Home»International»TAOURIRT / LA COLLINE DU ZA (3eme partie)

TAOURIRT / LA COLLINE DU ZA (3eme partie)

2
Shares
PinterestGoogle+
 

Jeudi 05mai 2011

LA COLLINE DU ZA  (suite)

*LES DURES ANNEES DE FAMINE

Il fut un temps ou on distribuait un peu de ravitaillement contre des bons pour subsister, Aam Lboun, c’était entre 1938 et 1945, durant la deuxième guerre mondiale,où la famine avait ravagé une bonne partie de la population  des banlieues et des campagnes avoisinantes, on se nourrissait de racines de certaines herbes (s’il y en avait). Elle était due à l’impacte de cette guerre et à une absence totale de la pluie sur le Maroc oriental, ce qui a engendré une grande et large sécheresse au point ou on ne pouvait observer  le moindre nuage susceptible de nous annoncer une éventuelle pluie ! Ce phénomène avait duré presque sept ans jusqu’au point ou la couche terrestre à rougi.* A Mestigmer par exple seul deux ou trois familles possédaient des réserves de céréales dans leurs silos. L’une d’elles offrait tous les soirs avant le coucher du soleil, pendant une longue durée, visiblement apparente une grande galette, en la déposant devant le DARIH de Sidi Moussa du cimetière pour la  mettre à la disposition du premier passant, un chanceux. Quel geste ! Quelle sainteté de la part de ce chef de famille ! C’était L’BAKKAL, le père de  feu L’haj Mohalbakkal qui residait à Mestigmer une commune de la tribu des Beni Bouzeggou située à 30 km à l’Est de taourirt, rattachée administrativement à EL AIOUN Sidi Mellouk, et de son frère feu Ahmed L’bakkal qu’on appelait tous Aammi Hmed et qui residait à taourirt. J’y reviendrai….Je profite d’ici, du bout de ma plume pour adresser un grand salut d’amitié et de fraternité à leurs  nombreux fils là ou ils sont. *Vers 1945 des gens sont morts de faim à Taourirt, on les trouvait des fois nus comme des verres se diriger vers la  décharge en trainant à plat ventre leurs corps maigris par les maladies et la famine dans l’espoir de se nourrir de restes et d’épluchures  pour ne  trouver que la mort malheureusement au rendez vous. Quelle misère ! Pour les aider à mourir tranquillement on les adossait contre le mur pour un dernier souffle. Des corps inertes attiraient des hyènes affamées aussi, c’était à Blan Jdid du coté du cimetière. Les habitants ont pu capturer et tuer l’une de ces bêtes, amputé et carbonisé  la tète pour faire éviter d’utiliser son cerveau à des fins de sorcelleries destinées à ahurir un quelconque, (MOKH D’BAE connu pour son efficacité à cela).*

*LA JOIE DE SE DISTRAIRE

Ahmed L’BAKKAL, fils de Lbakkal évoqué plus haut, ou Aammi Hmed, allah irahmou était  l’un des notables de la ville de  Taourirt des année 60, connu dans toute la région par tous, président du conseil municipal de la ville plusieurs fois, un homme riche et courageux, un bon vivant, aimant les gens , les repas copieux ( ZRADIS ) et surtout le MECHOUI, les nouveaux modèles des voitures de l’époque, la chasse aux perdreaux, son cheval mur (ALGAREH) qu’il monte les jours de fête pour participer à la FANTAZIA avec le groupe des Beni Bouzeggous, le meilleur dans le temps , tribu à laquelle il appartient, et supervisant lui-même les fêtes nationales qui se déroulaient dans un cadre d’un vrais festival marqué par des chevauchées et des spectacles de danses folkloriques présentées par un groupe des AARFA accompagnés de leurs  deux danseuses (REGGASSAT)  invités de la ville de Berkane pour animer la soirée jusqu’à une heure tardive ou tout le monde vit ses fantasmes et durant la journée par des différents groupes de danseurs de L’MANGOUCHI joué sur des rythmes de BENDIR et d’une trompette artisanale appelée L’GHAITA.* La troupe de la tribu des Beni Chbel , animée par un jeune et célèbre bnadri ( L Mahdi) qui avait quitté le collège pour devenir CHIKH ! était toujours au rendez vous, fusil à poudre ou FERDI DIYAL L’BAROUD appelé aussi BOUHABBA à la main en signe de gloire, Ce type de danse est présenté au festival des folklores à Marrakech célébré le mois de mai par un groupe appelé L’BBARDIYA de la ville d’Oujda, ils sont invités à participer et représenter la région de l’oriental. Le groupe le plus connu était celui conduit par le chef, RAIESS MOHAN’TIFA déguisé en tunique blanche et charmante guidant ses compagnons dans une danse appelée TAZI en maniant leurs Ferdis, respectant les rythmes joués par les CHIOUKHS à l’aide de L’GHAITA et de petit tambour appelé TBAL. Une présentation qui dure à peu près une demie heure mais qui se répète plusieurs fois dans la journée et qui se termine chaque fois par un bombardement collectif exécuté à l’aide de leurs fusils au signal du chef, et fini par une voix de l’un des Bombardiers qui s’exclame : A’ MARIEM !!! créant tout autour et dans le ciel un paysage lugubre à faire fuir toute la  foule, symbole des victoires des combattants dans le passé et de la liberté.  *On en trouve  de ces groupes qu’on a le  choix à faire pour aller voir tel ou tel spectacle*.

Plus loin un groupe de femmes maquillées au KHOUL et au SOUAK habillées en Blouzas brodées ou Yzar ,costume féminin spécifique à  la région, colliers de MARJANE de bijoux de fantaisie au cou et boucles d’oreilles, foulard couvrant la tète, s’extasiaient aussi par leur manière de jouer leur HEYDOUSS devant une tente (LOUKHZANA) dressée pour recevoir les invités officiels et par la même occasion héberger les représentants de la tribu venue participer à l’ évènement et, ou le thé ne cesse d’être servi, manipulant avec des mains couvertes de HENNE leurs Béndirs hautement levés résonnant des rythmes accompagnés par des chants le patriotisme, le nationalisme et l’héroïsme sous forme de refrains, faisant de longs va et vient en deux rangées l’une face de l’autre et encouragées par des YOU-YOUS, appelés ZGHART, lancés par des spectatrices et des détonations de fusils à poudre de la part des Bardiyas. C’était la belle époque.

Ailleurs des duos s’extériorisent au sein des HALKAS , ça et là, dont le plus célèbre est celui de TAIR LABIAD  et son frère M’barek (feu mon père) , au cours de leur partie(L’BARTIYA), habillés en pantalon et chemise blanche,  l’un cheveux frisés et bien coiffés(LAFRIZI), l’autre cheveux longs châtains et luisants, ( L’MOUNIOU), visages bien rasés et moustaches bien taillées pour se montrer viril ou sans doute pour plaire, et pour moderniser aussi ce type de folklore, manipulant avec style et délicatesse des cannes, très connus et réputés non seulement à Taourirt mais à l’échelle d’une grande partie de la région de l’oriental par leur style exceptionnel durant la présentation de leur partie de danse dans de telles fêtes ou dans d’autres , à l’occasion d’un mariage,  partie de dance folklorique appelée LEALAOUI ou se joue la rapidité du corps pour exécuter ensemble et face à face ou cote à cote, dans un même rythme et en même temps  au signal du meneur de la partie selon les règles définies dans le jeu (jeu, ça fait partie du jargon), qui les rappelle au fur et à mesure à son partenaire et aux Bnadriyas par des signes faits des doigts  au fur et à mesure, des interprétations appelées SBAYSSIYA faites des épaules et EA’RAYCHIYA tapée du plat des deux pieds ou d’un seul contre le sol sur les rythmes excitants des Bendirs et  de la musique enivrante (ARRIH) de la Ghaita , excités par  des YOU- YOUS en voix très aigues et continus lancés par de grandes  jeunes filles et jeunes femmes, corps et visages camouflés dans leurs HAYIEKS blancs n’observant le spectacle que d’un seul œil ( LAAOUINA ).  Ensemble elle sont toutes isolée dans un coin pour être séparée des hommes, car on vivait au sein d’une société purement masculine et si j’ose dire phallocrate. Tear Labiad et son partenaire tous les deux fatigués, coulant de sueur, extasiés, enivrés sous les coups des Bendirs et la musique de la Ghaita achèvent harmonieusement leur partie  par une phase de jeu la plus belle et la plus compliquée appelée CHIBANIYA( la vielle) ,  Ils finissent par clôturer par un arrêt sec , épongent la sueur de leur visage et du cou jusqu’à la poitrine, pour entendre des compliments que le CRIEUR des Chioukhs ou l’annonceur  (L’Barrah). Des compliments qu’il leur fait disais-je, à haute voix en montrant bien les billets qui leur ont été offerts par Mister T.L, le maystro, le grand de Lealaoui, sans oublier de faire de même à toute la foule, en indiquant les grands et les petits , les dames et les demoiselles en les courtisant par l’appellation L’OEUIL NOIR (L’EAIN L’KAHLA) et en leur demandant de lancer des You-You pour nos deux champions.  Avant de céder la place à un groupe de Bardiyas , cette charmante scène se termine dans une atmosphère affective pleine de plaisir et de joie chez les gens qui les remercient en leur souhaitant santé , le bon lien fraternel et eternel pour ne laisser derrière eux que le souvenir et le plaisir de les revoir. Cette extase ne peut être ressentie que par un connaisseur ou un amateur du folklore de la région de l’oriental, d’ailleurs LEALAOUI est apprécié par tous les marocains. Tear Labiad , quand il jouait seul il avait des manies exceptionnelles, propres à lui, à tel point que d’autres Chioukhs trouvaient des difficultés pour le suivre. Personne dans l’Oriental ne pouvait se mesurer à lui, sauf son unique frère, ils étaient tous les deux des experts en la matière, je parle en connaissance de cause, les gens de Taourirt et de la région qui ont vécu durant cette époque et qui n’ont pas raté l’occasion de les voir en spectacle peuvent le témoigner.

D’autres mordus de ce types de folklore méritent bien aussi de les évoquer, à citer   L’Bachir Ould Lafkihh qui, à l’improviste pouvait  arrêter son car, peut etre meme en deuxième position, le laisser chargé de passagers et aller se joindre à cette personne en plein exercice…..son frère Ahmed , Mohamed surnommé L’AARRACH, tous le trois chauffeurs d’autocars et Bouaanan le  légumier. Ces deux derniers sont décédés jeunes aux milieux des années 80 à l’âge de 45 ou 50 ans, les Chioukhs aussi, MOHAN’TIFA aussi, il était déjà âgé à l’époque, que Dieu ait leur âme. Les deux frères L’Bachir et Ahmed âgés actuellement de près de 80 ans sont à la retraite, bien entretenus par leurs proches dans un parfait confort mais  marqués par la fatigue et leur petite santé, que Dieu en leur procure davantage.

CONSTRUIRE L’AVENIR

Meziane si Mohamed b Ali surnommé TAIR Lbiad est le premier mécanicien marocain durant le protectorat qui avait ouvert son atelier sur la route de Debdou, à coté de DEMINGO un minotier espagnol, béret noir et mégot aux lèvres, pissant en cas de besoin en face sur le flanc d’une voiture devant tous les regards. Il déménagea quelques années après sur la place du 20 Aout et par la suite au même lieu ouvrit un magasin de pièces détachées après  MERA, l’actuel café ALMAWAIID. Il avait formé sur le tat beaucoup de jeunes qui ont fait carrière en mécanique auto,à citer Mohamed ould AICHA et son trère Mbarek, que dieu ait leur ame, ould JABBAR, Mohamed ould MANN, ERRIF, Mbarekch AMMAKOUHA et d’autres… ils étaient plusieurs, sans oublier son fils cadet Feu Mustapha qui a pu maitriser ce métier dès son très jeune âge qui l’a conduit vers une spécialisation en Mercédès et en BMW en Allemagne ou il avait immigré en 72 aussi. Ils avaient tous ouvert pour leur propre comptes leurs ateliers ou migré en Europe à la recherche de la fortune. Je citerai aussi Azzedine KADDAR , l’algérien, décédé à Taourirt. OULD RAMDANE migré en France vers 65 et OULD CHAYEB, qui exerçaient tous dans un même voisinage à la même époque ce métier avec un esprit de solidarité et de symbiose. Ce dernier âgé de plus de soixante quinze ans gère encore son atelier et forme des jeunes, que dieu lui garde sa santé. C’était des gens du métier. Ce genre de personnes méritent beaucoup de respect car tout en étant démunis, ils ont travaillé dur et assumé pour construire non seulement leur avenir mais aussi et surtout   la participation à la construction de l’économie de toute une ville et de sa banlieue.

TAIR Labiad était  aussi un sportif, un coureur, durant sa jeunesse il participait aux compétitions de cyclisme à coté des européens et des algériens, c’était un prestige alors.

Une fois effectivement arrivé le premier habillé en maillot blanc, et comme on ne connaissait pas son nom,  on s’exclama : OUAI ! TEAR LABIED ! OUAU TEAR LABIED ! BRAVO TEAR LABIED ! et il fut surnommé par ce joli surnom qui est  « l’oiseau blanc », devenu courant chez tout le monde depuis la mi – 40 à ce jour.

Par la suite il adoptait chez lui un cheval de Fantazia qu’il montait les jours de fête en se distinguant par ses façons particulières de se comporter sur sa monture au galope et de manier son fusil à poudre, lors de la ruée, parmi  l’équipe de sa tribu, les Béni BOUZEGGOUS d’où est son origine, dirigée par Mhand A’Aabdallah le chef des cavaliers appelé M’KADDAM L’KHEYALA. Il est âgé de 84 ans, c’est une grande école.

Toutes les tribus de la région de Taourirt ou presque étaient représentées les jours de fêtes nationales par leur  cavalerie à citer : les Beni B ouzeggou , Beni Koulal, Oulad Amar, Oulad L’midi, Béni Yechbal, Beni Fachchat,  Jaae, Zwa, Lakrarma, ces derniers dont L’mkaddam était M’barek CHAOUI issu d’une famille de notables possédant le pouvoir dans le temps, et qui avait perdu une main lors d’une chute de son cheval quand sa Mokohla surchargée de Baroude lui avait éclaté entre les mains, ainsi que Larbae, Oulad Slimane, Ouled L’Mahdi et la cavalerie de la ville de Debdou , celle ci pour ne pas chômer, car leur petite localité ne présentait pratiquement pas de festivités, ce qui permettait à beaucoup de ses habitants de venir à Taourirt changer d’air. Toute ces tribus que je viens de citer présentaient leur chevauchées l’une après l’autre durant toute la journée , ne cessait de faire entendre les détonations des fusils à poudre manipulés avec grande technique et harmonie par les cavaliers durant la ruée sur ce  vaste terrain ou ont été édifiés le palais municipal et d’autres établissements administratifs pour ne laisser le moindre petit espace mais de grands souvenirs.

Tandis que son unique frère appelé M’Barek KHOU Tear Labiad, appelé ainsi pour le spécifier ou le distinguer des autres personnes portant le même prénom s’est installé depuis l’indépendance à El  AIOUN pour exploiter une autorisation de transport de voyageurs avant de devenir aviculteur à MESTIGMER. Actuellement  son âme se repose en paix, là ou nous sommes tous appelés à y aller,  il  s’est éteint à l’âge de 79 ans suite à une courte maladie dans sa résidence à El Aioun le soir d’un jeudi du 18 octobre 2007 et enterré le jour suivant au cimetière de MOULA ABKADER se trouvant en banlieue, après la prière du vendredi, SALAT ALJOUMOUAA. Tout le monde a regretté sa mort car il était sociable, serviable et connu par tous, que Dieu le garde dans sa grande miséricorde. Je garde de ses deux personnes de grands et beaux souvenirs. J’ai eu beaucoup d’admiration pour eux. Ne sont ils pas mon père et mon unique oncle ?

QUELQUES SOUVENIRS DE MA VILLE NATALE

Revenons un peu à Hay Lakdim pour continuer notre balade. Au bout de la rue  se trouvait la Synagogue ou les juifs venaient tous les samedi soir exercer leurs pratiques religieuses laissant leur demeure sans feu depuis vendredi soir ou ils ont préparé la SKHINA, repas coutumier et spécial à  consommer durant le weekend prolongé. A l’autre bout la villa de Monsieur ANDRE un entrepreneur de travaux publics, rachetée par FEU Lhaj Mohamed Belefkih, là ou se sont déroulés les obsèques de son regretté fils ce jour du mardi 11 mai de l’année  2010, événement sur lequel je reviendrai. Au quartier d’en face une grande villa appelée la maison de CHARLOT, DAR Charlot, exploitée par la suite après l’indépendance pour devenir le tribunal de première instance de la ville. Au milieu  de cette rue la fameuse salle de cinéma appartenant à monsieur TAGUIRA , originaire de Figuig, il nous distrayait avec des films Indous d’amour qui nous plaisaient beaucoup et égyptiens du genre Rabiaa Al Adaouiya, Farid Chaouki, Smaine Yassine ou ceux ou Farid Al Atrach et Mohamed Abdelwahab exprimaient leur art de chanter, entourés de belles et jeunes actrices montrant des corps sveltes dans leur dance orientale et  d’autres fines de voix au cours des refrains qu’elles répétaient en chorale, de longs métrages en noir et blanc que projetaient DBIDBI un opérateur hors paire qu’on insultait et sifflait à chaque coupure de film,  pendant plusieurs soirée ou des films cowboys de JOHNY WAYN , GARY COOPER , BURTLAN CASTER ,ELISABETH  TAYLOR et d’ autres grands acteurs du cinéma américain pour ne pas tomber dans la routine. On avait droit à  la belle chanson Inta Aoumri de Oum Kaltoum avant et après chaque  projection  et à des actualités illustrant au premiers plan le Roi Mohamed 5 habillé en djellaba blanc cassé tète couverte par son TARBOUCH  L’WATAN, à son coté le Prince héritier Moulay El Hassan en costume noir, accompagnés du premier ministre du premier gouvernement SI M’BAREK EL BEKKAY en, smoking noirs et CHACHIYA  MISRIYA(?) plutôt TURKYIA, s’appuyant sur sa canne car une prothèse remplaçait sa jambe amputée suite à un coup de canon qu’il avait reçu dans une rafale allemande au cour d’un combat sur le front lors de la deuxième guerre mondiale alors qu’il était lieutenant dans l’armée française parmi d’autres marocains ( lire sa vie familiale et ses activités politiques relatées par son fils Maitre ACHOUR BEKKAY LAHBIL avocat à Berkane dans un bouquin intitulé SI BEKKAY, RENDEZ VOUS AVEC L’HISTOIRE), suivis d’autres personnalités marocaines lors d’une descente d’avion, ceci comme entrée avant l’entracte. C’était le menu quotidien. Au cours de l’entracte, le  jeune CHATTABA encore écolier venait avec sa tablette en bois horizontalement attachée au cou nous exposer ses cacahuètes et ses pépites emballées  dans des feuilles de vieux cahiers en forme de cornées. Ce jeune homme avait quitté taourirt au début des années 70 pour s’installer à Bruxelles ou il a pu faire des études et assuré sa carrière. Je ne l’ai jamais revu.  Le prix d’entrée à cette ancienne salle était de 80 ctmes puis 1dh 10 au cours des années 60. Les gosses faisaient la manche devant le guichet auprès des adultes pour compléter de quoi payer leur billet, certains d’entre eux, les plus petits de taille se faufilaient en se faisant aider par les grands pour rentrer gratuitement.

Dbidbi gère  actuellement une salle plus moderne, le RIAD sur la route de Debdou ou j’ai eu l’occasion en 1983 de voir les projections des films marocains lors d’une activité culturelle organisée pendant une semaine par l’A A E T et ou j’étais membre du bureau et du comité d’organisation. La préparation de cette manifestation avait pris du temps et demandé des moyens .Je me suis occupé de la coordination entre les membres du bureau vivant à Taourirt et le président de l’association à Rabat Feu Abdelaziz MEZIANE BELLEFKIH qui avait suggéré de consulter le président du ciné- club Si Nourddine Sayel pour mener à bien notre mission vue que le domaine cinématographique ne relevait pas de nos compétences. Nous  avons tenu donc avec cet expert du septième art une réunion pour conseils à ce sujet.

Au deçà une modeste maison à deux pièces située au bas- fond  d’un petit ravin, appelée DAR DROUJ (la maison aux escaliers) achetée par ma grand’mère , et son troisième mari SI Mohamed L AALAMI   qu’on appelait DADDA (mon grand père en berbère) , nous les petits fils, me rappelle ma toute petite et première enfance. Je  ne me souviens là presque de rien, sauf d’une brève image de ma circoncision, c’était en  1951, j’avais à peine deux ans. Mon circonciseur Si Abdeslam (L’HAJJAM) était connu par tout le monde, il était seul à Taourirt à pratiquer la circoncision sur les enfants musulmans sans qu’ils subissent de grandes souffrances parce qu’il était très doué et très  agile dans cette pratique, il le faisait d’une façon traditionnelle sans anesthésie et sous aucun risque. La pratique de la circoncision se déroulait généralement dans une ambiance familiale et religieuse tel que le baptême ou autre fête traditionnelle et religieuse.

Plus bas, au coin, habitait mon oncle Tair Labied et sa petite famille. Je me souviens j’accompagnais ma mère qui venait leur rendre visite de temps en temps, on habitait à Blan Jdid dans une maison appartenant  à un certain TALEB BELAID  qu’il nous a louée, située dans une façade donnant un peu sur l’hôpital. C’ètait en 54 et 55. Peu après, on venait d’El Aioun ma mère, ma sœur mon petit frère et moi passer quelques jours de vacances chez eux pendant l’été, après que nous quittions Taourirt . Je me plaisais chez eux parce que d’abord c’était ma ville natale. Je me réjouissais avec mes deux cousins Hmida et Mustapha  aussi bien dans la rue durant le jeu que chez eux parce que c’était un deuxième chez moi ou je confondais leurs parents aux miens : ( AAMMI et LALLA ) et ou je sentais une chaleur extraordinaire. Ceci se passait entre 54 et 59.  MUSTAPHA était un mécanicien de grande renommée, il a roulé sa bosse en Europe, mais il n’a pas pu s’adapter dans la capitale après son retour, il n’a pas eu beaucoup de chance dans la vie malheureusement. Il est décédé en 2004 à l’âge de 50 ans après une courte maladie, que Dieu ait son âme.

Hmida est actuellement retraité et mène une vie simple à Fès après avoir assumé de grandes responsabilités au M A R A, en tant qu’ingénieur. Il a  fini sa carrière comme enseignant à L’ENA de Meknes ou il avait fait ses études supérieures après avoir entamé en France ses études de doctorat plus tard et qui ont duré quatre ans. C’est un homme instruit, conscient et intègre, l’un des fondateurs de l’A.A.E.T aussi, il occupait le poste de S.G au sein du bureau de l’association, c’était un membre très actif, il s’occupait surtout de l’édition de la revue « TAOURIRT » moyen interne d’informations et de communications entre les membres édité en langue arabe. Bref, nous gardons depuis notre petite enfance une bonne relation dans un respect mutuel mais aussi de grands souvenirs.

Cela va automatiquement me conduire un peu plus haut, du coté de HAMMAM BEN ZERGA , le plus ancien, construit en 42 par Feu L’Haj Ben Yamna qu’il exploitait pendant un certain temps qu’ il a cédé aux algériens et vers la maison où je suis né  le mois d’octobre 1949. C’était chez ma tante L’Hajja L’ kamla, la grande demi-sœur paternelle à mon père et épouse de L’Haj Ben Yamna, de son vrai nom Meziane Mohamed , il a aidé mon père et mon oncle TAIR L durant leurs débuts. Cet homme célèbre était parmi le peu de gens aisés à l’époque, parmi les notables de la ville aussi, il était fort bien écouté aussi bien dans les milieux civils et populaires que dans les milieux politiques et administratifs. Il était bon croyant, un nationaliste, un homme de parole et un honnête homme. Il s’exprimait des fois en dictons dans des situations et interlocutions particulières et pouvait même donner bon conseils à celui qui se trouvait dans un embarras. Tous ceux qui l’ont côtoyé dans les affaires ont pu faire fortune.  Son sens de l’humour dans ses répliques était d’une grande rareté. Il était fin de caractère, calme et ne montrait jamais son mécontentement ni son désarroi. C’était un homme admirable. C’était un homme respectable, il s’est éteint à l’age de 70 ans, que Dieu le garde dans sa GRANDE et ETERNELLE miséricorde.

En face habitait un certain BOUALEM  Lfarmli,  il avait un gros chien, sans doute de chasse mais qui faisait peur.

la perpendiculaire qui fait la descente, qui débouche sur la nationale et continue vers l’hôpital était devenue le premier et l’unique sens interdit en 66 à la suite d’un accident mortel qu’à eu feu Si Ali Nahmiyed,( ABBASSI, un commerçant) après avoir fermé sa boutique située du coté de la place pour aller se rendre chez lui à BLAN L HANDIYA en motocyclette vers midi alors que nous venions quelques élèves et moi du collège. Un horrible accident ! , c’était terrible.On y trouve la maison de bienfaisance qui hébergeait quelques vieillards sans abris,  un vieux Gnaoui édenté LCAID BNI IICH qui rodait en ville avec ses deux claquettes en fer, chantonnant son refrain habituel incompréhensible, deux débiles MIMOUN un méchant qui ne ratait pas sa cible à coup de pierre s’il guettait un moineau et HLIMA BENT DKHISSI une morveuse, ainsi qu’ une handicapée qu’on surnommait MARRACH qui trimballait à longueur de journée avec sa canne en demandant AALLAH d’une façon muette, puant l’odeur de pisse,  ceux là occupaient une pièce, ils doivent certainement tous etre décédés, que dieu ait leur âme. En l’absence d’un internat, des élèves provenant des banlieues de la ville ou orphelins occupaient  une autre. Ce centre social était géré par une bonne femme appelée FATNA à la fois cuisinière, femme de ménage et maitresse d’internat.  A coté le réparateur de vélo Abdelkader Ould Si Ali qu’on appelait SICLISS , nous louait des vélos , c’était à 10 ctmes le quart d’heure ( jouj doro l’roboa saa).  Un autre dans la rue juxtaposée, L’aaskri et puis un troisième à coté, il s’appelait Mastafa Ould Soussi. Vint par la suite au milieu des années 60 un quatrieme réparateur et loueur de vélos aussi, un certain LAAJAJ  qui s’installa à BLAN JDID sur la route de Debdou ou il vendait du charbon de bois ( L’FAKHR ).Il avait par la suite migré en France ou il a bien évolué avec sa femme et ses enfants, actuellement il est à la retraite.

Là aussi se trouvait deux maisons clauses appelée L’BOURDIL( le bordèle) gérées par des patronnes autorisées au temps du protectorat français à héberger des prostituées pour la vente de leur corps et du plaisir aux soldats français. D’après  les dires, il s’y passait des soirées étonnantes de danse folklorique de type LEALAOUI animées par les CHIOUKHS spécialistes de L’GHAITA wa L’BENDIR ou était servi du thé et des cacahuètes à des prix fort élevés pour ceux qui se permettaient de se payer ce plaisir. Elles ont été induites en erreur ou faute de pauvreté elles y ont trouvé refuge pour une raison ou une autre ; certaines d’entre elles ont pu échapper à ce fléau pour se marier, elles ont pu mener proprement le reste de leur vie, d’où le dicton : « une décharge peut devenir une mosquée ». Elles ont aussi déclenché un mouvement de révolte en 53 en marchand ensemble sur la ville et en lançant des slogans contre l’occupant et pour la libération, pour montrer leur attachement au trône, chose que les mâles n’ont pu imaginer ou n’ont pas eu le courage de faire mais à laquelle ils se sont joint pour être bousculés par le contrôleur civil, MAXIAN, conduit dans une voiture de type Land Rover sous ses instructions de les écraser, il y a eu des victimes. Ils lançaient dans un chœur des slogans tel que ALBIAA WALLAH MATCHOUFOU RASSOULLAH ! et d’autre slogans contre l’occupant exprimant le nationalisme, le patriotisme et la solidarité avec le roi BEN YOUSSEF et la demande de son retour de l’exile. Elles ont bien montré leur nationalisme mais aussi leur corps! Qu’importe leurs prénoms ou surnoms, ces gonzesses elles doivent être toutes décédées, que Dieu leur pardonne.  Quand aux manifestations du mois de novembre 1955 elles sont qualifiées de grandes folies de joie si j’ose dire car c’était l’annonce de l’indépendance, un évènement marqué par des chants,  des danses, de la fantasia, des présentations de compliments, des festivités publiques, familiales, en groupe, des festins, des discours et tout ce qui pouvait distraire et extérioriser le marocain devenu un homme libre et lui rendre sa dignité.

A droite et au tournant, à coté d’un café maure détenu par son propriétaire DALY, abritant des locataires venus de la campane les soirées des samedis à l’occasion de la tenue du souk et des Hlaykiyas aussi venus de loin , à l’ombre d’un mur un photographe appelé SOUWAR pratiquait son métier à l’aide de son appareil à trépieds dans la rue pour produire minutieusement aux pauvres et aux campagnards qui se présentaient assis sur un tabouret à moins de deux mètres contre le mur, à l’ombre, des photographies d’identité, presque à l’instant. Son engin était un simple boitier  comportant à la fois la lentille optique, la chambre noire et le laboratoire.  Il était très  connu et avait une grande réputation. Il a du fournir autant de photos d’identité en plusieurs exemplaires que de livrets d’état civil,  sans oublier celles pour usage scolaire. J’ai eu la possibilité et  de me faire photographier à l’occasion de ma présentation à l’examen du CEPM en 62, le cout de 8 photos était à 1dh, j’en ai toujours une ! et le plaisir aussi d’apporter de l’aide à l’un de ses fils Abdelaziz BORGI surnomé BANGO, un grand footballeur, en lui trouvant un transfert de l’équipe de taourirt de 3ieme division ( l’ASOZT) à celle de TOUARGA de Rabat de première division(  l’UST)  où il a évolué, à coté de TIMOUMI, le célèbre joueur de l’équipe nationale et ce dans le cadre des activités de l’A A E T. Depuis, BORGI vit à rabat où il exerce la fonction de chauffeur au palais royal, il a fondé un foyer.                                                                                                                                                           A suivre…

MR.BOUASSABA Mohammed

 
MédiocreMoyenBienTrès bienExcellent
Loading...

7 Comments

  1. Balaid BERRABEH
    06/05/2011 at 19:00

    Balaid BERRABEH du canada
    je suis un ancien élève du collège allal ben abdellah pendant les années 60 ; j’ai quitté taourirt il ya plus de 45 ANS ; cette série des articles a attirée mon attention ; alors je te dis si bouassaba tu m’as vraiment fais pleurer oui ; des sentiment ; des sentiment ; des souvenirs de ma ville taourirt bladi ; tout ce que je peut te dire c’est que mille merci si bouassaba ;
    NB je suis pas francophone mais je suis un anglophone c’est pour cele je peut pas m’exprimer correctement ; encore une fois merci si bouassaba et merci oujdacity.net

  2. MOHAMMED BOUASSABA
    04/07/2012 at 19:11

    HELLO Mr BERRABAH! HAW ARE YOU? I DO’NT REMEMBER… DO YOU SEND ME YOUR E. mail please?

  3. IBRAHIM EMPREUR
    08/07/2012 at 08:52

    salamm fin dartouna la foto dyal dbidbi ancien cinéma riyad de taourirt

  4. Haan
    08/09/2013 at 16:36

    J’ai perdu mes mots en vous lisant..

    Votre admiratrice de France

  5. MOHAMMED BOUASSABA
    09/09/2013 at 19:18

    c’est dû à l’émotion MADAME !c’est pour cela aussi que nous avons un coeur.avez vous lu le debut et la suite de mon modeste récit? sinon régalez vous.
    cordialement.
    contactez-moi sur facebook si vous le désirez,ça sera avec grand plaisir de vous recevoir

  6. elouahdi
    11/04/2015 at 02:31

    je me dmande qui est ce monsieur tair labyad qui habitait a hay al malaab (notre voisin)il avait aussi une raffinage de lhuile dolive.
    il avaiit je croit deux garcon l un des 2 veut se rensmbler a tair labiad qui tu vient du reciter il a peut etre maintenant plus d 50 ans
    et qui est ce monsieur boussaada qui travail avec lui au raffinage de lhuile un gentil homme avec un moustache

  7. Mohammed BOUASSABA
    06/06/2018 at 21:03

    Merci chers commentateurs. Mon nouvel ouvrage :  » Les Mûriers de la Vallée du Za  » est en vente à TAOURIRT , dans les principales librairies des grandes villes du Maroc et en france à PARIS. n’hésitez pas à le chercher, j’espère qu’il vous plaira. pour toute autre information me contacter sur FACEBOOK; Mohamed Bouassaba . GSM 06 64 96 77 44. A+

Commenter l'article

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.