L’intelligence artificielle et ses applications en littérature

Zaid tayeb

J’ai fait un petit tour au salon maghrébin du livre dans sa sixième édition où j’ai assisté à une prise de parole de madame Intissar Haddiya sur l’intelligence artificielle et ses applications dans les domaines de lettres et de sciences. Femme de science et de lettres, Mme Haddiya sait aussi bien manier la plume (le clavier) que le scalpel. Il m’a semblé qu’elle hésitait quand il s’agissait de son utilisation dans celui des belles lettres, là où les sentiments doivent surgir, se manifester, faire surface sous forme de gémissements de tristesse et de deuil ou d’élans de joie et de plaisir. La sensibilité, c’est d’ailleurs ce qui manque à l’Intelligence Artificielle. Un robot à forme humaine peut étreindre et prendre dans ses bras mais ne peut jamais éprouver des sentiments d’amour.
Il me semble que l’intelligence artificielle ignore l’esthétique en matière de styles littéraires, là où prime la noblesse de l’écart, de faits de style recherchés, de figures de rhétorique, par rapport à la rigidité d’une norme plate et monotone.
Je vais essayer de donner deux exemples pour illustrer mes propos.
L’un de mes camarades, ancien professeur et directeur de lycée a écrit un beau texte en langue arabe dont il maîtrise les outils de manière savante. Puis, au-dessous, il a ajouté sa traduction française. Après lecture des deux textes, je lui ai envoyé une petite remarque dans laquelle je lui avais dit que ‘’le texte en arabe s’accorde mal avec le texte en arabe’’.Il m’a répondu que c’était une traduction I.A.
En effet, la traduction manquait d’âme.
Le deuxième exemple, je le tire du ‘’Le bourgeois gentilhomme’’ de Molière.
Monsieur Jourdain a rédigé un billet à l’attention d’une certaine marquise. Il demande au maître de philosophie de le lui récrire de manière un peu plus galante.
Billet de monsieur M.Jourdain : ‘’Belle Marquise, vos beaux yeux me font mourir d’amour’’
Propositions de Maître de philosophie : ‘’On les peut mettre premièrement comme vous avez dit ‘’Belle Marquise, vos beaux yeux me font mourir d’amour.
Ou bien : D’amour mourir me font, belle Marquise, vos beaux yeux.
Ou bien : Vos yeux beaux d’amour me font, belle Marquise, mourir.
Ou bien : :Mourir vos beaux yeux, belle Marquise, d’amour me font.
Ou bien : Me font vos yeux beaux mourir, belle Marquise, d’amour.’’
-M.Jourdain : …Laquelle est la meilleure ?
-Maître de philosophie : Celle que vous avez dite :’’Belle Marquise, vos beaux yeux me font mourir d’amour.’’
Il en est de monsieur Jourdain et de maître de philosophie ce qui en est de l’éventuel écrivain et de l’intelligence artificielle. Demandez alors à l’intelligence artificielle de vous rédiger une phrase mieux faite que celle que vous lui soumettez, elle vous la rendra comme celles de maître de philosophie.
’’On n’est jamais mieux servi que par soi-même’’ dit l’adage mais celui de chez nous est beaucoup plus expressif : ‘’ Personne ne peut te gratter mieux que ton propre ongle’’
Si le produit de l’intelligence artificielle est fondé sur la raison, la rigueur, l’ordre, la symétrie, celui de l’être humain l’est sur la manifestation de l’esprit et des émotions. Les applications de l’intelligence artificielle aux écrits littéraires me semblent présenter des risques liés à l’occultation d’une esthétique de la pensée humaine au profit des artifices d’une esthétique d’une machine à mots.
Zaid tayeb




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