Un voyage au cœur du Sahara

Mohamed Ali ELHAIRECH
Parmi les dégâts collatéraux des élections sous nos cieux, c’est qu’elles peuvent occulter un autre évènement majeur, et l’évènement dont il est question ici est d’ordre littéraire et non pas politique. Il s’agit de la parution d’un roman ayant pour toile de fond une époque tumultueuse de l’histoire du Sahara, à savoir la fin des années 70 et le début des années 80 : « attalh la yokhti qibla », littéralement, l’acacia ne rate pas la qibla. Le texte qui s’étale sur 320 pages de format moyen a été édité par une jeune institution nommée Chercheurs, et ce au début de septembre 2021, c’est-à- dire en pleine campagne électorale. Signé par docteur Laghla Bouzid, actuellement inspecteur de l’enseignement secondaire exerçant à la ville de Tarfaya, là où un autre chef-d’œuvre, le Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry en l’occurrence, était né, cet opus vacille entre le roman et l’autobiographie, comme c’est bien signalé dans la quatrième de couverture.
Laissons de côté le héros du grand écrivain français et revenons à notre histoire et à son protagoniste, le petit Ziyad. A l’instar de tous les bambins d’un village maure, Ziyad emmenait chaque jour un petit troupeau de chèvres paître à l’oued qui regorgeait d’acacias. La scène se passait en pleine guerre du Sahara. La vie des habitants de ce petit bourg sis aux lisières du Sahara était plutôt paisible malgré le manque des moyens et la rudesse de l’environnement, et Ziyad y menait avec les siens, comme tout un chacun, une vie simple et heureuse, avant qu’il ne parte vers la ville de Guelmim pour tomber aussitôt dans les bras d’un groupuscule islamiste via son camarade Oulwane. C’est à partir de ce moment qu’allait commencer pour lui une nouvelle étape d’une dizaine d’années au bout desquelles notre héros, -et c’est tant mieux pour lui et pour nous autres lecteurs !-, allait finalement découvrir la fausseté des slogans branlés par les sympathisants de la Jamaâ pour revenir à sa vie et à ses pratiques d’antan : « J’ai laissé derrière moi plein de pratiques religieuses tape-à l’œil qui me différenciaient des gens du cru. J’ai ôté ma chéchia blanche et j’ai mis un chèche noir qui convenait au climat du Sahara et je me suis fait faire un boubou bleu et un pantalon bouffon et j’ai ainsi décidé d’encourager l’artisanat local contre le port de l’ abaya et de la burqa afghane qui nous venaient de très loin. » Notre héros a donc décidé après moults hésitation de retourner aux origines. D’où le titre du roman : attalh ne rate pas la qibla, d’autant plus que l’acacia est considéré au Sud comme un patrimoine local, il est même qualifié d’or vert du désert ! Il a finalement trouvé, en quittant l’obscurantisme de la Jamaâ, son filon d’or : la liberté, la littérature, l’art, la tranquillité de l’âme…
Un texte commis dans un style subtil, parfois drolatique, l’un des plus beaux récits, sinon le plus beau, qui relatent la vie des Maures à mon humble avis. Car il recèle une infinité de détails croustillants sur la vie quotidienne des Sahraouis, leurs us et coutumes. Mais c’est avant tout une invitation à contempler l’état actuel des groupes islamistes dans un monde qui ne cesse de refuser l’islamisme radical, cette maladie de l’Islam, et tout ce qui s’y rapproche de près ou de loin.
À lire absolument !



Aucun commentaire