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Laisse-le bêler

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Zaid Tayeb

‘’Laisse-le bêler’’ est le mot d’ordre qui revient souvent dans les conversations quand on en vient à parler du mouton de l’aid. La cause est que le prix du mouton est excessif. Pour être honnête, il l’est et de manière excessive. Il est beaucoup plus au-dessus du pouvoir d’achat de la plupart des citoyens. D’où cela vient-il ? Les statistiques données par les responsables sont totalement fausses ce qui fait que l’équilibre entre l’offre et la demande est brisé : cette année, il y a beaucoup plus d’acheteurs que de moutons destinés à la vente et qui répondent aux normes du culte.
Deux facteurs ont contribué à l’explosion des prix.
L’une d’elles est que les acheteurs ont été induits en erreur par les responsables qui leur ont fait croire que les prix ne peuvent pas aller au-delà de 2000 dirhams. Confiants- et à qui fait-on confiance en premier sinon aux responsables qui veillent sur notre bien-être pendant que nous dormons ou vaquons à nos occupations ?- les acheteurs se rendent au souk dans l’espoir d’avoir leur mouton au prix de 1500 dirhams/2000 dirhams. Une fois au souk, ils découvrent que les prix dits à la télévision et ceux du souk ne s’accordent pas. Ils reviennent chez eux croyant que les Chennakas (les bourreaux) sont la cause de la montée des prix. Il faut donc tempérer pour faire baisser les prix d’où ‘’laisse-le bêler’’.
L’offre est de loin beaucoup plus forte que la demande. Au souk, il y a plus de bipèdes que de quadrupèdes. Il y a manque d’un côté et un surplus de l’autre. Les prix flambent. Les premiers accusés mis à l’index sont les éleveurs et les chennakas (les bourreaux).
Pour les partisans de ‘’laisse-le bêler’’, ils avancent les arguments suivants pour décrier le coût élevé du mouton : l’année a été bonne en pluies abondantes et régulières, l’herbe n’a pas manqué, le fourrage non plus, les allocations attribués aux éleveurs…pas de raison donc qu’on leur vende des moutons plus chers que l’estimation du responsable.
Ceux qui ont largement contribué au coût du mouton sont les chennakas ( les spéculateurs). Le même mouton peut-être vendu et revendu plusieurs fois ; A chaque opération, le prix de vente augmente d’un cran jusqu’à s’enflammer.
Je crois qu’il ne faut en vouloir ni à l’éleveur ni au spéculateur.
L’éleveur, lui, charge son troupeau dans un camion qui est à lui ou qu’il loue. Une fois au souk, s’attroupent autour de lui des acheteurs au gros. Il vend l’ensemble du chargement, se fait payer et rentre chez lui. Il ne vend pas au détail, ça ne l’arrange pas. Il ne va pas attendre que les citadins fassent leur grâce matinée, prennent leur petit déjeuner pour venir vers le milieu de la journée faire leur acquisition ou simplement se renseigner sur les prix. Les invendus, qu’en fait-il ? Il doit les recharger dans le camion et les ramener à l’écurie. Ça ne l’arrange pas de vendre à l’unité.
Le gros spéculateur achète au gros et vend au demi gros. Le spéculateur de taille moyenne achète au demi gros, classe les moutons par leur taille, et les vend au même prix, le gros et le moins gros. Le détaillant est un spéculateur qui achète une dizaine, par exemple, qu’il vend à l’unité. Et ainsi de suite. A chaque opération les prix augmentent. Ce sont les acheteurs qui paient les frais.
Voilà le processus qui va de l’éleveur à l’acheteur. La fête du sacrifice crée une dynamique, où le centre d’intérêt est l’achat et la vente, celui qui achète pour vendre et gagner et celui qui achète pour consommer. Ce dernier est le maillon faible de cette opération.
Je conseille à ceux qui ont lâché ‘’laisse-le bêler’’ d’aller à la campagne voir comment vivent les éleveurs, eux, leurs enfants et leurs femmes, dans quelles conditions ils évoluent, où ils habitent, ce qu’ils mangent, comment ils le mangent pour en fin de compte venir vous vendre leurs moutons au prix que vous voulez, pendant que vous, vos enfants et vos femmes mènent la belle vie.
Je leur conseille de voir de près comment s’effectue tout le processus qui va de l’éleveur au dernier acheteur, au consommateur.
En fin de compte, cette année, les partisans de ‘’laisse-le bêler’’ se sont fait avoir par le responsable qui leur a dit que le prix moyen du mouton variera entre 1500 et 2000 dirhams.
Je demande aux responsables où sont les moutons qui n’ont pas été sacrifiés l’année dernière et où sont ceux importés de l’étranger ? D’où vient ce manque en moutons ? Comment expliquer et comprendre les fausses statistiques sur le cheptel ?
Zaid Tayeb

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