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Jerada : Economie et tourisme

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L’espace de projets de Jrada

 

1. Caractéristiques générales

 

La zone minière de Jrada-Touissit-Boubkere représente un espace tout à fait à part dans l’Oriental, en raison de son économie longtemps basée sur l’extraction, d’une part, et des problèmes sociaux que l’effondrement de cette activité pose à différents niveaux, d’autre part. C’est que l’exploitation du charbon principalement, du plomb et du zinc, secondairement, pratiquée sur plusieurs décennies, y a à la fois procuré de l’emploi et généré des revenus, tout en sous-produisant des centres urbains à caractère bien particulier.

 

L’épuisement avancé des réserves rendant, l’extraction minière de plus en plus difficile et coûteuse, ajoutés à la chute des cours des matières premières produites sur le marché mondial, se sont combinés pour condamner l’exploitation du charbon à l’arrêt d’abord, puis incessamment celle du plomb et du zinc.

 

Cette évolution a placé cet espace dans une situation de crise tout à fait inédite au Maroc, requérant ainsi une approche spécifique et originale ainsi que des moyens importants pour en résoudre les multiples problèmes fort complexes, tout particulièrement au niveau social, puisqu’il s’agit de s’occuper de l’avenir de 90 000 individus peuplant actuellement les centres urbains (74000) et les espaces ruraux (16000) .

 

Pour remédier à cette situation difficile, l’Etat a élaboré un plan d’action destiné à reconvertir l’économie de Jrada pour y créer de l’emploi, notamment pour les jeunes, par le biais d’un processus d’externalisation des activités liées à la mine.

 

 

1.1. Données physiques

 

L’espace de projet de Jrada correspond aux communes rurales de Tiouli, Boubkere, Ganfouda, Laaouinate et Ras Asfrour, avec les villes de Jrada, à l’ouest, et les petits centres de Touissite, Boubkere et Ouad Al Heimer, à l’est jouxtant la frontière.

 

Couvrant quelque 1550 km², le massif de Jrada et ses prolongements, se caractérisent par un climat semi-aride sur les hauteurs, ce qui permet l’existence d’un matorral (souvent dégradé), et d’un climat aride sur les versants Sud et Est notamment, couverts par une steppe d’alfa plus ou moins bien fournie, support d’un élevage extensif ovin et caprin important.

1.2. Évolution de la population et perspectives démographiques

 

L’effectif de population qui était de l’ordre de 72.000 personnes au total en 1982 pour l’ensemble de l’espace, s’est élevé à 86.000 en 1994, soit une augmentation du 1/5 environ. En fait, cette augmentation a concerné le milieu urbain et uniquement la ville de Jrada, (passant de 43.000 à 59.000), alors que la population totale des trois autres centres a stagné au niveau de 9000 âmes, au moment où la population rurale a chuté de 20.000 à 17.600 individus (-12%).

 

Il s’agit donc, en bonne partie, d’un transfert de population rurale vers Jrada où apparurent de nombreux quartiers souvent clandestins.

 

Considérant ces rythmes d’évolution, on peut prévoir que la tendance globale sera vers la stagnation de l’effectif de population, et au mieux vers une très légère augmentation, résultat d’une réduction encore plus forte de la population rurale et, probablement aussi, de la population des petits centres miniers frontaliers. Seule une politique franchement volontariste qui relance les économies urbaine et rurale sur de nouvelles bases pourra éviter l’approfondissement de la crise socio-économique et, donc, l’aggravation d’un mouvement de dépeuplement de cet espace.

 

Les prévisions démographiques de cet espace sont faites sur la base de cette hypothèse de relance, sachant bien que ses effets ne peuvent être spectaculaires et que cela prendra beaucoup de temps pour se traduire concrètement sur l’espace et sur l’évolution de la population. Ainsi, la population actuelle peut être estimée à 90.000 âmes dont plus des 4/5 en milieu urbain (74.000) et un peu moins de 1/5 en milieu rural (16.000 âmes dont près de 4.000 dans les petits centres émergents).

 

Le volume et la structure futurs de la population de cet espace de projets seront profondément conditionnés par les types d’intervention et la nature des actions qui seront prises en sa faveur, afin de fixer les populations dans les centres actuels, encourager l’émergence de nouveaux centres pour mieux structurer l’espace  et encadrer les populations rurales. Dans ces conditions, les perspectives démographiques établies pour cet espace de projets se présentent comme suit :

 

 

Perspectives démographiques des villes et  centres actuels

 

Villes

2000

2010

2025

Jrada

64 000

68 000

72 000

Touissit

5 000

6 000

7 500

Boubkere

2 500

3 500

5 500

Ouad Al Heimer

2 500

3 500

5 000

Total

74 000

81 000

90 000

Source : Elaboration Edesa

 

 

La population urbaine des villes actuelles dépassera les 80.000 habitants en 2010 pour atteindre les 90.000 habitants en 2025, soit un effectif équivalent à la population actuelle tout entière, urbaine et rurale. A cette population des centres urbains actuels, il faudrait ajouter celle des centres émergents de Ganfouda, Labkhata, Tiouli et Laaouinate qui seront érigés en centres urbains au cours des prochaines années et dont la population peut être estimée à quelque 7000 habitants en 2010 et près de 11.000 habitants en 2025.

 

 

Perspectives démographiques des centres émergents

 

Centres émergents

2000

2010

2025

Ganfouda

1200

2500

4000

Labkhata

800

1200

2200

Tiouli

1000

1500

2300

Laaouinate

1000

1800

2500

Total

4000

7000

11000

Source : Elaboration Edesa

 

 

Au total, on devra avoir là, d’ici un quart de siècle, quelque 100 000 habitants urbains, en plus de 10 000 à 12 000 ruraux, si toutefois les mesures nécessaires de revitalisation économique de la zone sont  prises au plus tôt et avec le maximum de volontarisme. 

 

 

Perspectives démographiques totales

 

Entités

2000

2010

2025

Centres actuels

74000

81000

90000

Centres émergents

4000

7000

11000

Population rurale

12000

11000

10000

Total

90000

99000

111000

Source : Elaboration Edesa

 

 

2. Stratégie de relance pour le développement local

 

La stratégie proposée dans le cadre du SDAR pour une population de l’ordre de 110.000 personnes en 2025, doit être élaborée de manière à résoudre les problèmes actuels et à ouvrir des horizons tout nouveaux. Il faut que la mise en œuvre d’une telle stratégie se fasse de manière concomitante sur quatre plans principaux : conversion de l’économie, création de l’emploi, restructuration du tissu des villes et assainissement de l’environnement urbain.

 


 

2.1. Sur le plan économique

 

L’exploitation des ressources minières a longtemps occulté la mise en valeur des autres potentialités locales, à savoir : les nappes alfatières, le site montagneux, les possibilités agricoles et la vocation pastorale.

 

·         L’alfa

 

Cette ressource constitue le support de plusieurs activités, dont la plus importante est l’élevage, pour lequel les nappes alfatières et d’armoise représentent des parcours étendus et bien prisés. Toutefois, la multiplication excessive du troupeau est en train de porter gravement préjudice à la couverture végétale naturelle, par surpâturage, d’où la nécessité d’organiser l’utilisation de ces parcours de manière rationnelle, avec la pratique de mise en défens, d’une part, et l’amélioration du couvert végétal, d’autre part.

 

·         L’agriculture

 

Cette activité bénéficie de ressources hydriques non négligeables sur le versant nord et nord-est du massif, notamment dans le bassin de Ganfouda qui dispose d’une nappe phréatique pouvant être utilisée pour l’irrigation à des fins de production maraîchère et fruitière, tout en favorisant le développement du centre de Ganfouda.

 

·         L’artisanat

 

L’activité artisanale est pratiquement absente de la zone, fortement et trop longtemps polarisée par l’extraction minière. Toutefois, l’introduction d’un artisanat à base d’alfa (vannerie…) de bois et du travail de l’argile, peut procurer un nombre d’emplois assez appréciable, tout en valorisant les matières premières locales et en réduisant la pression du troupeau sur les parcours, par les revenus que cet artisanat peut procurer aux familles.

 

·         L’industrie

 

La stratégie de développement du secteur industriel s’articule autour de deux grands volets : la sauvegarde de l’acquis actuel et le plan de reconversion de l’économie minière.

 

 

*  La sauvegarde de l’acquis actuel

 

La fin de la production minière porte à l’activité industrielle de la zone un coup très dur, même si cette activité n’a jamais atteint le niveau souhaité et la diversification requise. La fermeture des mines de charbon de Jrada condamne la centrale thermique locale à cesser sa production, faute de matière première, à moins d’opérer  une reconversion pour passer de l’anthracite à l’utilisation d’un combustible importé, en l’occurrence le gaz naturel, d’autant plus que le gazoduc, acheminant le produit algérien vers l’Espagne, passe très légèrement au sud, au niveau de Aïn Bni Mathar-Mrija. Cette option de reconversion ne semble guère être enthousiasmante auprès des responsables concernés.

 

De même, l’arrêt de la production du minerais de zinc et surtout de plomb à Boubkere et Touissite met la Fonderie d’Ouad Al Heimer en situation difficile, dans la mesure où cette entreprise, totalement privatisée en 1997, devra désormais importer la matière première (plomb) et surtout revoir la nature de sa production actuelle (antimoniate de soude, argent fin, matte cuivreuse et plomb doux) qui est conditionné par la composition du minerai local qui contient notamment de l’argent. La société qui a absorbé, en 1997, la mine d’argent du Jbel Aouam (près de Mrirt), projette de continuer son activité, en réalisant même un taux d’accroissement de 1 à 2% au cours de la décennie actuelle.

 

Sachant que désormais la société en question se déploie en dehors de la zone, et à l’extérieur de l’Oriental notamment, on pourrait craindre sérieusement pour le devenir de la production locale dont la localisation tout à fait excentrique, sur la frontière avec l’Algérie, ne se justifiait que par la présence de la matière première sur place. L’importation de cette matière première pondéreuse, qu’il faudra désormais amener de régions lointaines, devra grever davantage le coût du produit réalisé, d’autant plus que celui-ci est destiné exclusivement à l’exportation.

 

On pourrait ainsi redouter, à terme, le déclin de cette activité métallurgique pour des raisons de moindre compétitivité par rapport à d’autres localisations infiniment plus intéressantes que celle de Ouad Al Heimer où le seul atout ne réside plus que dans la possibilité de continuer à exploiter une usine déjà existante. Cela se traduirait négativement sur les opportunités d’emploi dans un milieu profondément frappé par un chômage aigu, d’un côté, et sur les revenus fiscaux de la commune qui abrite l’établissement industriel, ce qui viendrait  aggraver la crise multiforme engendrée par l’arrêt de l’exploitation minière.

 

* Le plan de reconversion de l’économie minière, fondé sur trois axes : l’externalisation des activités liées à la mine ; l’installation d’une grande unité de production de pâte à papier et l’exploration de nouveaux créneaux industriels.

 

 – L’externalisation des activités liées à la mine

Le plan de reconversion préconisé par l’Etat ne peut constituer qu’une amorce de la stratégie de sauvetage, étant donné la modestie et la nature des mesures préconisées, qui se sont contentées essentiellement d’accorder des indemnités au personnel des Charbonnages du Maroc (CDM), de procéder à une externalisation de certaines activités longtemps liées à la mine et de promettre l’élaboration d’un plan de reconversion de la zone en question, plan dont les contours et le financement restent des plus aléatoires.

– Le projet de création d’une usine de pâte à papier

Le projet de construction d’une unité de production de pâte à papier à partir de l’alfa doit prêter une attention toute particulière à la dimension environnementale, afin de ne pas aboutir à une surexploitation d’une matière première déjà fortement affectée par l’aridification du climat et profondément agressée par la surcharge pastorale.

En tout état de cause, un projet de cette nature et de cette envergure, devra se fonder, au départ, sur une étude d’impact extrêmement sérieuse, afin d’évaluer toutes ses retombées sociales et environnementales, mais aussi être soumis, au cas où son exécution serait décidée, à un processus de suivi d’impact, car souvent les évaluations de départ se révèlent bien en-deçà de la réalité et réservent de mauvaises surprises après le démarrage et l’atteinte de la vitesse de croisière au niveau de la production.

Ces précautions sont ici beaucoup plus indispensables qu’ailleurs, car il s’agit d’un mode de production et d’exploitation extractif, dans un écosystème tout à fait fragile et qui risque de l’être davantage si l’aridification du climat persiste et si le surpacage continue ou s’accentue. Tout invite donc à ne point se précipiter pour enclencher une intervention qui pourrait conduire à une situation irréversible, ce qui aggraverait la crise actuelle et donnerait des résultats inverses à ceux escomptés par le projet.

– L’installation d’industries nouvelles et diversifiées

La modernisation de l’économie de cet espace de projets passe également par l’exploration de nouveaux créneaux basés sur la transformation des produits de l’agriculture et de l’élevage, mais aussi sur la petite métallurgique et le textile.

Le tourisme

Le site de montagne, parfois bien boisé, pourra constituer une aire d’attraction à des fins de détente et de récréation pour la clientèle locale, mais aussi celle d’Oujda, sans oublier celles d’Al Aïoune, de Taourirt et de Aïn Bni Mathar.

Cependant, cela nécessite l’aménagement d’équipements appropriés, ainsi que la reconversion des importantes structures d’accueil  héritées de l’activité minière, tant à Jrada,  qu’à Touissite et Boubkere. En effet, ces centres offrent des équipements de valeur, autrefois utilisés par les mines, qui sont susceptibles d’être refonctionnalisés au profit d’une clientèle touristique régionale, voire même nationale, (piscines, terrains de sports, chalets, structures de restauration…).

Il y a là un patrimoine récréatif précieux à ne pas dilapider, et qu’il faudra valoriser de manière intelligente en promouvant ici une zone touristique tout à fait viable, dotée d’un complexe de piscines et de bonnes structures d’accueil et d’hébergement, pour des séjours agréables dans un climat très sain et un environnement dépaysant.

Ce créneau touristique pourra être sous-tendu par le développement de l’artisanat (objets d’art) et celui de l’agriculture irriguée, de l’apiculture et des produits de l’élevage notamment. Les installations minières souterraines désaffectées et réaménagées permettent aussi d’offrir des possibilités de  découverte et de curiosité pour les touristes à travers leur mise en valeur comme mémoire de la zone (Musée de la Mine). Au delà de la clientèle touristique, cela pourra offrir aux élèves et aux étudiants des curiosités et des aménagements d’ordre pédagogique et scientifique.

L’altitude, qui rafraîchit l’atmosphère peut constituer ici un atout non négligeable dans un environnement aux étés torrides. Les hauteurs de cet espace de projets reçoivent, certains hivers, des précipitations neigeuses qui ne manqueraient pas, à l’occasion, d’attirer les visiteurs. Une autre clientèle peut être représentée par les amateurs de chasse et de promenade.

Il va sans dire que le développement du tourisme requiert la réalisation d’infrastructures et d’équipements adéquats, ainsi que la mise en place d’une structure qui serait chargée de la prospection, de la promotion et de la gestion de ce secteur. Il faudra également penser à la promotion de ce secteur en fonction des possibilités offertes par les sites avoisinants notamment les massifs des Bni Bou Zaggou et de Dabdou, ainsi que celles offertes par Oujda, et en relation également avec le développement touristique attendu du littoral de Saïdia et des Bni Znassene. Il est nécessaire aussi de procéder à un véritable embellissement des centres urbains par éradication des séquelles de l’extraction minière, notamment les amoncellements de stériles.

3.11. Projets touristiques

Aménagement du site de Tissouriyne à Laaouinate. Ce projet permettra de promouvoir l’activité touristique dans le cadre de la conversion de l’activité économique ;

construction d’un complexe touristique à Laaouinate sur une superficie de 16 hectares ;

création d’un Musée de la mine mettant en valeur les produits et potentiels de l’espace de projets dans ce secteur qui a constitué la colonne vertébrale de l’économie de la zone et un créneau important de celle de l’Oriental, conditionnant également la société et la culture locales.

Conclusion

Le massif de Jrada est confronté au problème aigu de conversion de l’activité économique et sociale qui a été jusque-là centrée sur l’extraction minière quasi-exclusive. La fermeture de la mine concerne directement ou indirectement plus de 70.000 âmes. La mono-activité charbonnière a produit un tissu urbain déstructuré et anarchique, avec une population hétérogène en grande partie immigrée et peu enracinée dans ce  milieu.

La crise profonde du secteur minier implique l’engagement d’efforts pour générer la mise en place d’une assise économique en mesure de se substituer à l’activité minière. Le redéploiement économique est basé sur l’exploration de nouveaux secteurs qui permettent de diversifier les activités économiques. Pour ce faire, Jrada dispose d’atouts qu’il s’agit de valoriser : ressources alfatières, disponibilités en eau, possibilités touristiques, proximité de la capitale régionale…

Le redéploiement de l’économie de Jrada requiert donc le lancement de grands travaux et la dotation en équipements de base nécessaires pour assurer la reconversion de l’économie locale, situation inédite au Maroc pour une agglomération urbaine aussi importante que Jrada et des petits centres de Touissite, Boubkere et Ouad Al Heimer..

Plus de 5 milliards de DH ont été débloqués pour faire face aux conséquences sociales et économiques de la fermeture de la mine de Jrada.

La problématique de Jrada ne se limite donc pas au seul souci de reconversion économique, mais elle consiste également à restructurer un tissu urbain hétéroclite et peu fonctionnel, pour aboutir à un développement global et intégré de cet espace de projets aujourd’hui en difficulté, mais qui dispose de différents atouts pour que sa modernisation puisse être réussie.

 
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1 Comment

  1. Scherifi Mytahar
    20/02/2014 at 21:12

    – Merci de ne pas écrire du n’importe quoi sur Les CHARBONNAGES DU MAROC sans avoir des informations concordantes et vérifiées. Quant aux raisons de sa fermeture controversée, connue par les anciens mineurs et leurs enfants laissés à leur sort..
    Cordialement

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