Les conséquences socioéconomiques, financières et fiscales de la guerre actuelle
Jilali Chabih – Docteur et HDR, Paris 2 et Paris 5, et Docteur d’État, UCAM – Maroc, en droit, finance, fiscalité, administration et méthodes de recherche
Abstract :
The study of this polemical issue requires consideration of various aspects closely linked to this recurring phenomenon. The following components will be highlighted in particular: crises, geography, forecasting, deterrence, costs, protagonists, reserves, and the role of public authorities, the new global balance, the sinews of war, supply and demand, taxation, resolution, and polemology.
Keywords: war, geopolitics, victims, damage, belligerents, economy, finance, taxation,
Résumé:
L’étude de cette problématique polémologique requiert la considération de différents aspects intimement liés à ce phénomène récurrent. On relèvera principalement les composantes suivantes : crises, géographie, prévisions, dissuasion, coûts, protagonistes, réserves, rôle des pouvoirs publics, nouvel équilibre mondial, nerfs de la guerre, offre et demande, fiscalité, résolution et polémologie.
Mots clés : guerre, géopolitique, victimes, dégâts, belligérants, économie, finance, fiscalité
D’abord quels sont les différents types de crises et quelle est la carte géographique de l’État concerné ?
La crise selon la perspective dont je perçois cette thématique est une phase très grave, un bouleversement généralisé « dans l’évolution des choses, des évènements, des idées » (Le petit Robert), que ceux-ci soient d’ordre socioéconomique, politique, culturel, sanitaire, environnemental ou écologique, comme les épidémies, les pandémies, les guerres, les sécheresses de longues durées, la crise économique, financière et sociale de 1929 à 1939, la crise financière et immobilière (des prêts subprime ou prêts hypothécaires) de 2007-2008, les grandes inondations à répétition, les violents cyclones fréquents…
S’agissant des guerres, des phénomènes polémologiques sociaux, graves et récurrents, doivent alerter tout État, tout pays, toute nation pour analyser et comprendre sa situation géographique, ses attributs naturels, ses potentialités humaines, son savoir et savoir-faire technique et technologique, ses capacités géopolitiques et géostratégiques, ainsi que sa force de dissuasion. La possession de terres et de richesses est source de conflits : qui terre a guerre a ! Si tu veux la paix, prépare la guerre ! Si vis pacem, para bellum ! Quoique les puissances belligérantes ou les États belliqueux risquent parfois de s’enliser et de payer le prix très fort !
Ensuite, prévisions budgétaires et réalité financière et comptable d’une autorité souveraine
Des catastrophes sanitaires, environnementales ou polémologiques peuvent frapper à tout moment ; entraînant des pertes humaines, matérielles et financières très graves. C’est la raison pour laquelle les prévisions budgétaires et financières, qui se font pratiquement une année avant l’année considérée, doivent être, en effet, fondées sur des méthodes de prévisions et des données scientifiques, statistiques et comptables fiables, et analysées méticuleusement par des compétences scientifiques expérimentées, variées et multiples : économistes, prévisionnistes, statisticiens, gestionnaires, financiers, historiens… afin de pouvoir réduire la marge d’erreur au minimum. « The right human in the right place », ou bien la bonne personne au bon endroit ou encore la personne qu’il faut à la place qu’il faut, avec les moyens qu’il faut !
En 3ème lieu, niveau technologique et force de dissuasion de ce « cyclope d’une puissance » immense
Le progrès technique, les techniques de pointe, les technologies de l’information et de la communication (TIC), ainsi que le niveau technologique et industriel d’un État en guerre dépend de la capacité de ce pays à mener un conflit, ou plutôt de faire face à une guerre, qui n’a d’ailleurs pas provoqué, néanmoins il s’en sortirait gagnant en définitive. Épargnant ainsi autant que possible ses ressources humaines, économiques et financières. Un État capable d’exploiter ses potentialités stratégiques de défense, en mesure de se servir de ses capacités géopolitiques, géostratégiques et industrielles rivalisent avec les grandes puissances militaires. Il lutte d’égal à égal avec des drones aériens ou navals qui coûtent entre 10 000 et 15 000 dollars l’aéronef contre des missiles intercepteurs qui valent plus de 100 millions de dollars, le projectile, c’est-à-dire entre 6 666 et 10 000 fois supérieurs, le coût est énorme !
La force de dissuasion est une stratégie de défense, qui met le pays qui possède cette arme nucléaire en position de force dissuadant toute agression étrangère et maintenant de cette menace de représailles dévastatrices la paix sur son territoire et la protection de ses intérêts vitaux. Cette stratégie géopolitique et de souveraineté nucléaire repose sur quatre composantes : la poursuite permanente de la recherche technologique appliquée et de l’innovation géostratégique afin de préserver de manière autonome et indépendante une dissuasion nucléaire de pointe, ensuite la crédibilité de cette force de dissuasion consiste précisément dans la capacité de riposte même après une offensive brusque majeure ou une agression à l’improviste d’envergure, en troisième lieu, la constitution de bases militaires terrestres avec des troupes au sol hautement qualifiées et entrainées et des avions de chasse de dernier cri technologique transportant des missiles nucléaires, enfin la structuration de bases navales, avec des avions de chasse, des sous-marins lanceurs de missiles navals nucléaires, et des patrouilles maritimes militaires performantes assurant continûment la souveraineté de l’État dans ses zones territoriales et économiques.
En 4ème lieu, les coûts de la guerre
La guerre entraîne des pertes humaines considérables, des dégâts matériels colossaux et des coûts financiers énormes. Selon sa gravité et le degré de son extension la guerre englobe à la fois des conséquences socioéconomiques et macroéconomiques immenses, coûts humains, destruction physique, dépenses militaires, dettes, création monétaire et risque d’inflation, c’est-à-dire l’indice des prix à la consommation et le coût de la vie en temps de guerre. De même les disparités des revenus des différentes catégories socioprofessionnelles ainsi que la forte dépendance des perceptions de la population aux différents secteurs d’activité demeurent symptomatiques à cet égard.
En 5ème lieu, les produits de premières nécessités
Les matières premières et les produits de première nécessité sont très dépendants des aléas géopolitiques et des risques géostratégiques. Le degré de corrélation entre ces deux faisceaux de paramètres oriente fortement le comportement, à des échelons différents, de l’ensemble des agents économiques : producteurs, raffineurs, distributeurs, épargnants, investisseurs, consommateurs… ainsi que la diminution globale de l’ensemble des biens et services : capital, travail, pouvoir d’achat des ménages et autres ressources matérielles ou immatérielles. Les données recueillies de ces variables sont représentées par une fonction ou un algorithme modélisant les effets et l’impact de la guerre sur les sociétés et les nations afin de mieux comprendre, prévoir et résoudre ce phénomène belliqueux ou cette crise humaine et humanitaire.
En 6ème lieu, quels sont les perdants, quels sont les gagnants, quels sont les profiteurs ?
Ces trois variables, à savoir les gagnants, les perdants et les profiteurs ne datent pas d’aujourd’hui. Elles sont ancrées dans l’histoire de l’humanité et des grandes crises. Aujourd’hui les gagnants sont ceux qui ont subi le moins de dégâts humains, matériels et financiers. Les perdants sont ceux qui ont subi le plus de dégâts humains, physiques et financiers, ainsi que la perte des activités touristiques, la hausse des prix et des services, la baisse de la consommation et l’inflation de la monnaie. Les profiteurs sont ceux qui ont gagné de cette guerre des milliards de dollars générés par la hausse des prix du pétrole, du gaz, du kérosène, du blé et des complémentaires santé.
Le protectorat au Maroc, 1912-1956, caractérisé par le régime de tutelle, l’expansion coloniale, la perte de souveraineté et la répartition du territoire en trois zones : française (la grande partie), espagnole (le nord et le grand sud) et internationale (Tanger), a généré aussi le même phénomène qui perdure encore : les gagnants, les perdants et les profiteurs. La répartition des terres au Maroc est soumise à cinq régimes fonciers : les terres Melk, les terres Sulaliya, les terres de l’État, les terres Guich, les terres Habous. Les terres Melk, ou les propriétés privées, représentent environ 76% de l’ensemble du foncier au Maroc. Les grands propriétaires terriens sont l’État, Sulalate et les grands groupes privés.
La peste noire, pandémie dévastatrice, qui a sévi entre 1346 et 1353, identifiée en Asie, et s’est propagée en Europe, au Moyen-Orient et au Maghreb, a décimé, selon les approximations historiques, entre 75 et 200 millions de victimes, soit une moyenne de 137 millions de morts, et a engendré, elle aussi, des gagnants, des perdants et des profiteurs. Ceux qui ont le plus profité de la pandémie furent ceux qui faisaient la toilette des morts, les porteurs de cercueils et les fossoyeurs.
En 7ème position, la nécessité de faire des réserves
Tout État a besoin de prévoir et d’installer une réserve ou des réserves de biens prioritaires et d’urgence. L’obligation de faire une réserve des produits de première nécessité pour chaque État, étant donné qu’aucun État ne saurait être à l’abri des aléas géopolitiques et des risques géostratégiques, ni à l’abri de ce que les circonstances et les conjonctures internationales nous réservent. Nous avons vu combien on avait besoin de ces réserves d’eau d’irrigation durant les nombreuses années de disette et de sécheresse passées que le Maroc a vécues. Nous avons vu également combien on avait besoin d’infrastructures de santé et de réserves de médicaments et de compléments de santé pendant la covid-19. Nous avons vu aussi combien on avait besoin de ces réserves de matières premières et de produits de première nécessité (pétrole, gaz, kérosène, blé) en ces temps de guerre.
En 8ème position, l’obligation d’intervention des pouvoirs publics
L’obligation des pouvoirs publics d’intervenir pour que la population ne s’affole pas en ces temps de guerre, et ne se précipite pas vers les denrées, créant ou aggravant de ce fait la pénurie. Les subventions par l’État des produits de première nécessité comme le prix de l’essence à la pompe, les prix du gaz, du pain, de la farine, du sucre, le prix du mouton de l’Aïd aussi, afin que la population et certains profiteurs de la situation ne se lancent pas dans le monopole des biens, la spéculation et la valse des prix.
En 9ème position, un nouvel équilibre mondial s’installe
La violence implacable de la guerre qui sévit depuis des années et s’est intensifiée ces derniers temps, façonne la carte géopolitique actuelle et les orientations géostratégiques et idéologiques des grandes puissances industrialo-technologiques et nucléaires. On observe aujourd’hui un nouvel équilibre mondial qui s’installe : d’un côté l’Iran, la Chine et la Russie, de l’autre les E.U.A. et Israël, et puis une troisième catégorie qui subit plus ou moins : l’Europe, l’Asie et les Arabes. On s’aperçoit, d’un autre côté, qu’aujourd’hui et demain encore davantage ceux parmi tous ces États qui ont un poids sur la scène internationale, le Maroc n’est pas en reste, doivent s’atteler à renforcer leur souveraineté numérique qui est un levier considérable de la souveraineté dans toutes ses composantes : territoriale, interne, internationale, populaire et alimentaire
En 10ème position, le nerf ou les nerfs de la guerre ?
Peut-on parler du nerf de la guerre ou des nerfs de la guerre ? Ce sont les grandes crises et catastrophes comme la guerre actuelle, caractérisée par sa violence, ses conséquences et ses dimensions, qui ont transformé de facto « l’argent est le nerf de la guerre » en « le pétrole, le gaz, le blé, le kérosène, le numérique, le capital humain sont les nerfs de la guerre ». Le financement est fondamental en temps de guerre ; les matières premières et les produits de première nécessité sont aussi primordiaux en ces terribles moments de guerre. La logistique, transport, ravitaillement et soutien des troupes, le capital humain, ses qualifications et ses performances, ainsi que l’information, la désinformation, la propagande et la technologie du numérique sont indéniablement les nerfs majeurs de la guerre.
En 11ème position, la dynamique de l’offre et de la demande et leur corrélation
La dynamique de la demande n’est pas la même à la hausse qu’à la baisse. La consommation globale a baissé pendant la guerre actuelle de plus de 15% par rapport à la normale. Toutefois, les conflits renforcent aussi des opportunités de croissance et de productivité dans des secteurs propices à la guerre et à une tendance polémologique : défense et recherche dans les domaines de la défense, armement et technologie d’armement… La demande a également une fonction corrélative en temps de guerre par rapport à l’offre : l’accroissement de l’offre entraîne l’accroissement de la demande, ce qui génère une décroissance des prix des matières premières, des produits de première nécessité, des taux d’intérêt, et une hausse de la consommation, des investissements, de la production et de l’épargne. En revanche, la décroissance de l’offre entraîne une décroissance de la demande, ce qui génère une hausse des prix des matières premières, des produits de première nécessité : pétrole, gaz, kérosène, engrais, blé, farine, sucre, et une baisse de la consommation, des investissements et de la production.
En 12ème position, la nature de la fiscalité en temps de guerre
La nature de la fiscalité en ce moment de guerre est caractérisée par son exception, son poids ou sa pression, sa répression et sa redistribution. En effet, d’autres paramètres entrent de force dans ce conflit comme la problématique de la guerre elle-même et l’effort fiscal de la guerre, la cohésion sociale, l’inflation voire la stagflation, c’est-à-dire à la fois la stagnation de l’économie, de la croissance et l’inflation. En conséquence, l’État se voit dans l’obligation de tenir compte de ces variables majeures : la taxation des profiteurs de la guerre comme les grandes compagnies pétrolières, la hausse des droits de douane et de la fiscalité douanière, l’établissement d’une fiscalité de redistribution compensant « l’impôt du sang » par des contributions fiscales spécifiques sur d’autres catégories socioprofessionnelles, et une restructuration des impôts majeurs entraînant une pression fiscale indéniable.
Conclusion, résolution de cette problématique : « Les guerres, éléments de polémologie », G. Bouthoul
En conclusion, comment faire pour résoudre cette énorme problématique : « Les guerres, éléments de polémologie ». La polémologie est un concept créé en 1945 par le sociologue G. Bouthoul qui signifie la science de la guerre, et qui consiste à analyser sous les aspects sociologiques les causes, les formes et les fonctions de la violence dans son traité paru dans l’édition Payot, Paris 1991. La sortie de la guerre nécessite la prise en compte d’un certain nombre de facteurs comme la diplomatie, la négociation, la médiation et l’intermédiation pour l’arrêt des combats, afin de parvenir à un traité de paix durable. Arrivent ensuite la phase de démobilisations idéologiques et propagandistes, puis la phase d’indemnisation et de reconstruction, puis celle de deuil, d’apaisement et de traumatismes, v. Stéphane Tison, Comment sortir de la guerre ? Deuil, mémoire et traumatisme (1870-1940), Presses universitaires de Rennes, nov. 2019.
Jilali Chabih – Docteur et HDR, Paris 2 et Paris 5, et Docteur d’État, UCAM – Maroc, en droit, finance, fiscalité, administration et méthodes de recherche



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