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Ain-Sfa : lieu d’accueil ou de transit

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Zaid Tayeb

 


Aux sombres années des vaches maigres vient poindre l’heureux début des années des vaches grasses. Il y a bien longtemps que la campagne avait perdu son manteau vert qu’elle avait troqué contre une cape rousse. Et les saisons pluvieuses avaient cédé leur place aux saisons ensoleillées. Et depuis, les gens se sont peu à peu habitués à vivre dans l’austérité en réglant leur train de vie sur la météo. L’année est bonne et le climat clément. La campagne retrouve sa verdure et les gens rompent avec le plat quotidien. Samedi et dimanches sont les jours de la semaine où il est permis de souffler. La campagne leur offre son espace pour se faire ressourcer. Les routes sont encombrées de moyens de transports : bicyclettes et motocyclettes, triporteurs et voitures particulières. Tout est bon qui puisse être utile et tout ce qui est utile pour se déplacer a pris la route. Entre Oujda et Ain-Sfa, la route est encombrée de visiteurs du week end. Des files de voitures étaient garées de part et d’autre de la chaussée et, de part et d’autre de la route, des familles ont pris d’assaut les champs revêtus de coquelicots, de roquettes jaunes et blanches, de soucis et d’autres plantes à fleurs de toutes les couleurs. Les visiteurs en avaient pour le plaisir de leurs yeux. Des familles entières assises à même le sol, sur le tapis vert piqueté de fleurs, autour d’une table basse garnie de thermos, de théières, ou d’autres boissons fraiches regardaient renaitre la nature après des années de sinistres hibernations. Elle leur offrait ce qu’elle avait de mieux : son cœur. Ceux qui sont plus hardis continuent leur chemin vers Al kahf, la célèbre grotte à deux ou trois kilomètres de Ain-Sfa pour manger ce que leur offraient les gargotes et les cafés : tagines, brochettes, côtelettes grillées, boulettes de viande ou pour boire du thé accompagné de beurre, d’olives, d’huile ou d’omelette d’œufs beldi avec du pain de campagne, ou simplement pour baguenauder dans les vergers pour s’acheter de la menthe, du persil, de la coriandre, du céleri et d’autres plantes… D’autres produits sont exposés sur des étals ou à même le sol pour le plaisir de l’œil et la générosité des porte-monnaie. Des files de voitures continuent leur route vers Al Kahf. Arrivés au dernier rond-point, les touristes bifurquent à gauche, puis, à droite quelques tours de roue plus loin, où deux panneaux (l’un en arabe, l’autre en français) indiquent chacun avec une flèche la même direction : Aîn-Sfa ; Al Kaf. Or cent mètres plus loin, ils se retrouvent dans une fourche : aller à droite ou prendre légèrement à gauche ? Ils se renseignent auprès des passants, des boutiquiers, des personnes attablés devant le seul café du village. Les plus clairvoyants demandaient leur chemin quelques boutiques plus avant. Et les voitures, les motocyclettes, les triporteurs continuent leur périple vers Al Kahf après avoir traversé Aïn Sfa. Le soir, l’exode se fait en sens inverse et les promeneurs retournent chez eux en passant par Ain Sfa après avoir fait le plein de leur ventre et de leur panse au Kahf sans avoir déboursé le prix d’un biscuit ou d’un verre de thé aux boutiques et au café à qui ils avaient demandé leur chemin le matin même. La seule chose dont ils ont fait l’acquisition est d’avoir fait le plein de leurs bidons de l’eau de source. Et elle est gratuite, celle-là ! Ain Sfa reste déserte pendant le week end à compter sur sa maigre clientèle de tous les jours. Comme si les habitants de Ain Sfa n’ont d’autres occupations qu’à renseigner les touristes sur le chemin qui mène au site d’El Kahf ! Comme si les habitants de Ain Sfa n’ont rien à montrer et à vendre de beau pour le plaisir de l’œil et celui des autres sens. J’ai eu de la peine de voir tant de monde transiter par Aïn Sfa sans lui prêter la moindre attention ! Ain Sfa ne serait donc qu’un lieu de transit ? Ses habitants ne seraient donc que des guides ou des agents d’accueil ? Jusqu’à quand cela va encore perdurer ? En attendant des jours meilleurs, Ain Sfa demeure orpheline, ses habitants assurent la garde des 7 coupoles des 7 Saints.
Ainsi en est-il.
Zaid Tayeb

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