démocratique homogène et crédible. Diable pour diable, l’Occident a porté son choix sur celui qui lui paraissait le plus organisé, le plus opérant et le plus opportuniste, décidé à se parjurer pour un mandat présidentiel.
Saoulée par un tel soutien qui a été déterminant dans son arrivée au pouvoir, la Confrérie a, aussitôt, versé dans la déraison. La victoire inattendue l’a aveuglée, et elle n’a pas pris garde au retour de la manivelle. En se positionnant comme l’élément central et légitime d’une Révolution qu’elle n’a, en fait, accompagné que du bout des lèvres, sans aucun engagement réel de sa part au moment le plus critique de l’évènement, elle a voulu tirer à elle seule le tapis. Agissant trop rapidement, trop brusquement et trop maladroitement dans l’application de son sournois programme d’islamisation de la société égyptienne et de ‘frérisation’ de l’appareil étatique, elle a soulevé contre elle la majorité du peuple qui aspirait, plutôt, à une véritable démocratisation. Trop confiante dans le deal passé avec l’Occident, elle a cru faire valoir ce pacte. L’appelant à son secours pour lui sauver les meubles, elle a commis l’erreur fatale. Elle n’a pas réalisé qu’elle glissait dangereusement sur le registre de la haute trahison et se positionnait, dès lors, face à l’institution militaire, gardienne du temple, en pot de terre contre le pot de fer. La suite est connue : le rêve d’un pouvoir de cinq cents ans s’est évaporé au bout d’un an, presque jour pour jour, cédant place à une perspective de pendaisons à la pelle.

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