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L’Elysée et la tension dans le Rif : Colère légitime et volonté royale d’apaisement

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Par  Allal El Maleh

Pas une nuit ne se déroule dans le calme dans la province d’Al-Hoceima. Mais c’est à Imzouren que les observateurs ont rapporté de violents heurts entre manifestants et forces de l’ordre. Ce cycle de violence qui va crescendo représente-t-il pour autant un désaveu pour l’approche gouvernementale de la situation où seuls comptent les chiffres et maquettes des projets en cours de réalisation dans le cadre du projet baptisé « Manarat Al Moutawassit », projet structurant avalisé par la plus haute autorité du pays il y a des années de cela ?

En tout cas, pour ceux qui attendaient un signal royal, il faut dire que la visite du Président Macron à Rabat a représenté une rare occasion de rattrapage en terme de communication de crise que le pouvoir se devait d’avoir. Le Roi est préoccupé par ce qui se déroule dans la région du Rif. Coupant court aux réserves de circonstance que de nombreux chefs d’Etat adoptent en pareille occasion, l’hôte du Royaume qui a eu des entretiens en tête-à-tête avec le Souverain a dévoilé ce que de nombreux observateurs excipaient du « silence royal ». « Il ne m’appartient pas de juger d’un sujet de politique intérieure, mais le Roi considère comme légitime qu’il y ait des manifestations, qui sont prévues dans le droit constitutionnel », a souligné le Président Macron. « Il souhaite apaiser la situation en répondant aux prémices de ces mouvements et en apportant une considération à cette région », a-t-il ajouté. Plus, devait-il assurer « je n’ai pas eu lieu de craindre une volonté de répression » en faisant état « plutôt d’une volonté de répondre dans la durée aux causes profondes » d’une contestation qui s’inscrit dans la durée.

S’il est difficile de se lancer dans un quelconque pronostic quant à l’agenda royal, force est de souligner que la saison estivale, période durant laquelle le Souverain a l’habitude de séjourner dans le Nord, pourrait apporter son lot de consolation. Ce qui reste du Ramadan permettra sans le moindre doute d’évaluer les retombées des missions de conciliation menées aussi bien par les pouvoirs publics, les élus de la région et le dynamique tissu associatif qui prône, lui aussi, l’apaisement.

En attendant, les regards restent braqués sur les divers foyers de tension qui secouent la région Nord. Et l’attention focalisée sur les jugements prononcés par les instances en charge de trancher dans les dossiers des prévenus qui lui sont soumis. Pour rappel, le tribunal de première instance d’Al Hoceima a rendu son verdict dans le procès des 32 accusés qui comparaissaient depuis mardi devant le tribunal de première instance d’Al Hoceima. Au bout d’une audience-marathon, le verdict a été rendu dans cette affaire où les prévenus étaient poursuivis pour plusieurs chefs d’accusation dont la rébellion, attroupement armé, insultes, dégradation d’objets affectés à l’intérêt général, outrage à agents de la force publique, manifestation sans déclaration préalable sur la voie publique. Ainsi, 25 accusés ont écopé de 18 mois de prison ferme, 3 ont été condamnés à 6 mois de prison avec sursis et 4 autres à deux mois de prison avec sursis.

Mais dans cette affaire, il y a lieu de rappeler que plus de 130 manifestants sont poursuivis devant les tribunaux… Des dossiers ayant atterri aussi devant des juridictions de Casablanca ! Alarmé par les sentences, le collectif de la défense des prévenus du soulèvement du Rif reste vigilant et joint son appel aux associations de défense des droits humains pour l’élargissement des prévenus. Une relaxe à laquelle appellent aussi des partis politiques qui appuient une contestation pacifique.

Autre fait notable, et contrairement aux rumeurs d’une « militarisation de la région » imputée à un Dahir tombé en désuétude à la fin des années 1950, c’est la DGSN qui est montée au créneau, mardi dernier, pour faire état de la situation sécuritaire dans la région. En publiant le bilan de ses pertes et en montrant, images vidéo à l’appui, ses forces sur la défensive ou battre en retraite à l’issue de jets de pierre.

Les opérations et interventions entreprises par les forces publiques « visant à préserver la sûreté et l’ordre publics dans la ville d’Al Hoceima et les zones urbaines qui relèvent de son territoire, depuis le 28 octobre 2016, veillaient à gérer les protestations de manière à préserver la sûreté et l’ordre publics d’une part, et la prévention sans enregistrer aucune menace à la sécurité des citoyens d’autre part », outre la prise de « toutes les mesures requises pour garantir les droits et libertés individuelles et collectives », souligne mardi la DGSN dans un communiqué parvenu à la MAP.

Certaines protestations ont connu une escalade dangereuse ayant attenté à la sûreté et l’ordre publics lorsqu’elles se sont transformées en rassemblements violents durant lesquels plusieurs personnes ont fait usage d’armes blanches, de cocktails Molotov, outre des jets de pierres blessant à différents degrés 298 policiers, dont des fractures au niveau des côtes et du crâne, des asphyxies et des brûlures, explique la DGSN. Ces actes de violence ont touché également les biens publics qui ont subi de graves dégâts estimés à plus de 14 MDH. Tout en clarifiant ces faits, la DGSN « assure que les éléments de la force publique poursuivront les mesures de protection de la sûreté et de l’ordre publics, avec tout ce que cela implique comme maîtrise de soi et de retenue face aux provocations, d’une part, et de plein respect des textes de loi et des procédures administratives en vigueur, d’autre part ».

Dans un climat aussi tendu, le professionnalisme dont ont fait preuve les forces de l’ordre (dont les tenues prêtent à confusion et laissent libre cours aux commentaires tendancieux liés à la militarisation de la région) se mesure à l’aune du bilan établi sur plus de 7 mois de protestation : zéro mort. On est ainsi loin de vivre les circonvolutions qui ont secoué nombre de régimes depuis le déclenchement du fameux « Printemps arabe ». Toujours est-il important de souligner que pareille atmosphère encourage tous les adversaires que le modèle marocain dérange à chercher à « monter la sauce » de la déstabilisation. La voie de la raison doit continuer à prévaloir dans la gestion de cette crise qui n’est qu’un chapitre de plus écrit dans le grand registre d’un peuple qui a droit à une construction démocratique saine. Et dans cette construction-là, pour laborieuse qu’elle soit, la patience pédagogique doit être la règle irréfragable. Celle qui renseigne sur les droits des citoyens à préserver coûte que coûte, mais aussi sur leurs devoirs envers une patrie toujours miséricordieuse.

Après les révélations de Macron de ce 14 juin, à Rabat, la tension dans le Rif baissera-t-elle d’intensité ? Où confirmera-t-elle ce à quoi le Souverain avait fait allusion devant les chefs d’Etat du Golfe, il y a quelques mois déjà en évoquant les scenarii de déstabilisation qui n’épargneraient aucun pays arabe, pas même le Royaume chérifien ?

 
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1 Comment

  1. DR IDRISSI MY AHMED
    17/06/2017 at 02:00

    BONNE ANALYSE ET BON RÉSUMÉ

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