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TOURIRT / LA COLLINE DU ZA (suite)

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Mercredi 04 mai  2011

LA COLLINE DU ZA  (suite)

A PROPOS.

Arrivées au crépuscule de leur vie, certaines personnes éprouvent le besoin d’immortaliser leur existence, abstraction faite de la dimension religieuse et théologique de la question.
Ainsi, les uns optent pour « les mémoires », les autres privilégient « l’album photos », d’autres engrangent leurs souvenirs dans des films, d’autres encore combinent toute cette panoplie offerte par les merveilles de la technologie.
Cet exercice offre l’opportunité à celle ou à celui qui s’y adonne de se replonger et se remémorer les innombrables péripéties vécues. Nul doute que cet exercice déclenche en son auteur un état d’âme complexe, voire un état second où se télescopent une série de sentiments allant de la joie et la satisfaction pour tout ce qui parait « positif » au regret et le repentir pour tout ce qui parait « négatif » ( les notions de positif et négatif étant considérée  dans leur connotation la plus étendue).

 

Le fruit de ce labeur et sa consécration constituent par ailleurs un trésor d’une valeur inestimable pour toute personne qui le lirait, le verrait ou l’écouterait.

Le fruit de ce labeur et sa consécration constituent par ailleurs un trésor d’une valeur inestimable pour toute personne qui le lirait, le verrait ou l’écouterait.
Pour ma part, j’ai opté pour une description, souvent d’images réelles, gravées dans ma mémoire et devenues une partie de mon patrimoine, pour la narration d’une histoire aussi. Une histoire non pas au sens d’une succession de faits et d’évènements mais plutôt à celui la mise en exergue d’une épopée. L’épopée d’une région qui m’a vu naître et grandir, que son milieu sur la loi du hasard m’a façonné jusqu’au terme de mon adolescence et que son système d’éducation et de formation m’a fourni la base et le socle pour bâtir mon avenir et mon présent. Toujours est- il qu’il me faut lui être reconnaissant et cela sans aucun doute.
Ainsi, sans prétendre me substituer à l’historien, au géographe, au sociologue ou à l’ethnologue, j’ai décidé d’écrire, de raconter, de révéler, de faire découvrir et au final de partager avec ceux et celles qui liront  ce que j’ai qualifiée d’épopée de taourirt ». Je dédie donc ce modeste écrit à mes concitoyens et mes proches pour exprimer mon attachement à ma Cité et satisfaire mon désir de contribuer à révéler le peu de choses que j’en sais et à le partager.
Cette épopée couvrant en gros les cinquante dernières années, sa lecture constituera le réveil de souvenirs pour les personnes de ma génération ( natifs de la fin des années 40). Nul doute que cela constituera une thérapeuthie  à l’image d’une plongée dans les eaux de Sidi Chafi dans les années 60 du temps où ces eaux bienfaitrices étaient (encore) domestiquées au fond de la vallée sous forme d’une daya.
Les jeunes, quant à eux, découvriront, enrichiront leur savoir, verront s’amplifier en eux leur attachement à leur terroir, arpenteront les ruelles de leur cité et verront cette dernière avec un regard et un sentiment nouveaux: l’espoir en un avenir encore meilleur pour les futures générations.
Figureront enfin parmi les lecteurs trois autres catégories. La première est celle des responsables locaux de l’Appareil de l’Etat qui président à la destinée de notre Cité. A ceux là, je me permets de souhaiter plein succès dans leur mission pour le développement de notre Cité dans l’équité, la justice et la bonne gouvernance. La deuxième catégorie, à savoir le corps des élus, je me permets également de leur souhaiter plein succès pour concrétiser les attentes de leur concitoyens et ne pas décevoir la confiance placée en eux lorsque la voix des urnes parle. Quant à la troisième catégorie, celle qui  milite au sein des ONG pour lutter contre  la pauvreté et combattre  l’ignorance et qui aspire un éventuel essor.

UNE HEURE DE  PROMENADE A TAOURIRT

*QUELQUES VIEUX ASPECTS  DE LA VILLE  ET

SA STRUCTURE.

 

De son ancien quartier appelé LFILAJ LAKDIM ou cohabitaient : Français, Espagnols, Algériens, Marocains d’origine berbère parlant ZNATYA, un mélange entre le Rifain et le Zayani ou apparaissent des termes en arabe  et arabe originaires de tribus avoisinantes, ou pour des circonstances historiques  quelques CHORFAS venus du sud marocains, FAGUIGS parlant un Chleuh un peu spécifique, tantôt rifains tantôt znaty aussi, dans un dialecte  très original  et l’arabe, retirés un peu sur eux et très attachés à leurs coutumes et traditions, la plupart des TOLBAS ; ils ont été  drainés par l’occupant venu  d’ Algérie alors colonisée pour conquérir le Maroc ,GLAEAS parlant un rifain avec accent par rapport aux RIFAINS, moins perfectionné, chassés par la guerre du rif et la famine, profitant pour commercialiser clandestinement quelques rares produits espagnols et arabe originaires de tribus avoisinantes, ou pour des circonstances historiques  quelques CHORFAS venus du sud marocains.Les Juifs parlant l’hébreu et l’arabe aussi ètaient concentrés surtout autour  de leur Synagogue au toit couvert de tuiles d’ardoise devenue habitation et restée sous le même aspect, où ils venaient tous les samedi soir exercer leurs pratiques religieuses laissant leur demeure sans feu depuis vendredi soir où ils ont préparé la SKHINA, repas coutumier et spécial à  consommer durant le weekend prolongé*

 

Les habitations étaient souvent de grandes  maisons mais à un seul niveau seulement,  après avoir   franchi un frais vestibule (SKIFA) qui abrite une salle d’eau à la turque(BIT L’MA), exigüe, on accède à une  cour centrale cimentée(LHAOUCH) ou patio

 

* Les habitations étaient souvent de grandes  maisons mais à un seul niveau seulement,  après avoir   franchi un frais vestibule (SKIFA) qui abrite une salle d’eau à la turque(BIT L’MA), exigüe, on accède à une  cour centrale cimentée(LHAOUCH) ou patio, ou se trouve planté un arbre fruitier et par la même occasion rafraichir la cruche d’eau (LKHABIA) vêtue d’un sac pour sucre de tempes en temps humidifié pour lui sauvegarder une lueur de  fraicheur; il rassemblait aussi la famille pour prendre le thé de la fin de l’a p m. Tout autour se dressaient plusieurs chambres. quelque part apparaissait du mur un robinet (SEBBALA) laissant couler de l’eau potable, celle perdue au sein d’un tout petit bassin à ras le sol pour être conduite par un petit ruisseau cimenté vers notre fameux arbre isolé dans son petit carré limité par une bordure en briques de terre cuite fabriquées localement dans une fabrique à proximité de l’oued ZA qui fournissait aussi de la chaux pour la mixer avec du sable d’oued et en faire un mortier qui servira aux constructions en pierres ou au badigeonnage les murs, la peinture n’était pas connue et se faisait rare.*

*D’autres habitations de type européen qu’on appelait DIOR N’SARA  pour les spécifier afin de les distinguer des autres, ayant un aspect français ou espagnol . Leur façade marquée par une architecture moderne de l’époque et toits couverts de tuiles d’ardoise montrait deux fenêtres à carreaux vitrés, de haute allure et de seuil cimenté ou granulé assez bas, camouflant l’intérieur par des rideaux en tissu de nylon de couleur blanche afin de fausser la vision aux curieux piétons pendant le jour et le sécurisant la nuit par des persiennes, accompagnant de part et d’autre une charmante porte en bois massif munie presque au centre d’un poignet en cuivre servant de tirette en même temps de système d’ouverture à la première fermeture automatique, remplissant la main lors de son usage et d’une poignée en forme de main en bronze fixée à la portée du visiteur servant à  taper avec pour se faire annoncer. L’ensemble peint en gris ou en marron foncé le protège contre la corrosion .

les familles  chrétiennes venaient exercer leurs pratiques religieuses et se confesser, célébrer leur Messe tous les dimanches, conclure des  mariages ou célébrer leurs fêtes religieuses, elles s’offraient une avenue bien animée. Mais hélas, cet édifice  n’a pu garder que des traces.

 

 

Elles étaient habitées par les européens gérants et exploitant les grandes affaires : l’ALPHA par exemple, le bois, des exploitations agricoles, la construction des routes goudronnées, la vente d’armes de chasse et de pièces détachées de véhicules, des propriétaires d’ateliers de travaux mécaniques, de cafés, bars, restaurants etc… ou encore des fonctionnaires des services publics. Leur façade marquée par une architecture moderne de l’époque et toits couverts de tuiles d’ardoise montrait deux fenêtres à carreaux vitrés. Regroupées en quelques ilots autour d’une église où les familles  chrétiennes venaient exercer leurs pratiques religieuses et se confesser, célébrer leur Messe tous les dimanches, conclure des  mariages ou célébrer leurs fêtes religieuses, elles s’offraient une avenue bien animée. Mais hélas, cet édifice  n’a pu garder que des traces.*

*  Toutes ces communautés habitaient dans des demeures qui leur étaient spécifiques par leur architecture, chacune dans son DERB ou HOUMA.*

* « En 1951 taourirt comptait 4 655 habitants dont 3 220 marocains musulmans, 420 marocains

Israélites, 1 015 européens et algériens ». *]

* De son nouveau quartier, BLANE JDID,  qui hébergeait ceux dont la situation s’est améliorée ou ceux migrés de la région, on y trouvait une population diversifié du point de vue activité : des petits commerçants qui vivaient de leur commerce qu’ils pratiquaient dans leur modestes boutiques, la plupart d’entre eux profitaient pour commercialiser leurs denrées alimentaires de première nécessité sous des tentes (LAGYATANE , pluriel de LGUITONE ) dans des souks hebdomadaires , celui de notre  ville qui se tenait les dimanches et ceux des campagnes avoisinantes telles que CAMBERTOU,  ( CAMP BERTEAU,  nom colonial  d’un camp militaire) à Larbae, éthnie arabe située à quelques 30 km à l’ouest de taourirt sur la rive gauche du ZA ou  SIDI LAHCEN, où cohabitent deux fractions celle des berbères et celles d’arabes descendant de chorfas venus s’y installer pour former une seule ethnie appelée Ouled Aamar située à quelques 40 km au sud de taourirt et à quelques 20 km à l’est de Debdou. Ces deux là se tenaient les jeudis. Quelques commerçants participaient aux souks des localités de Debdou les lundis et de Guercif les mardis. De rares  artisans dans leurs petits ateliers fabriquaient leurs produits pour répondre aussi à certains besoins domestiques des habitants du quartier ; on y trouvait un cordonnier réparant les vielles chaussures et façonnant des sandales neuves à base de pneu de voitures et de cuir ; un tisserand (DERRAZ ) à l’aide d’un assemblage de bras en bois ( LMANJAJ ) soutenant une structure de fils fins et résistants  (SDA) exerçant des mouvements mécaniques ordonnés manuellement il tisse en compagnie de son partenaire de grandes et épaisses couvertures marquées par de magnifiques dessins à base de fils de laine ( LAGHZEL ) qu’il fait passer à l’aide  d’un petit bidule lisse en bois en forme de souris ( NZAQ ) possédant un oeuiller au milieu, lancé de main en main pour un va et vient à une vitesse éclaire à travers le tissage entre les deux bonhommes ; un tailleur de jellabahs en laine pour hommes, assisté obligatoirement dans ce métier par un adolescent qui ne peut etre que son fils debout en face lui croisant machinalement à chaque point de couture les fils tendus dans un jeu régulier de doigts   (LBOURACHMANE ), par la même occasion récitant des versets de Coran un souffleur réparant les ustensiles de cuisine par des minuscules soudures ou plombage à l’aide d’un matériel purement archaïque dont LKAWYA rougie par un feu de charbon de bois ventilé par un ventilateur approprié ; une menuiserie sentant une odeur enivrante  de bois, équipée d’une longue table en vieux  bois massif et de quelques outils nécessaires pour façonner les simples et modestes meubles destinés à être exposés au souk  le jour du dimanche pour être vendus aux campagnards ; un forgeron fabriquant du petit matériel agricole pour les paysans des banlieues faisant en même temps maréchal ferrant.

pour information ou  rappel ces deux quartiers ont été construits au temps du protectorat français.*

 

 

des terrains cédés par l’état à des prix symboliques pour abriter les venants des tribus berbères situées au sud- Est à citer les BENI BOUZEGGOU , OULED AAMAR , BENI CHBEL, OULED LMIDI

 

 

*Les quartiers dont L’HANDIYA en quelques tentes ( KHYAM , pluriel de KHEYMA) confectionnées en nattes d’ alfa noircies par un soleil torride et par une fumée dégagée par leur nid de feu( KANOUN) ,  qui s’est développé en constructions sur des terrains cédés par l’état à des prix symboliques pour abriter les venants des tribus berbères situées au sud- Est à citer les BENI BOUZEGGOU , OULED AAMAR , BENI CHBEL, OULED LMIDI  .Ce quartier verra son extension  vers BLANE SEUK (quartier du souk appelé ainsi  du fait de sa proximité) , BLANE L’HOURRIYA à l’ouest, délimité par la voix ferrée ( symbole de l’indépendance donc de la liberté), appelant les KRARMA et LARBAE ;  BLANE L’HALFA au sud, au delà de la gare ferroviaire, de l’existence sur les quais de cette gare d’immenses stocks de cette plante graminée prête à être expédiée par voix ferrée à casa pour alimenter les usines de la patte à papier, il recevait la tribu arabe des JAAE issus de la plaine de TAFRATA .Ils étaient tous à l’état embryonnaire vers la fin des années 50. Ils naitront en début des années 60 pour grandir et s’étendre à la suite d’un exode rural qui s’est vue développé et donc de devenir ce qu’ils sont actuellement : des quartiers populaires, ni plus, ni moins. (Monsieur KASSOU Boumediene, âgé a peu près  de 80 ans connaît mieux que moi l’histoire de TAOURIT, il a dû à ce sujet élaborer une sorte de mémoire retraçant l’évolution de cette ville depuis1906, date de l’invasion du protectorat français au Maroc, jusqu’en1956, date de l’indépendance, sujet qu’il nous a exposé à l’ouverture d’une réunion tenue par les anciens élèves  de Taourirt à Rabat en 1995 dans son cadre associatif , s’il publie son œuvre on aura l’occasion de savoir plus… que Dieu lui réserve une longue vie et le garde en bonne santé.*

DES MURS QUI ONT RESISTE, DES GENS QUI

ONT DISPARU

 

Partons de JAMAE LAKBIR, qui a été toujours le symbole de la foi et l’unique lieu saint des cinq prières quotidiennes pour les mêmes pratiquants, y compris celle du vendredi , ( SALAT AL JOUMOUAA) ainsi que des rencontres plus sacrées durant les soirées du mois de Ramadan pour faire les prières des TARAOUIHS, avant d’aller dormir pour être réveillé à l’heure du SHOR par le vieux  MAKTOUBLLAH qui soufflait fort dans sa longue trompette (ANAFFAR). Ces grandes soirées sont clôturées  la veille de son 27eme jour par une nuit prolongée de priéres appelée LAYLAT L’KADR. Qui sera achevée par des prières supplémentaires, sorte de confessions prononcées par L’Imame, afin d’obtenir le pardon divin avant de se quitter aussi dans une grande quiétude.  Par nécessité la construction d’une autre mosquée au centre du nouveau quartier a eu lieu en début  des années 60 pour recevoir ses habitants et ceux des parages.

 

aussi quelques charmantes dames et demoiselles natives de Taourirt à citer, ZOUBIDA et LATIFA FARAJ, FATIMA TAJ , FATIMA BOUTINZAR , HADDA, aux coté de KAROUACH et de L’ HAJ qui étaient tous des infirmiers compétents,  sans oublier les frères MERZOUG qui étaient aide soignant et ambulancier.

 

 

Rappelons nous de SBITAR LAKDIM  que gérait le Dr BLANCHARD assisté par un corps médical composé d’infirmiers marocains présents et compétents, vint par la suite  la construction d’un hôpital a proximité de la ville sur une plate forme ou se tenait auparavant  le souk hebdomadaire et ou vont exercer aussi quelques charmantes dames et demoiselles natives de Taourirt à citer, ZOUBIDA et LATIFA FARAJ, FATIMA TAJ , FATIMA BOUTINZAR , HADDA, aux coté de KAROUACH et de L’ HAJ qui étaient tous des infirmiers compétents,  sans oublier les frères MERZOUG qui étaient aide soignant et ambulancier.

Plus haut en se dirigent vers le centre ville HAMMAM BENZIDOUR ,de son propriétaire BENZIDOUR un algérien, il recevait surtout les habitants de la ville, les femmes l’apm, les hommes la mâtiné et le soir .Sur la même façade au bout de la même rue, une boulangerie appartenant à Ouled Kouider fournissait du parisien pour les européens était très célèbre par la qualité de son pain blanc, qu’on appelait LBOULANJI, la bonté et la sympathie de ses propriétaires. Quant au père de MOUZANA autorisé à fournir KHABAZA pour les musulmans habitant dans l’autre rive. Du nom Kaddar et d’origine Algérienne, ils détenaient par la même occasion des bus pour transporter les voyageurs vers Oujda et Taza et fournissait  de l’essence ; en face de chez eux Messaoud un juif confectionnait de belles chaussures en cuir dans son petit atelier. Moulay SAADI l’algérien était l’écrivain public de l’époque, il occupait un petit local dans la même rue. Un magasin moderne appartenant à BOUKTITA, un Bazard détenu par Mr ANTON faisaient les deux coins ; plus haut  des cafés- bar- restaurants dont celui de Mme MARIE et son associé Ben ABDALLAH un algérien, celui de Mme GALOGI ou tous les samedis des soirées de dance  s’organisaient entre couples européens et quelques rare arabes bien distingués, les favoris de l’époque, il deviendra durant les années 60 le siège de la municipalité, celui de LOMENIA racheté par ABDELWAHAB Debdoubi , celui de CASTELLI, dernier européen, italien d’origine, resté à Taourirt jusqu’en 69,  le seul bistro resté opérationnel pour servir les habitués et quelques dockers qui venaient discrètement s’approvisionner en bouteilles de vin rouge ou de bière de qualité modeste de marque La Cigogne ; un hôtel appartenant à Mme LAVANE repris les années 60 par JAKHROUT, une pharmacie était détenue par SLIMANE devenue premier magasin de vêtements de luxe en ce temps appartenant à JABRI, à coté une compagnie de banque algero- marocaine devenue la CMCB. Derrière, une Eglise bien située à la crête d’un  versant regardant le nord, un magnifique panorama surtout au printemps, franchi par Oued ZA .En face des ouled kouider deux ou trois gargotiers qui ne cessaient de fumer, même au long de la nuit, laissant échapper à travers les rues voisines cette grasse fumée de graisse d’ agneau de la région t’appelant à revenir vers pour te faire payer un demi pain garni de brochettes de foie ou de viande saupoudrés par un mélange d’épices et de sel et arrosés par une sauce piquante à la demande, les fauchés se contentaient d’un bol de soupe ( ZLAFA HRIRA) très riche en calories et bien garnie de poids chiches accompagnée d’un quart de pain pour apaiser leur faim et se réchauffer les trippes .

Un café maure géré par une marocaine, grande de taille appelée Mimouna Lkahwajia, faisant fi de tout scrupule au sein d’une société purement masculine, tatouée au front et au montant, un cou nu mais décoré par de simples colliers de MARJANES de différentes couleurs embellis par quelques pièces d’ancienne monnaie en or appelées LOUIZ ou figure sur une face le portait du roi PHILIPPES II, bijoux prestigieux commercialisés par les femmes entre elles à leur rencontre au bain maure ou par le biais d’une intermédiaire appelée D’LLALA , vêtue de sa longue BLOUZA fine à manches courtes brodée à la poitrine montrant une JELTITA de couleur plus foncée camouflant un corps droit et colosse, avec une ceinture autour d’un ventre fin et une grande serviette de bain pliée en quatre posée sur  sa tète pour la  protéger contre ce soleil torride d’été et couverte légèrement par un foulard très ordinaire noué au front avant d’être soutiré autour de son crane pour avoir l’allure d’une calotte sphérique. Un bracelet fort et épais, L’ KHOULKHAL, au pied autour de la cheville,  chaussée d’une paire de savates en plastique marchant sans scrupule pour se rendre chez elle après son service  en écoutant un poste radio transistor 8 tenu par une main dont le poignet est entouré d’une montre d’hommes contre un ventre fin ou suspendu à son épaule,  les manches d’un sous vêtement en coton rose couvrant de longs bras montant aux poignets des bracelets en or blanc.

 

A coté, dans une façade qui fait la perpendiculaire, Lbachir Laaouar (le borgne) vendait dans sa petite boutique le charbon de bois, le seul combustible présent pour allumer du feu dans des BRAZEROS en terre cuite (MJAMER, pluriel de majmar), moyen unique pour préparer  les repas et les boissons chaudes, le réchaud à pétrole n’était  utilisé que par les célibataires.

 

*A coté, dans une façade qui fait la perpendiculaire, Lbachir Laaouar (le borgne) vendait dans sa petite boutique le charbon de bois, le seul combustible présent pour allumer du feu dans des BRAZEROS en terre cuite (MJAMER, pluriel de majmar), moyen unique pour préparer  les repas et les boissons chaudes, le réchaud à pétrole n’était  utilisé que par les célibataires.

Plus haut, Bellakhdar, un forgeron, aidé par l’un de ses fils et d’un proche appelé MOHANTAHAR , ne cessait de faire raisonner son enclume par deux coups successifs , répétitifs et continus qu’on entendait du collège, dans un silence durant les séances de cours, donnés au morceau de fer à peine sorti du feu, rougi pour confectionner des charrues et d’autres petits matériels pour les  agriculteurs de la région, dans un rythme réguliers qui duraient un moment, il était  maréchal ferrant aussi. Un apprenti au visage ruisselant de sueur et masqué par la suie  manipulait à l’aide d’une chaine un soufflet majuscule fixé obliquement au mur et au plafond à l’entrée d’une cheminée pour ranimer le feu servant à chauffer du fer.                    Une rue au cœur de la cité européenne trop bien fréquentée et animée le soir ou se trouvait le café de Felah à deux façades qui faisait le coin, il rassemblait à longueur de journée et jusqu’à une heure tardive dans la nuit les joueurs de cartes, de domino dans une grande fumée grise, une atmosphère suffocante, ou encore les jeunes pour regarder des matchs de football télévisés. Plus bas le marché central prolongé par une vaste plate forme cimentée appelée LABLASSA ( la place ) ou les petits paysans des banlieues venaient de bonne heure déposer leurs légumes frais et BIO fournis à ce marché, et ou le soir quelques vendeuses venaient exposer leur pain ou des jeunes garçons leurs bonbons et cacahuètes sur des tablettes portables et par la même occasion une ambiance d’enfants toutes confessions et nationalités confondues s’animait, surtout la veille du vendredi et de dimanche, jours fériés pour les écoliers, ou encore à l’occasion des fêtes religieuses où on se retrouvait pour se permettre ce luxe d’entreprendre la calèche qu’on appelait LCALIJ pour faire une randonnée à travers les principales rues de la ville dans la joie, en répétant en chœur de courts chants improvisés ou des refrains simultanés en deux groupes, le prix du billet était alors de 10 ctmes pour les petits ( 0dh 10 ) et de 20 ctmes pour les plus grands (0dh 20) de quoi louer à l’époque un vélo pendant ½ heure, ou encore c’était le prix de 4 baigners chez Si Mohamed SEFNAJ,  le prix d’un cahier de 48 pages pour les écoliers, la charrette de HNICHA tirée par un âne, connue sous le nom de CARRO – Hnicha, un ancien docker, une personne pauvre douce te répondant toujours en commençant lors d’une interpellation par : AMEMMY !  ( mon fils ou mon petit) réputée par ce moyen de transport archaïque, prête à  mettre à la disposition de tout demandeur et sans limite de tarifs ce simple moyen de transport devenu ce jour de fete un moyen de distraction et de gaieté pour les enfants, un moyen à traction avant  à deux roues, les pattes de l’âne non comprises. De ce moyen il y en avait à peu près une douzaine réservés les jours des vendredis pour transporter les sacs de sucre de la gare de la C.F.M(ONCF actuellement) vers les trois grossistes de la ville : L’Haj B. Yamna et les deux juifs Bennayem et Mokhalt qui approvisionnaient les détaillants de la ville et ceux des campagnes avoisinantes.

La place était longée de part et d’autre par des boutiques (et elle l’est encore !)  occupées à l’époque par les commerçants Figuiguis et Bouzeggaouis d’un coté,                                                              et par des juifs et espagnoles dans l’autre, exerçant les petits métiers d’artisans tel que cordonniers, souffleurs, tisserons et autres…; La vielle « Clara », entourée d’une population de chats, devant sa petite boulangerie ne cessait de bavarder d’une voix rauque avec son entourage dans une langue mixte.

UNE EDUCATION RELIGIEUSE OBLIGATOIRE.

 

 

 

Plus bas une école coranique qu’on appelle JAMAE sous forme de petit local exigu pouvant recevoir une vingtaine d’enfants musulmans de l’époque envoyés par leurs parents, matin et soir, avant et après l’école, trouver  leur maitre, LAFKIH  Si L’MOKHTAR pour lui embrasser la main droite et s’assoir en face pèle- mèl sur une natte en alfa appelée LAHSSIRA et apprendre le coran dans un grand vacarme et sous une pluie de coups de bâton flexible appelé ZELLAT reçus de temps à autre à l’improviste et n’importe ou pour réveiller les somnolant et créer une ambiance afin d’ inciter ses élèves appelés L’MAHHADRA à apprendre  leurs versets qu’ils ont écrit sur des planches lisses appelée LOUHA à l’aide d’un stylo original appelé LAKLEM fait en roseau, qu’on trempait machinalement chaque fois dans un encrier appelé DOUAYA pour absorber un peu d’encre appelée SMAK OU SMAKH après avoir effacer une face en lui passant une couche de boue blanche à l’aide d’un morceau de calcaire tendre appelé SANSAL,  la sécher ensuite au soleil du matin sinon à un petit feu de papiers ramassés dans la rue que le Fkih allume au pied du mur, s’il fait mauvais temps, afin de créer un fond propre répondant à l’écriture, pour etre prête à recevoir immediatement une nouvelle écriture sous une dictée morcelée et discontinue de nouveaux versets, et ce à chacun des Mahhadras assis de la même façon ça et là en face du Fkih au moment de la dictée. Pour rester organisé et pour ne pas se perdre il suffit de rappeler au Fkih par l’expression : ZID A’ SSI…. Ceux qui se trompaient à la récitation regagnaient leurs places pour une courte révision et revenir se rattraper, sinon ils n’avanceront pas et attendront le lendemain en contre partie de la grande punition appelée TAHMILA qui consiste à être pris d’assaut par deux grands gaillards, sous les consignes du Fkih,  dans une position horizontale et bien tendu sous des bras de fer, les deux pieds joints par la force prêts à recevoir jusqu’à  10 coups de bâton aux plantes sous des hurlements en suppléant son maitre, ensuite relâché les pieds électrofiés ….

 

 

Celui qui abordera le premier verset (L’HIZB) fera du porte à porte, montrant sa planche décorée, accompagné de ses camarades du Jamae en répétant en chœur la fameuse récitation ;BIDA BIDA LALLA… BACH NZAOUK LOUHTI… LOUHTI AAND TALEB…WA TALEB F’JJANNA…WA JJANNA MAHLOULA.. HALHA MOULANA

 

 

Mais à l’heure de la sortie, au signal du Fkih, les Mahhardas les plus jeunes doivent ranger dans une bousculade leurs Louhats en petites piles superposées contre le mur, lui embrassent la main trouvée tendue sur son genoux , se précipitent pour filer leur chaussures qui les attendent au seuil, partent dispersés en ruant dans différentes directions . tandis que les plus grands suspendent sagement les leurs par un bout de ficelle pénétrant un orifice axé au coté supérieur de la Louha, chacun à un clou fixé  au mur, embrassent à leur tour cette même main du Fkih qui leur balbutie une courte bénédiction. Tous les mercredis L’Mahhadra doivent lui debourser 20 ctmes (0,20dh) appelée RBAEIYA comme à titre de faveur généralement déboursée par les mamans .A défaut, il peut se contenter de quelques œufs frais ou quelque morceaux de sucre , outre une mensualité appelée CHAHRIYA variant entre 1dh et 1.50 dh selon le niveau des enfants, payée directement par les parents.  Celui qui abordera le premier verset (L’HIZB) fera du porte à porte, montrant sa planche décorée, accompagné de ses camarades du Jamae en répétant en chœur la fameuse récitation ;BIDA BIDA LALLA… BACH NZAOUK LOUHTI… LOUHTI AAND TALEB…WA TALEB F’JJANNA…WA JJANNA MAHLOULA.. HALHA MOULANA…

et je vous laisse le soin, mes vieux camarades et chers lecteurs, car la plupart d’entre vous connaissent la chanson et sont sans doute passés par là. Mais ceux qui finissent par aborder les 60 versets (KHORJOU SELKA) ont droit à une fête plus importante(ZERDA) le festin ou la cérémonie, en préparant un diner copieux  pour lequel on  invite le Fkih accompagné d’autres TOLBAS et quelques amis et proches. La soirée est animée par la lecture de quelques versets de Coran par  les TOLBAS  et par des  psalmodies (TAHLAL) récitées en chœur par l’assistance,  intercalés par  de bons verres de thé à la menthe avant de clôturer cette SADAKA par une dernière lecture de versets  exprimant des confessions et des bénédictions pour finir par une FATHA, prières intercalées par des « AMINE » au cours desquelles le fkih demande à Dieu des bénédictions pour la personne qui a célébré cette cérémonie  ainsi qu’aux membres de sa famille, de protéger leur fils par le coran contre tout mal éventuel et de lui servir comme clé pour la porte du paradis, pour  les vivants et les morts, la guérison pour les malades, une arrivée à  destination sans obstacles aux voyageurs, un bon retour pour les pèlerins, de la richesse aux gents , de la pluie pour le bled, le betail et les gents, de l’extension de l’islam et de la victoire pour les musulmans, des malédictions aux non croyants. On se quitte en demandant à Dieu de récupérer au maitre de la maison ce qu’il a dépensé.

Il y avait  deux autres  écoles coraniques au nouveau quartier, celles de LAMTALSSI, trop sévère avec ses élèves, et de  Si L’KHOUMSSI.                                                                                                                         A suivre…

Mr.Mohammed BOUASSABA

 
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4 Comments

  1. OMAR
    08/12/2013 at 22:29

    SALUT ET MERCI POUR CE RECIT

  2. MAHI
    27/10/2015 at 17:35

    MERCI Mr BOUASSABA HOMMAGE A TOUS LES BIENS HOMES DE TAOURIRT QUI NOUS ONT QUITTES

  3. Ikbal Drioua
    04/05/2018 at 23:46

    Bonjour! shui Ikbal Drioua ; étudiante à l’univ Mohamed1, branche études françaises , je viens de préparer mon projet de fin d’étude, et j’ai aborder le sujet ‘distinction entre les dialectes de quelques tribus de notre région Taourirt ‘ en outre j’ai réservé un chapitre pour l’histoire de notre ville Taourit.
    J’ai bien aimé votre article qui va m’aider bcp dans mon projet ,ainsi j’aimerai bien recueillir bcp plus d’informations de votre part si vous voulez bien sûr <3 mes considérations distingués.

  4. Mohammed BOUASSABA
    20/06/2018 at 02:11

    Merci chers commentateurs. Mon nouvel ouvrage : » Les Mûriers de la Vallée du Za » est en vente à TAOURIRT , dans les principales librairies des grandes villes du Maroc et en france à PARIS. n’hésitez pas à le chercher, j’espère qu’il vous plaira. pour toute autre information me contacter sur FACEBOOK; Mohamed Bouassaba . GSM 06 64 96 77 44. A+

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