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Ain Sfa, berceau du premier traiteur

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Zaid Tayeb
La campagne vivait au rythme des saisons et les paysans des moussems, fêtes familiales et religieuses. Après les corvées des travaux des champs qui sont nombreux, variés et épuisants, venaient les mois d’été, juillet et août, surtout, avec les plaisirs qui leur étaient attachés. Fiançailles, mariages, baptêmes, circoncisions ou simples retrouvailles de familles, étaient des occasions pour se réunir et faire fête. Cela se méritait ! Et les paysans se laissaient aller aux airs de gaieté et de joie oubliant les galères des saisons de labour et de moisson.
Cependant, toute fête exigeait de longs et minutieux préparatifs. L’adage populaire disait : ‘’Quiconque prétend que le mariage est chose facile doit s’assurer auparavant que ses invités ne viennent pas à manquer d’eau.’’ Ce qui peut être compris qu’il ne faut rien sous estimer, même la moindre des choses.
Dans ce sens, à Ain Sfa, est né le premier traiteur. Cette personne physique et réelle, dont le nom commence par Z…, offre en partie ses services et ses équipements aux postulants.
Il y a cependant deux types de cérémonies : présidées par les tolbas ou animées par les troupes de musique folklorique.
N’est-ce pas lui qui présidait à la préparation du thé et du café aux convives pendant les cérémonies familiales ? La préparation du thé exigeait tout un cérémonial et un savoir-faire acquis de longue date par un long processus d’apprentissage. Elle était alors confiée à un maître d’œuvre qui se faisait entourer d’un plateau en cuivre dans lequel trônaient en croissant de lune des verres de thé arrangés par deux ou trois rangées, une théière , des boites de thé, de menthe ou d’absinthe et un pain de sucre. C’était à lui de réduire en morceaux le pain de sucre au moyen d’un caillou de forme ronde ou ovale. Pendant tout le temps que durait la récitation des versets du Coran, il transvasait le liquide roux de la théière dans un verre et vice versa. De temps en temps, il se versait un doigt de thé qu’il goutait pour en évaluer la goût et l’arôme. A chaque pause des tolbas, il servait les convives
Les grandes fêtes, elles, se faisaient dans les grands espaces. Elles attiraient une grande foule, invités et simples amoureux du folklore que l’air du pays appelait. Ces cérémonies se faisaient animer par les troupes folkloriques que le patrimoine régional offrait à satiété. A la campagne, il était impossible d’entendre le son des trompettes ( ghayta ; zamour) ou des flutes (gasba) et rester chez-soi. Les chants et sons des instruments appelaient et d’aussi loin qu’ils partaient, ils éveillaient l’envie d’aller voir, entendre et se dégourdir les hanches et les épaules.
Dans les grandes cérémonies, on faisait appel au traiteur Z…qui tenait un café à Aïn Sfa. Il louait ses services et ses équipements aux postulants. Il venait avec un gros samovar en fer blanc qu’il remplissait d’eau, installait sur un foyer de feu de bois, le bourrait de thé et de sucre dès qu’il s’était assuré que l’eau avaitbien bouillie. Z…servait les convives grâce à un robinet pratiqué au bas du samovar.
C’était encore Z… qui tapissait le sol de nattes en alfa, éclairait la scène des quinquets de carbure qu’il pendait à de longues chandelles en bois. Les convives pouvaient donc s’asseoir à même le sol pour dîner, siroter leur thé, danser au rythme des bendirs et hautbois, écouter les chansons folkloriques.
Il me semble que Z…est le premier ou l’un des premiers traiteurs à l’échelle régionale et que Ain Sfa est le berceau de cette forme de contribution à l’organisation des cérémonies en mettant les moyens et le savoir-faire d’un tiers au profit des postulants. A une époque où cette activité était peu ou méconnue, Z…la pratiquait déjà à Ain Sfa.
Zaid Tayeb

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