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Lettre posthume à un champion – feu BENKASSOU TIJINI

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Yahya MEZOUAR
Depuis deux ans, je suis le directeur technique de judo au club ASYO dans la ville natale de mes parents et de mes aïeux, c’est-à-dire Oujda.
Étant un amoureux de l’Histoire, je me suis naturellement penché sur celle de mon pays et de la région de mes ancêtres. Pour être plus précis, c’est celle de l’histoire du judo de notre région de l’oriental qui a attiré mon attention.

Mes recherches et lectures m’ont fait tomber nez à nez avec stupéfaction dans un premier temps et ensuite une émotion difficile à traduire car celle-ci s’entremêlait de fierté, de joie et de tristesse de ne pas avoir eu la chance de te rencontrer.
Originaire de Figuig, né à Oujda en 1950, ta ferme familiale côtoie celle de mon grand-père Boujamâa à Angad, tu incarnes l’aventure et l’incroyable histoire d’un champion Oujdi dont j’ignorais totalement l’existence et le parcours remarquable dans cet art martial qu’est le judo.
Tu nous as quitté en 2016 (Allah Irahmak) mais non sans souvenirs mémorables.

Tu nous as tous étonnés, tu t’es surpassé. Tu leur avais dit, le matin de la compétition (JO de Munich 1972) que tu te sentais en synergie avec toi-même, c’était ton année, là où personne ne t’attendait à ce niveau.
Tu l’ignorais encore mais tu allais entrer à jamais et pour toujours dans notre histoire commune et définitivement poser ton empreinte dans l’histoire du judo marocain.
C’était sans doute une intuition ressentie dans ton bien-être et une forme d’osmose métaphysique de ton corps et de ton esprit.
Cette idée que rien ne peut t’arrêter et qui te rapprocherait d’une sorte d’euphorie, te prédisposait alors aux plus grands exploits car il s’agit en effet d’une véritable performance. Tu as sidéré tous les spectateurs du monde entier.

Je crois que tu savais au plus profond de toi que tu réaliserais un jour ce record personnel, un marocain au JO de Munich qui pour l’époque était déjà une grande prouesse. A ce propos, quoi de plus beau pour un judoka quand il se dépasse lui-même et qu’il rejoint les grands noms du monde du judo.
Toutes mes plus vives félicitations pour l’exploit que tu as réalisé.

Vraiment je te complimente pour le symbole de dépassement de soi que cela représente. Tu donnes par ton honorable exemple, un immense courage aux autres, à ceux qui sont sur tes pas qui rêvent du même destin.

Ta réussite me parle en effet mieux qu’à tout autre. Je ne te connaissais pas et je sais que ta performance n’est pas due au hasard. Elle est plutôt le fruit d’efforts continus et répétés et qui a trouvé un aboutissement, un haut fait et une satisfaction.

La joie qui en résulte est due, en effet, à l’attente du résultat, mais aussi aux échecs qui ont précédé ce résultat.
Ces insuccès qui ont été nécessaires dans ta progression comme en Turquie aux mondiaux d’Izmir en octobre 1971 où tu as été classé en +100kg (3ième) alors que l’or t’attendait avec également la participation de tes frères d’armes comme en -63kg M. Mustapha Balahmira (6ième), en -70kg M. Abdelatif Elkhayat (6ième) et pour terminer en -80kg M. Hassan Ideddir (5ième).
Tu as su transformer dans nos cœurs le bronze en or, tu as été le premier magicien et artiste marocain à l’international.

Tu as eu le courage de la persévérance, de ne jamais renoncer et c’est pourquoi ta récompense est si belle, si riche d’enseignement.

A l’heure où je me délecte, moi un éternel amoureux du judo, certaines mauvaises langues iront peut-être chercher les faux pas, les erreurs, la manière dont tu t’étais préparé et tes résultats, mais personnellement ton abnégation efface tout sentiment autres que la fierté, le bonheur et la joie.

C’est avec le sourire aux lèvres, que j’écris ces mots, un sourire que je n’arrive plus à décrocher de mon visage depuis ma décision de te parler franchement, un sourire qui ne veut plus me quitter au fur et à mesure que je discute avec ton frère Salah qui t’aime incommensurablement, ce sourire, je te le dois à toi et à ton frère, vous les judokas, vous nos héros, nos références et notre fierté d’être marocains et Oujdis.
Il y a des choses qu’on aimerait dire à ceux qu’on aime. Mais on ne sait pas toujours par où commencer, comment trouver les bons mots et véhiculer la bonne intention.
Ton parcours, c’est avant tout le nôtre mais il raisonne dans notre cœur comme le bruit du ressac qui est irrésistible et envoutant.

Alors, je décide aujourd’hui de vous adresser à chacun, ta famille et toi, un petit mot, un petit mot sorti du cœur, que vous avez fait vibrer, crier et finalement rempli de joie car je me suis mis à rêver, à fantasmer à vous imaginer tous et toi en particulier en combat.

Merci pour avoir su faire mentir les doutes qui planaient sur le judo marocain, pour montrer qu’un judoka peut aussi être un grand homme afin de faire vibrer le drapeau national.

Merci pour ce Kumi kata à la fois ferme et doux, ton charisme et ton courage.
Merci pour ton humilité contagieuse, ta fougue, ton envie et ta combativité.
Merci, Ils t’ont attendu, ils ont espéré et tu as répondu présent.
Merci, un grand merci à toi ! Tu n’as peut-être pas été champion olympique mais tu resteras à vie le plus grand champion adoubé par tout un pays.

Presque cinquante ans se sont écoulées et tu restes encore aujourd’hui celui qui a le meilleur parcours aux JO, c’est dire la performance que tu as réalisé alors que la pratique du judo était à ton époque encore embryonnaire.

Merci, ta place est importante, ton parcours servira dans les clubs et écoles de judo comme le plus bel exemple à suivre.

Je ne crois pas qu’il soit nécessaire de croire aux contes de fée pour connaître ce bonheur. Je pense par contre que j’ai eu beaucoup de chance de t’avoir rencontré sur mon chemin par hasard, coïncidence, destin, chance je ne sais pas comment on peut appeler cela à part une évidence.

Tout est aujourd’hui réuni pour que toi, moi, étrangers et ta famille soyons liés pour l’éternité par les sentiments de fierté, de dignité, d’audace, d’ambition, d’ardeur, d’outrecuidance, d’éclat et de joie.

Vous l’avez compris, je parle du plus grand judoka marocain feu BENKASSOU TIJINI et de son frère Salah avec nous pour toujours.

Yahya MEZOUAR
Directeur technique ASYO

Résumé du parcours de feu BENKASSOU TIJINI


Liens :

https://www.les-sports.info/tijini-ben-kassou-judo-spf390834.html

https://aujourdhui.ma/sports/judo-tijini-se-souvient-29835

https://www.facebook.com/asyoj/posts/d41d8cd9/1207598242754900/

 
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2 Comments

  1. محمد بداوي / وجدة الفيحاء
    19/07/2020 at 10:26

    شخصية كبيرة جدا جدا .. سافرت معه في صيف 2003 من وجدة الى باريس عبر حافلة
    . Deauville وكان رحمة الله عليه متوجها الى منتجع SOL Y NIEVE
    الحق أقول كانت رحلة رائعة جدا مع السي التيجيني الذي كان دمث الأخلاق تقيا ورعا متواضعا
    حدثني عن أصله الفجيجي وولادته بوجدة في 1950 وممارسته للريكبي في 1969
    وامتنانه الكبير للمجهودات الكبرى التي قدمها
    للرياضة بوجدة. Jannic المدرب الألماني
    وقد اهتم بالجيدو منذ 1970
    شارك في البطولة المغاربية بتونس عام 1971
    ثم في ازميىر التركية سنة 1971 و في الألعاب الأولمبية في ميونيخ الألمانية في 1972
    ثم في بطولة افريقيا في لايغوس في نيجيريا في 1973 حيث كان الأول في ترتيب وزن أكثر من 95 كيلوغرام.
    أجمل ذكرى بالنسبة اليه البطولة المغاربية بتونس سنة .1971
    ASYO الشكر موصول للسي يحي مزوار المدير التقني ل
    الذي كتب هذا المقال الرائع جدا عن الابن البار لمدينة وجدة والانسان الطيب السي بنقسو التيجيني يرجمه الله . .
    لنا رجاء أخير موجه الى عمدة وجدة أن يقوم بالتفاتة رد الجميل ويطلق اسم — البطل الكبير بنقسو التيجيني —
    على احدى القاعات الرياضية بوجدة، في انتظار ذلك نجدد الرحمات على تلك الروح الطاهرة.

  2. Rhennou Abdellah
    19/07/2020 at 10:41

    Seul un Homme imbu de nobles principes et de sincères sentiments peut combiner sentiments, informations et connaissances en la matière comme l’a fait Yahya Mezouar dans ce beau texte dédié à titre posthume à une Grande Gloire du Judo National et Arabe qui est feu Tijini Ben Kassou.
    Un très beau texte où se mêlent émotion, fierté et passion pour composer une symphonie digne de la valeur d’un GRAND CHAMPION.
    Merci Yahya, Merci Tijini
    N.B.
    Les recherches et la rédaction de l’article sont l’oeuvre de Mezouar Yahya.

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