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COVID-19 comparaison entre le Maroc et la Jordanie après 3 mois de la pandémie

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Said EL KETTANI
Cabinet de Médecine Interne. Settat, Maroc
said.elkettani@gmail.com

Le 11 mars 2020 l’OMS a officiellement déclaré que l’épidémie de la COVID-19, nouvelle maladie due au virus SARS-CoV-2 était une pandémie [1, 2, 3].
Méthodologie :
Dans ce papier, j’essaie de décrypter l’évolution de la situation épidémiologique au Maroc en la comparant à celle de la Jordanie. Les données brutes ont été prises du site Worldometers relatif aux deux pays [4, 5]. Les données cliniques et thérapeutiques ne sont pas disponibles, donc je ne pourrais pas donner d’explications concernant les décès (nombre total et taux de létalité).
Les chiffres reflètent deux déterminants essentiels : les mise à jour des définitions épidémiologiques des cas suspects [6, 7] et le nombre de tests virologiques RT-PCR réalisés.
La population marocaine est 3 fois plus nombreuse que la population en Jordanie. Donc nous nous focaliserons dans la comparaison sur les incidences et sur l’évolution mensuelle des chiffres. Certes les politiques, les systèmes de santé et les capacités de prise en charge et de dépistage, varient entre le Maroc et la Jordanie mais les différents chiffres permettent de suivre les trajectoires du SARS-CoV-2.
Au Maroc, le premier cas de la COVID-19 a été déclaré le 02 mars 2020 et le 1er décès le 11 mars 2020. A la date du 30 juin, un total de 12 533 cas confirmés a été enregistré, sur un total de 681 191 prélèvements. L’incidence cumulée étant de 34,0/100.000 habitants (avec une incidence quotidienne moyenne aux alentours de 103,6 ± 95,6 cas [1-563]). L’évolution a été caractérisée par 228 (1,82%) décès et 8 920 guérisons. Parmi les cas dépistés, 3 385 (27%) sont encore actifs et constitueraient un risque de transmission si les mesures de prévention n’étaient pas bien respectées (Tableau 1).
Comparativement à la Jordanie la situation épidémiologique au Maroc semble relativement moins bonne. En Jordanie le premier cas de la COVID-19 a été déclaré le même jour qu’au Maroc soit le 02 mars 2020. Alors que le 1er décès est survenu 16 jours après celui du Maroc (27 mars). Rapporté au total de la population la Jordanie a effectué deux fois plus de tests que le Maroc. Elle a enregistré une incidence cumulée pour 100 000 habitants des nouveaux cas de la COVID-19 trois fois moins que le Maroc (11,1 versus 34,0) et a enregistré un taux de létalité deux fois moins important qu’au Maroc (0,8% versus 1,82%) (Tableau 1).

Tableau 1 : Situation épidémiologique de la COVID-19, au 30 juin 2020 au Maroc et en Jordanie

Maroc
Jordanie
Nombre d’habitants
36 909 144
10 202 906
Nombre total des cas Covid 19
12 533
1132
Incidence cumulée pour 100 000 habitants
34,0
11,1
Nombre total des décès
228
9
Taux de létalité
1,82%
0,80%
Total des tests RT-PCR réalisés à visée diagnostique
681 191
385 638
Incidence des taux de tests pour 100 000 habitants
184,56%
377,97%

Les nouveaux cas
L’évolution quotidienne des nouveaux cas (Figure 1) est plus variable en Jordanie (dents de scies plus grandes d’un jour à l’autre), chaque pays a sa propre dynamique (assez chaotique et imprévisible).
L’évolution globale se fait selon des vagues successives plus ou moins longues et plus ou moins hautes (moyennes mobiles des courbes). Au Maroc le premier pic des nouveaux cas a été enregistré le 17 avril avec 281 cas puis l’évolution a été dégressive avec des vagues qui diminuaient régulièrement d’amplitude. Deux mois plus tard le tableau évolutif a complètement changé avec deux pics successifs, de 539 le 19 juin et 563 le 24 juin (figure 1). En Jordanie deux grands pics ont été enregistrés (40 cas le 26 mars et 38 cas le 13 juin) (figure 1).

Figure 1 : Évolution quotidienne des cas de COVID-19, au Maroc et en Jordanie du 02 mars au 30 juin 2020

Évolution mensuelle des nouveaux cas
Les évolutions mensuelles des nouveaux cas sont un peu différentes (Figure 2). Au Maroc il y a eu une progression importante entre mars et avril (6,2 fois plus de nouveaux cas) puis les chiffres ont augmenté en juin comparativement au mois de mai.
Alors qu’en Jordanie l’évolution est différente, après une chute en avril on observe une augmentions en juin.
Aucun des deux pays n’a vraiment atteint le plateau, ni n’a aplati sa courbe. Actuellement on ne peut pas parler de deuxième vague étant donné que nous n’avons pas obtenu une accalmie longue de l’épidémie.
Au Maroc, il semble que la majorité de ces cas soient découverts à la suite du contrôle rigoureux des contacts ou lors d’un dépistage systématique en milieux professionnels. Les cas récemment découverts ne sont pas des malades à proprement parlé. Nous ne les aurions pas découverts si les analyses n’étaient pas réalisées. C’est la partie cachée de l’iceberg !
Les données concernant les foyers épidémiques (motif de découverte, signes cliniques des porteurs du virus, conditions de travail, conditions de contamination, respect des consignes de sécurité et des gestes barrière) et leur dynamique ne sont pas disponibles pour que nous puissions en faire une lecture scientifique et en tirer les conclusions adéquates. Je rappelle qu’un foyer épidémique est un lieu où sont survenus des cas groupés de maladies. Donc il s’agit d’une transmission locale avec des cas groupés. En épidémiologie un foyer de contagion est un ensemble de cas de la COVID-19 qui sont reliés entre eux dans le temps et l’espace.

Figure 2 : Evolution mensuelle des incidences pour 100 000 habitants des nouveaux cas de COVID-19 au Maroc et en Jordanie

Évolution quotidienne des décès
L’analyse de l’évolution temporelle des décès liés à la COVID-19 doit prendre en considération qu’il y a un décalage entre la notification des nouveaux cas et la notification des décès. Ceux-ci surviennent plusieurs jours après. Donc certains malades décédés par exemple pendant le mois d’avril ont été déclarés pendant le mois de mars !
Le 30 juin 2020, le nombre total des décès et le taux de létalité au Maroc et en Jordanie étaient respectivement 228 et 9 et 1,82% et 0,80%.
L’évolution quotidienne des décès est illustrée sur la figure 3. Au Maroc 167 décès (73,3%) sont survenus entre le 26 mars et le 02 mai. En Jordanie 100% des décès sont survenus entre le 28 mars au 02 mai. Depuis le 04 mai aucun décès n’est survenu en Jordanie alors qu’au Maroc les décès sont toujours enregistrés avec un maximum de 4 par jour.

Figure 3 : Évolution quotidienne des décès liés à COVID-19 au Maroc et en Jordanie du 02 mars au 30 juin 2020

Evolution mensuelle des décès
A quelques nuances près les évolutions se ressemblent. Au Maroc le nombre record a été enregistré pendant le mois d’avril, puis les chiffres sont en perpétuelle baisse. En Jordanie le même scénario a été enregistré avec zéro décès pendant le mois de juin (Figure 4).

Figure 4 : Evolution mensuelle des décès liés au COVID-19 au Maroc et en Jordanie

Evolution mensuelle des taux de létalité
Le 30 juin 2020, le taux de létalité au Maroc était de 1,82% alors qu’il n’était que de 0,80% en Jordanie. Les évolutions mensuelles des taux de létalité sont globalement similaires (la létalité a diminué avec les mois). Au Maroc la chute est toujours constante (ainsi le taux de létalité est passé de 5,8% en mars à uniquement 1% pendant le mois de mai.). Alors qu’en Jordanie il y a eu une légère baisse en avril pour en juin il n’y a plus eu de décès (figure 7).
Quelle explication doit-on donné à cette baisse constante des taux de létalité dans les deux pays ? S’agit-il de formes clinques plus bénignes ou de terrains pathologiques (âge comorbidité) différents avec le temps, d’une maitrise plus importante du traitement des formes graves d’une souche virale moins agressive ou d’autres facteurs qui seront objectivés par des études scientifiques sérieuses.

Figure 5 : Evolution mensuelle des taux de létalité liés au COVID-19 au Maroc et en Jordanie

Conclusion
La population marocaine est 3 fois plus nombreuse que la population en Jordanie. Le premier cas de la COVID-19 a été déclaré au Maroc et en Jordanie le même jour soit le 02 mars 2020. Alors que le 1er décès est survenu au Maroc le 11 mars 2020 et en Jordanie le 27 mars 2020.
La situation épidémiologique au Maroc est assez favorable mais semble être moins bonne qu’en Jordanie. Rapporté au total de la population la Jordanie a effectué 2 fois plus de tests que le Maroc. Elle a enregistré une incidence cumulée pour 100 000 habitants des nouveaux cas de la COVID-19 trois fois moins que le Maroc (11,1 versus 34,0) et un taux de létalité deux fois moins important qu’au Maroc (0,8% versus 1,82%).
Il est logique de penser que les systèmes de santé et les moyens mis en œuvre dans les deux pays soient différents. Chaque pays a sa propre dynamique évolutive, mais la variabilité est plus élevée en Jordanie. Les évolutions mensuelles des nouveaux cas sont assez similaires avec une progression constante. Aucun des 2 pays n’a vraiment atteint un plateau, ni n’a aplati sa courbe. Nous ne disposons pas de données concernant le nombre et la nature des clusters dans les 2 pays, pour mieux analyser les évolutions actuelles des cas. Au Maroc il semble que les nouveaux cas soient essentiellement le fait de foyers découverts dans le cadre du suivi des contacts et du dépistage systématique en milieu professionnel. Dans les deux pays la majorité des décès sont survenus pendant la période du 26 mars au 02 mai. Commente peut-on expliquer que les taux de létalité soient en constante baisse ? Actuellement on ne peut pas parler de deuxième vague étant donné que nous n’avons pas obtenu une accalmie longue de l’épidémie.
A signaler, que l’analyse des causes de décès liés à la COVID-19 au Maroc [8], avait révélé le 07 mai sur un total de 2521 cas que le TL était de 7,34% et que les facteurs les plus significatifs (p<0,005) étaient l’âge ≥ 65ans, le sexe masculin, l’obésité, l’hypertension artérielle et le diabète sucré.
Les études scientifiques sérieuses décortiquant les particularité cliniques, biologiques et thérapeutiques permettront de répondre à de multiples questions. La Covid 19 et son virus le SARS-Cov2 n’ont pas encore délivré tous leurs secrets.
Actuellement on ne peut pas parler de deuxième vague étant donné que nous n’avons pas obtenu une accalmie longue de l’épidémie.
Les études scientifiques sérieuses décortiquant les particularité cliniques, biologiques et thérapeutiques permettront de répondre à de multiples questions. Le Covid 19 et son virus le SARS-Cov2 n’ont pas encore révélé leurs secrets.
Mots clés : COVID-19 ; incidence ; létalité ; Maroc ; Jordanie

Références
[1] Lu H et al. Outbreak of pneumonia of unknown etiology in Wuhan, China: The mystery and the miracle. J Med Virol. 2020;92:401-2.
[2] COVID-19 – Chronologie de l’action de l’OMS,https://www.wo.int/fr/news-room/detail/27-04-2020-who-timeline—covid-19 (dernier acces le 18 juin 2020
[3] Sohrabi C et al. World Health Organization declares global emergency: A review of the 2019 novel coronavirus (COVID-19). Int J Surg. 2020;76:71-6.
[4] Maroc :https://www.worldometers.info/coronavirus/country/morocco/
[5] https://www.worldometers.info/coronavirus/country/jordan/
[6] Ministère de la Santé. Plan national de veille et de riposte à l’infection par le coronavirus 2019-nCoV version du 27/01/2020.
[7] Mise à jour de la définition de cas et du Protocole de prise en charge des cas de COVID-19 et leurs contacts. Circulaire N.Réf : 038 /DELM/00 du 20 05/2020
[8] Bulletin épidémiologique COVID-19 N°5 du 11/05/2020, Direction de l’Epidémiologie et de Lutte contre les Maladies, Ministère de la Santé, Maroc

 
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