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La France est partie, vive la France

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Tayeb Zaid


L’identité d’une nation libre et souveraine est dans sa langue maternelle. Ceci dit, la langue écrite des Marocains est l’arabe classique qui s’apprend à l’école, dans le respect de ses règles. Ils disposent également de deux langues parlées, l’arabe dialectal et l’amazigh, avec des variantes régionales qui permettent aisément d’identifier géographiquement le sujet parlant. C’est plus que suffisant pour s’exprimer et se faire comprendre, oralement ou par écrit.

Cependant, quand la France nous a colonisés, et j’ignore encore comment elle a pu le faire, elle nous a imposé sa langue. C’est au plus fort de dicter ses lois, aux assujettis de se soumettre aux assujettissants, aux premiers de communiquer avec la langue des seconds. Il fallait donc accepter une seconde défaite : celle de nous voir dépouillés de notre langue après l’avoir été de notre sol. Ce qui a fait que peu à peu l’arabe classique, si cher aux poètes qui savaient si bien en faire un bon usage, avait perdu de son éclat, pour enfin décliner comme le soleil derrière les cimes des montagnes par un beau soir d’été, nous laissant baigner dans une profonde obscurité. Elle est même accusée par certains esprits serviles enclins à la perpétuation de la servitude d’être une tare pour le développement, le progrès, la civilisation, comme si notre langue était la cause de la colonisation de notre pays par la France et non les hommes qui la parlaient. La soi-disant supériorité de la langue française sur la langue arabe trouve son explication dans la mise en place de tout un système qui lui permet d’être ainsi considérée, non par les Français mais par ceux de chez nous qui continuent à lui servir de chien de garde et à aboyer pour lui donner l’éveil. Ainsi donc, la présence de la France dans notre pays n’était pas simplement dans les casernes avec des soldats et des armes, ou dans celle des têtes blondes à cheveux lisses dans les rues de nos villes et campagnes, elle l’était également dans nos écoles, c’est-à-dire dans notre système de perpétuation du savoir et des connaissances, dans nos esprits, dans notre façon de réfléchir, de penser et par conséquent d’agir conformément à la volonté de la France qui est à des milliers de kilomètres de chez nous.

La France est partie et avec elle devait en principe partir sa langue et par conséquent revenir la langue de notre pays à notre pays et aux habitants de notre pays. Or, ni le français n’est parti avec la France, ni l’arabe n’est revenu au Maroc. Elle a laissé derrière elle sa langue, ce qui est certain et perceptible, et des hommes de chez nous qui veillent sur le maintien de cette langue. La langue française serait-elle un butin de guerre, comme a dit un idiot ? C’est une corde au cou. C’est un mors que nous avons entre les mâchoires. Plus d’espoir de désobéir à celui qui tient les rênes.

Et que nous veut donc la France et ceux qui veulent que nous continuions à graviter dans sa sphère en son absence ? Nous dépouiller de notre identité, nous aliéner, nous soumettre, faire de nous des citoyens de second rang, de seconde nature, tout en nous laissant croire qu’en parlant sa langue, nous étions des êtres supérieurs à ce que nous sommes réellement. En d’autres termes : Sommes-nous des Arabes ? Non puisque notre système éducatif et scolaire est francisé, nos administrations sont francisées, nos banques francisées, nos cliniques francisées, nos discussions dans les cafés se font dans un mauvais français. Sommes-nous des Français ? Non, puisque nous sommes des Marocains. On ne peut pas être à la fois français et marocains. Qui sommes-nous donc ? Ni français, ni arabes. Des être hybrides, entre les premiers et les seconds, comme la mule qui n’est ni cheval, ni âne.

Si nous ne pouvons pas être des chevaux, soyons des ânes. Mais ne soyons pas des mules.

Eh bien ! Disons-le tout de suite et sans tarder. Notre identité est dans notre langue.

Tayeb Zaid

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