La poésie est à l’image du poète
Zaid Tayeb
J’ai pris connaissance d’un petit billet publié sur son espace bleu par notre poète Hsaini Tahar. Selon ce billet, la mauvaise poésie attire l’attention des lecteurs. On peut comprendre que les lecteurs lisent mais qu’ils lisent ce qui est mauvais. Ce n’est
donc pas une question d’abstinence mais de goût. Ils ne savent pas faire la part des choses entre ce qui est bon et ce qui est mauvais pour la consommation. Si les choses se perçoivent sous cette optique, c’est qu’avec le temps et l’exercice de la lecture,
ces mauvais lecteurs finiront par se faire du goût et sauront choisir leurs mets.
La réflexion de M. Hsaïni Tahar sur les lecteurs et la lecture de mauvaise poésie me parait plus louable que blâmable. Quant au reste, je vais essayer de m’associer du mieux que je peux et sais à ce débat d’idées si maigre soit-il.
Ces questions sont-elles légitimes ?
– Et s’il n’y a pas de bonne poésie ?
-Et s’il n’y a que de la mauvaise poésie ?
Dans ce cas, le lecteur a le choix entre lire et s’abstenir de lire. S’il lit, on lui fait le reproche de lire de la mauvaise poésie et qu’il est un mauvais lecteur. Si, au contraire, il s’éloigne de toute lecture, on dira de lui qu’il est illettré. Il vaut
donc mieux lire et être traité de mauvais lecteur que de refuser de lire et être qualifié d’illettré.
Ceci ainsi dit et ainsi compris peut être poussé un peu plus haut et un peu plus en profondeur pour nous faire sortir du vertige du tourniquet.
– Et s’il n’y a pas de bons poètes ?
-Et s’il n’y a que des mauvais poètes ou des poètes médiocres ? Que doit faire le lecteur dans ces cas ? Leur lire à ces mauvaise poètes leurs mauvaises poésies ou les censurer ? Je crois qu’il vaut pour le lecteur de lire à ces poètes leurs mauvaises poésies
que de laisser son esprit se couvrir de rouille.
Nous attendons des jours meilleurs pour lire à nos poètes ce que nous lisons à Ahmed Matar.
En attendant, nous continuerons à répéter : ‘’on aura beau choisir dans une nichée, on finira par emporter un chiot.’’ Contentons-nous du chiot en attendant de varier nos choix.
Le lecteur est comme la maitresse de maison qui va au marché faire ses courses. S’il y a bonne marchandise, elle reviendra avec son couffin bien garni de légumes et fruits, sinon c’est de la mauvaise qualité qui composerait son menu. Le lecteur ne consomme
que ce que le marché de la lecture lui offre de bon ou de mauvais. Ni la maitresse de maison, ni le lecteur n’ont le choix. C’est le marché qui en décide.
En fin de compte, le lecteur n’est nullement blâmable quand il lit de la mauvaise poésie comme aucun reproche ne doit être adressé à la maitresse de maison quand elle revient du marché avec des provisions de basse qualité.
Qu’est-ce qu’une bonne ou mauvaise poésie ? Qu’est- ce qu’un bon ou mauvais poète ? La poésie est un écart par rapport à une norme qui est la prose. ‘’Tout ce qui n’est point prose est vers ; et tout ce qui n’est point vers est poésie’’ faisait dire Molière
à l’un de ses personnages dans ‘’le Bourgeois Gentilhomme ‘’. La prose, c’est la ligne ; la poésie, c’est le vers. A la verticalité de la poésie s’oppose l’horizontalité de la prose. Quels critères appliquons-nous à nos poètes et à leur poésie pour dire que
telle poésie et tel poète sont bons(bonnes) ou médiocres ? La poésie est à l’image du poète. A bon poéte bonne poésie et à mauvais poète mauvaise poésie. Si les lecteurs continuent à lire de la mauvaise poésie c’est que les mauvais poètes continuent à alimenter
le marché de la culture avec leurs médiocrités. La poésie n’est pas seulement l’agencement de mots sur l’axe des paradigmes mais elle sert à faire émerger la beauté de la langue dans toute sa splendeur.
En l’absence d’un salon, café ou club littéraires, il est malaisé de dire qu’untel est un poète ou romancier, qu’untel est un bon ou mauvais poète ou romancier. Tant que la diaspora des esprits éveillés de la société vivent dans l’individualisme et l’émiettement,
ils resteront méconnus ou ignorés loin de toute forme d’émulation et de création.




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