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CONCLUSION :Synergies sectorielles et articulations territoriales

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CONCLUSION

Synergies   sectorielles

et

articulations   territoriales

La situation actuelle de l’Oriental se caractérise par un double dysfonctionnement :

sur le plan économique, la complémentarité inter-sectorielle est manifestement faible,
sur le plan spatial, les formes de discontinuité sont multiples et les rapports de synergies territoriales demeurent fort ténus.

Une telle situation, résultant d’un développement non planifié, voire souvent spontané et en grande partie extraverti, est en contradiction avec les conditions qui doivent prévaloir pour enclencher un véritable développement régional et un aménagement harmonieux de l’espace supposant, l’un et l’autre, l’accumulation du savoir-faire, de l’investissement matériel, financier et humain et la régénération des richesses.

L’objectif du Schéma de Développement et d’Aménagement Régional (SDAR) est d’aider à lever les obstacles majeurs et de maîtriser les facteurs structurants, afin d’infléchir positivement les tendances en cours, d’asseoir les bases d’une croissance durable et assurer la diffusion la plus large du développement économique et socio-culturel à travers l’ensemble des composantes humaines et spatiales de la Région.

La conception des Espaces de Projets au sein de Zones d’Aménagement et de Développement, répond à ces préoccupations, tout en s’inscrivant dans la vision globale du développement national (SNAT, PDES, schémas nationaux sectoriels…).

En effet, cette approche qui revêt un caractère réaliste et opérationnel, s’appuie sur les concepts fondamentaux de gestion de proximité et de bonne gouvernance, à des échelles différentes et emboîtées, favorisant la mise à contribution des ressources naturelles et humaines locales dont la valorisation devra rejaillir, d’abord, sur les territoires auxquels elles appartiennent, afin d’en améliorer les conditions de vie, de travail et de production, et d’en faire ainsi des espaces de rétention de la population et d’attraction de l’investissement, pour s’intégrer convenablement, ensuite, dans le corps national appelé tout entier à faire face à des défis économiques, sociaux et culturels imminents et sans précédent.

La mise en œuvre des recommandations et des projets prescrits par le SDAR devra aboutir à une situation d’accroissement substantiel de la production, tant en milieu urbain qu’en milieu rural, avec une diversification poussée des services, ce qui pourra entraîner l’intensification des échanges entre les différentes composantes du territoire et, donc, une intégration régionale dynamique dans le contexte national, mais aussi aux plans maghrébin, méditerranéen et international.

Deux types de composantes spatio-humaines peuvent être identifiées dans cette vision :

les sous-régions, groupant un certain nombre d’espaces de projets appartenant à des aires ayant des vocations économiques et des appartenances socio-culturelles rapprochées ;

les différents milieux de vie que représentent la catégorie des grandes villes, celle des petites villes et le milieu rural où s’individualisent de plus en plus des agglomérations à caractère pré-urbain.

Ceci étant précisé, il convient de voir comment établir et consolider les relations de complémentarité entre les divers secteurs économiques et sociaux qui opèrent dans la Région, d’une part, et favoriser les échanges et les rapports de solidarité entre les différents espaces de projets, d’autre part.

1. Synérgies intersectorielles

L’appréhension des synergies intersectorielles découle de l’établissement de rapports entre les actions structurantes en matière d’aménagement, la mise à niveau des conditions spatiales de la croissance économique et de la promotion sociale et les niveaux  d’intervention par secteur de production ou de service.

Les rapports de Diagnostic et de Prospective ont clairement mis en relief l’impact tout à fait déterminant pour l’avenir de l’Oriental que revêtent certaines grandes actions à caractère structurant, dont tout ajournement de mise en œuvre inhiberait encore plus les chances de développement régional, en y accusant des déficits et des retards déjà bien manifestes et fort handicapants.

De même, la première partie de ce rapport a clairement mis l’accent  sur l’importance tout à fait déterminante des grandes actions d’aménagement qu’il faut enclencher et mettre en œuvre, avec le maximum de réalisme, de volontarisme et de célérité, afin de lever les nombreux obstacles, contrecarrer les inerties, libérer les énergies latentes et mobiliser les potentialités d’investissement ; le tout en vue de fructifier les ressources et mettre la Région, dans toutes ses composantes sociales et territoriales, sur les rails du progrès et de la croissance. On ne le dira jamais assez, et aujourd’hui plus qu’hier, qu’il n’y a désormais  plus de temps à donner au temps.

Les diverses investigations menées à travers tout le territoire, ainsi que les différentes concertations opérées, tout au long de l’étude, ont montré clairement que les questions foncière et hydrique constituent la clé de voûte de tout le système économique et social de l’Oriental, et que le développement de cette Région passe impérativement par la résolution de ces deux facteurs structurants, particulièrement pesants et, à plusieurs égards, tout à fait déterminants.

C’est que nous avons là, les deux conditions fondamentales de la fixation de l’investissement privé et public et, partant, de la modernisation physique des systèmes d’aménagement et de production de l’espace, tant en milieu urbain qu’en milieu rural.

C’est la levée de ces deux facteurs de blocage inhérents au site, qui détermine l’installation de l’infrastructure de communication, de production et de services, ce qui encourage la fixation des compétences humaines, qu’il s’agit de former localement ou de faire venir d’ailleurs.

C’est que les facteurs de  production, aussi performants soient-ils, pourraient rester en friche, si une politique clairvoyante de formation des ressources humaines, d’amélioration des conditions de vie, de protection du milieu naturel et de fortification du patrimoine culturel et identitaire n’est pas engagée et, continuellement, consolidée.

Par ailleurs, Région frontalière par excellence, l’Oriental ne peut s’affranchir aisément des contraintes générées par sa frontière orientale à caractère éminemment politique et, donc, fortement sensible, d’un côté, et par sa pseudo-frontière avec l’enclave colonisée de Mlilia qui entretient et anime de nombreuses formes de déviations et de perturbations économiques et sociales, de l’autre. Le dossier frontalier demeure l’une des pierres d’achoppement les plus cruciales pour le développement de l’Oriental. Son règlement, qui dépend bien sûr de facteurs politiques complexes et exogènes, pourra redimensionner autrement le développement de la Région.
En effet, à côté des actions structurantes prioritaires et à caractère endogène, le règlement de la question frontalière, lié à un environnement politique en bonne partie exogène et non maîtrisable, pourrait intervenir pour consolider les effets multiplicateurs des actions prioritaires précédemment énoncées. Cela signifie que tout l’effort devra être concentré sur les facteurs endogènes, c’est-à-dire ceux sur lesquels les pouvoirs publics conservent l’intégralité ou l’essentiel de l’initiative et qu’ils peuvent maîtriser définitivement ou en grande partie ; à condition d’y mettre une forte dose de volontarisme.

Il faut souligner ici que la notion de «préalabilité» affectée à ces éléments « fondamentaux » ne renvoie aucunement à un quelconque ordonnancement temporel de l’action ou à un classement prioritaire de l’intervention publique échelonnée sur toute la période du SDAR. Il s’agit tout simplement d’un ordre d’intensité de l’impact escompté. Autrement dit, le processus d’aménagement intégré souhaité impose la mise en œuvre simultanée de l’ensemble des actions  structurantes préconisées, vu leur caractère fortement interdépendant et la nature des synergies qui s’établissent entre les différents niveaux d’aménagement.

Ainsi, tout ajournement ou mise en veilleuse de l’une des grandes actions d’aménagement ci-dessus énoncées, aura des répercussions fâcheuses sur l’ensemble du système, se traduisant par des retards dans le lancement effectif de la croissance économique et par des dysfonctionnements patents dans «la chaîne de transmission» du développement humain et de l’aménagement du territoire.

2. Les articulations territoriales

A l’instar des influences réciproques qui existent entre les différents secteurs, il est évident aussi que toute action entreprise dans chaque point de l’espace régional, produit des effets plus ou moins forts, plus ou moins retardés et différemment influents, sur l’ensemble du territoire considéré.

Cette assertion demeure valable, même dans une région comme l’Oriental, caractérisée par de multiples hiatus territoriaux et diverses formes de ruptures et de discontinuités, amplifiés par les effets de l’étendue territoriale (83000 km²), les énormes contrastes naturels, les grandes disparités socio-économiques sous-régionales et la configuration du réseau de communication qui maintient une grande partie de l’Oriental dans une situation d’enclavement plus ou moins prononcée.

Il va sans dire que plus l’action entreprise en matière d’aménagement et de développement se produit dans un site stratégique, plus ses effets propagateurs se réfléchissent le plus loin possible, avec tout ce que cela induit comme répercussions au niveau économique et socio-culturel, et tout particulièrement en matière de relance de la croissance et d’intensification des flux de communication et d’échange.

Autrement dit, chaque espace possède ses sites névralgiques les plus porteurs, où l’action humaine s’est le plus cristallisée et que l’aménagement futur devra «redécouvrir» par des réaménagements appropriés, en vue de la valorisation optimale de leurs diverses potentialités.

C’est à partir des grandes villes que se fait et pourra se faire la diffusion du développement à travers l’espace régional, à condition que celles-ci réussissent à restructurer leurs aires d’influence respectives, en se construisant un réseau urbain sous-régional performant et en rayonnant positivement sur leurs campagnes, avec lesquelles devront se construire, non pas des relations de dépendance à sens unique, ou  même des rapports d’exclusion, comme cela perdure depuis longtemps, mais plutôt des rapports de complémentarité, où le monde urbain et le monde rural trouveront, également, leurs intérêts mutuels.

Le développement ne saurait se maintenir à «l’état insulaire» où il se trouve actuellement, mais devra se faire en taches d’huile, s’appuyant sur une «chaîne de transmission» à double sens, reliant les grands pôles urbains aux fins fonds des campagnes, à travers les catégories des villes moyennes, des petites villes et des centres ruraux.

Ce n’est qu’au prix de cette construction progressive que pourront se développer les entités socio-économico-culturelles que sont les espaces de projets, et les rapports synergiques que devront entretenir ces derniers.

3. Armature urbaine et rayonnement des villes

3.1. Le tandem Oujda-Nador

L’Oriental est une région bicéphale, dont l’espace, l’économie et la population sont largement écartelés entre les deux grands pôles d’Oujda et de Nador-Mlilia, entre lesquels un espace moteur multifonctionnel se consolide de plus en plus, axé sur l’agriculture moderne (Barkane) et le tourisme balnéaire (littoral de Saïdia-Ras Al Ma). 

Ni l’histoire, ni la géographie n’ont, jusqu’à présent, facilité l’établissement de véritables liens de complémentarité entre ces deux grandes agglomérations. Bien au contraire, de nombreux obstacles d’ordres à la fois naturel  et «politique», voire même psycho-sociologique, entravent l’instauration d’une coopération mutuellement constructive entre ces deux entités, au profit de toute la Région et du territoire marocain tout entier. Le dépassement de ces difficultés et la neutralisation de ces « frontières internes » sont tributaires de trois facteurs principaux :

l’instauration d’institutions régionales, démocratiques, fonctionnelles et efficientes,
des actions d’un aménagement équitable, traitant les différentes composantes territoriales en leur donnant l’égalité  des chances pour réaliser leur promotion économique et sociale,
le développement de la « culture et de l’attachement à la Région » parmi les résidents des différentes composantes de l’Oriental, et tout particulièrement les jeunes.

Quoi qu’il en soit, l’avenir de la Région reposera longtemps encore sur le niveau de développement que pourront réaliser ces deux espaces locomotives et de la qualité et l’intensité des échanges qu’ils pourront entretenir entre eux, d’une part, et avec le reste de la Région, d’autre part.

Ceci devra se faire dans une vision de division des tâches et de complémentarités de leurs appareils de production de biens et de services respectifs, dans le but de bien placer la Région de l’Oriental sur l’échiquier économique national, maghrébin, méditerranéen et international, comme espace compétitif recherché. Cela sera également tributaire des actions d’aménagement volontaire qui seront réalisées dans la zone Moulouya-Méditerranée et celle du couloir de Taourirt-Al Aïoune, afin d’impulser un développement territorial plus équilibré.

Le SDAR s’inscrit, donc, dans une dynamique qui devra mettre fin à cette situation de rapports d’exclusion entre les deux métropoles régionales qui se tournent actuellement le dos sans pouvoir « se regarder en face », rapports auxquels doivent se substituer des liens de reconnaissance mutuelle et de répartition des tâches ; chacune de ces deux métropoles remplissant les fonctions pour lesquelles elle est la mieux habilitée et la plus performante, dans une perspective de dynamisation des espaces et des pôles intérmédiaires, et de traction de la Région tout entière.

3.2. Oujda : Métropole de commandement et de services supérieurs

De par son volume démographique considérable (plus de 600 mille habitants vers 2020-25), poids historico-culturel millénaire, son appareil administratif important et son équipement commercial diversifié, Oujda continuera à jouer un rôle de premier ordre dans la Région de l’Oriental, comme centre de commandement et de services supérieurs.

Comme centre de services, Oujda aura à rayonner par ses institutions administratives, financières et sociales, pour exercer les fonctions d’intermédiation, de gestion spécialisée, d’ingénierie et de conseil, etc…

Par son université, appelée à parachever ses filières et ses domaines d’enseignement, Oujda demeurera le creuset principal de formation de cadres supérieurs pour l’ensemble de la Région. La création proposée d’une technopole renforcera le rôle de la capitale régionale comme centre de diffusion des nouvelles technologies.

Sur le plan de la santé, la mise en place d’un CHU permettra aux populations de la Région de bénéficier de services médicaux de haut niveau, actuellement  recherchés de façon fort onéreuse en dehors de la Région (Rabat, Casablanca, Fès ou même l’Europe) ou à Mlilia, et de sécuriser convenablement l’Oriental au niveau sanitaire, condition essentielle pour retenir les élites et les compétences locales, et drainer les promoteurs et l’investissement internes et externes.

Ce rayonnement d’ordre administratif, institutionnel et social, devra être consolidé par le développement de services financiers de niveau supérieur, représentés par les grandes banques commerciales, nationales et internationales, par la Banque de Développement de l’Oriental (BDO), qu’il faudra créer dans les délais les meilleurs, et par le Centre Régional d’Investissement (CRI), appelé à déployer tous les efforts possibles pour relancer l’économie de l’Oriental, par le biais de la recherche et de l’encouragement de l’investissement.

A l’inverse du comportement de courtage et de «court-circuitage» qu’opère le secteur bancaire actuellement dans la Région, en faveur de Casablanca (centralisation financière oblige !) et qui se traduit par la pénurie de l’investissement local dans une Région où l’argent est virtuellement abondant, les banques devraient assumer leur rôle de financement de l’investissement, de concert avec la BDO et le CRI, d’une part, et en accord avec les besoins effectifs des différents espaces de projets de la Région, d’autre part. Le secteur bancaire devra passer du stade d’agent à comportement « extractif » actuel à celui de partenaire réel au développement.

En effet, le rôle du secteur bancaire dans la promotion de l’investissement, nerf du développement de la Région, devra se traduire, non seulement dans le redéploiement de l’épargne régionale et des transferts des MRE, mais aussi par le drainage de capitaux nationaux et la canalisation de fonds étrangers.

C’est que l’Oriental offre actuellement, et le fera davantage à l’avenir, des opportunités d’investissement prometteuses, à la fois dans le secteur industriel (substitution aux produits de contrebande, production dans les domaines des nouvelles technologies…), agro-pastoral et dans l’artisanat, sans oublier les diverses branches des services supérieurs (télécommunications, transports, tourisme, commerces, enseignement et santé…).

Les services urbains constituent également un domaine où l’investissement privé devra chercher à réaliser des profits consistants à travers des projets d’infrastructure, d’équipements et de gestion (assainissements solide et liquide, adduction d’eau, circulation, transports…).

La promotion immobilière, à ses différents niveaux, présente un large domaine d’investissement, en allant de l’ouverture et la préparation de terrains à urbaniser, jusqu’à la réalisation d’ensembles immobiliers ou touristiques, en passant par l’équipement de zones d’activité polyfonctionnelles. Il va sans dire que l’action dans ce domaine ne saurait se limiter à Oujda même, mais s’étendre plutôt à l’ensemble du territoire régional, à condition de régler intelligemment l’épineuse question du foncier.

3.3. Nador : Grande porte maritime et foyer industriel de premier ordre

Riche de son port de commerce, de voyageurs et de pêche (Bni Ançar), de son aéroport (Al Aroui), de sa zone franche attendue, de ses atouts touristiques (littoral balnéaire, montagnes…), de son appareil industriel destiné à connaître une croissance notoire, de la masse monétaire considérable générée par les transferts MRE et l’activité commerciale débordante, de sa proximité de Mlilia…, la conurbation de Nador se place déjà comme le pôle économique régional le plus dynamique de la Région.

Cette situation devra se consolider davantage à l’avenir, comme le préconise le SDAR, le Grand Nador devenant alors l’une des cinq grandes portes maritimes du Maroc, à côté de Casablanca, Jorf Lasfar, Tanger et Agadir. Sa localisation sur la Méditerranée et la construction des grandes infrastructures de transport, que sont l’Autoroute du Levant (et plus tard celles de la Moulouya et de la Méditerranée),  et la voie ferrée Taourirt-Nador, lui ouvrent tout grands non seulement l’espace de la Région de l’Oriental, dans toutes ses composantes, mais également les Régions situées à l’ouest et au sud-ouest (zones d’Al Hoceimah, Taounate, Fès, Meknès, Tafilalt, haute Moulouya,…).

Cette conurbation, qui comptera plus d’un demi-million d’habitants à l’horizon du SDAR, développera des relations d’envergure, non seulement avec son arrière-pays rifain densément peuplé et en cours d’urbanisation rapide, mais aussi avec le reste de la Région, pour lesquels le Grand Nador-Mlilia jouera le rôle de pôle multifonctionnel offrant, entre autres, les services suivants :

la fonction d’import-export, avec tout ce que cela induit comme installations d’établissements nationaux et de succursales de maisons internationales, dans les domaines des transports maritimes, du courtage, du transit de marchandises, d’assurance, de représentations commerciales, d’industrie, de services, etc.

la fonction de port de voyageurs qui s’affirme au fil des années, pouvant concurrencer, de plus en plus, celui de Tanger. Cette fonction connaîtra sans doute une amplification continue avec la construction de l’autoroute Fès-Oujda et avec l’éventualité de la réouverture de la frontière avec l’Algérie ; Nador devenant ainsi un passage apprécié pour une bonne partie des MRE du Nord marocain et de l’Ouest algérien. Dans ces conditions, on peut facilement admettre que le trafic voyageurs de Nador dépassera amplement le million de personnes dans les toutes prochaines années. Une telle perspective entraînera l’installation d’établissements et d’entreprises de voyage, de tourisme, d’assurance, de location de voitures, de sociétés de publicité et de communications, d’établissements de change… Il est entendu que ces services du tertiaire supérieur exerceront leur influence bien au delà de la conurbation de Nador, pour intéresser une bonne partie de la Région, tout en rayonnant sur les régions limitrophes, en concurrence avec Oujda.

l’activité industrielle sera progressivement appuyée par le port et la zone franche, facilitée par l’assainissement de la situation foncière et l’amélioration des infrastructures de communication et de transport. Elle fera ressentir son influence profondément dans le territoire régional, à la fois par la collecte et le drainage de diverses matières premières, d’origine naturelle, agro-pastorale ou minérale, et surtout par la distribution de produits finis, fabriqués localement ou importés d’autres régions du Maroc ou de l’étranger.

l’animation de l’ensemble de ces activités de commerce, d’industrie et de service, ne peut se concevoir sans l’appui d’organismes financiers, pour le crédit à l’investissement, l’encadrement et la gestion financière de ces secteurs. En plus des banques commerciales actuellement installées à Nador, la BDO et le CRI devront y être concrètement représentés, pour prendre part activement à l’identification de projets, leur financement ,  leur mise en œuvre et leur suivi.

3.4. Les villes moyennes : vers l’étoffement du réseau urbain régional

Nous avons insisté ici sur la nature des fonctions supérieures de commandement et d’encadrement essentielles qui reviennent aux deux grandes agglomérations urbaines et importants foyers économiques de l’Oriental, que sont Oujda et la conurbation de Nador-Mlilia, dont l’effet se répercutera sur l’ensemble du territoire régional. Il va sans dire que tous les services de niveaux inférieurs, de rayonnement moins étendu et répondant à une demande plus fréquente, seront également remplis par ces deux métropoles.

Un demi-siècle environ après l’indépendance, la ligne de partage entre les zones d’influence d’Oujda et de Nador continue à être largement matérialisée par la coupure naturelle que représente le cours inférieur de la Moulouya, et qui a été longtemps concrétisée aussi par l’existence d’une frontière « politique » entre deux zones d’occupations coloniales.

Toutefois, de part et d’autre de cette « ligne de démarcation », tenace s’inscrivent, de plus en plus dans l’espace et dans la vie socio-économique, de nouvelles zones d’influence que révèle le développement de flux de relations et de services, polarisés principalement autour de Barkane et de Taourirt, et secondairement de Zaïo et d’Al Aïoune. Cette réalité s’est déjà exprimée par la création des provinces des deux premières villes et devrait l’être bientôt par celle des deux autres.

Barkane : pôle sous-régional en puissance

En effet, entre Oujda et Nador, Barkane est en train de se tailler une zone de commandement propre, qui englobe tout aussi bien la plaine agricole des Trifa que le littoral balnéaire de Saïdia et le flanc nord du massif des Bni Znassene. Son influence s’exprimera, sans cesse davantage, non seulement à travers la diversification des fonctions d’encadrement et de service que prodigue l’Office de la Moulouya qui y élit domicile, mais aussi comme foyer industriel qui valorise la production agricole des périmètres irrigués de part et d’autre du fleuve. Le rayonnement se fera également en tant que centre de services sociaux et culturels de qualité, recherchés par les populations des campagnes et des centres urbains alentour, dont la demande devra s’accroître et se diversifier au fur et à mesure que s’amélioreront les revenus des ménages et s’élèvera le niveau d’instruction et de formation des personnes.

Les prérogatives de Barkane, en tant que centre de services, ne manqueront pas de se consolider davantage avec l’aménagement du littoral proche entre Saïdia et Ras Al Ma et le développement de l’activité balnéaire et touristique qui s’y rattache. Il y a là un élément de taille qui consolide davantage le poids du secteur nord-est de l’Oriental dans la Région mais aussi au niveau national.

L’avenir de la ville Barkane qui restera encore largement commandé par la production agricole, du moins dans la décennie qui court, se dessine de plus en plus comme foyer de relations entre Oujda et Nador, entre le littoral et les zones intérieures, en raison de sa localisation géographique particulièrement avantageuse, de la densité de population qui caractérise le territoire de plaine, et l’amélioration des voies de communication.

Ceci sera de plus en plus appuyé par une population dont le volume global dépassera les 400.000 âmes vers 2025, dont les 4/5 résideront en milieu urbain, ce qui développera ici une aire de croissance essentielle, venant souder et consolider le territoire d’Oujda à celui de Nador-Mlilia.

Zaïo : centre relais important

De l’autre côté de la Moulouya, la ville de Zaïo s’affirmera davantage comme centre d’encadrement de l’espace irrigué contigu, mais aussi comme foyer d’agro-industrie diversifiée et de centre relais entre Barkane et Oujda, d’une part, le Grand Nador et le Rif Oriental, d’autre part.

L’aménagement préconisé du massif des Kabdana, pour en faire une zone éco-touristique complémentaire du littoral balnéaire, avec le développement d’activités agricoles et artisanales appropriées, viendra conforter la ville de Zaïo et de son arrière-pays irrigué, dont la fonction de carrefour ne pourra que se concrétiser encore mieux entre les deux rives de la Moulouya, notamment avec la construction de l’autoroute et/ou la voie ferrée Oujda-Nador, et le développement des communications entre Ras Al Ma et Qariat Arekmane sur le littoral, désormais desservi par la rocade méditerranéenne, et le massif des Bni Znassene ayant alors bénéficié d’aménagements touristiques adéquats.

Taourirt : Carrefour de communication essentiel

Tout autre est la destinée de Taourirt, que sa localisation dans le grand couloir de communication Fès-Oujda, d’abord, l’ouverture de nouvelles routes vers Nador et vers Aïn Bni Mathar, ensuite, le développement économique et touristique de la Basse Moulouya et du littoral balnéaire, enfin, promeuvent en tant que plaque-tournante, distribuant les flux de transport dans toutes les directions.

Cette fonction relationnelle de base confère à Taourirt un ensemble de rôles régionaux et sous-régionaux, articulés autour de la distribution de produits d’importation provenant du port de Bni Ançar, alors relié par route et par voie ferrée, et de produits nationaux, émanant tout aussi bien de la conurbation de Nador, des périmètres irrigués de la Basse Moulouya, d’Oujda, de la zone des steppes, que du Maroc atlantique et central.

Les fonctions de commandement administratif qui sont en train de se consolider avec la création de la province et des services que cela devra progressivement induire, combinées à celles de carrefour de communications, préparent le terrain à un développement industriel certain (transformation de produits régionaux, nationaux et étrangers, dont l’acheminement est assuré ici par le développement des voies de transport) et, par conséquent, à l’installation d’une multitude d’activités tertiaires au service d’une population urbaine en accroissement rapide (plus de 150.000 personnes) et d’une population rurale dont les niveaux de revenu devront s’améliorer.

Al Aïoune : centre de services intermédiaire

Entre  les  zones  d’influence  directe d’Oujda, de  Barkane et de  Taourirt, la  ville d’Al Aïoune devra profiter de son héritage historique, de sa localisation très favorable sur de grandes voies de communication est-ouest (Oujda-Taourirt-Fès) et nord-sud (Barkane-Jrada), de son assiette foncière notable et de la permanence d’une petite élite locale, pour développer son rayon d’action à la fois dans la partie méridionale des Bni Znassene, mais surtout du côté de la chaîne des horsts au sud, comme centre de services, de collecte de produits ruraux et d’approvisionnement des campagnes. La proximité de la grande cimenterie de l’Oriental pourra aider à développer ici diverses industries du bâtiment pour le compte de toute la Région.

3.5. Les espaces en mutation rapide

Il est certain que l’essentiel des flux d’échange aura lieu dans les espaces de projets inscrits dans le quadrilatère locomoteur d’Oujda-Taourirt-Nador-Saïdia, là où se concentreront la majeure partie de la population régionale, les villes les plus peuplées et les plus dynamiques, les zones agricoles les plus productives, les activités industrielles les plus puissantes et l’activité touristique la plus diversifiée, le tout sous-tendu par un réseau routier et ferroviaire en amélioration notable et par des équipements de transport et de communication interne et externe importants, au plan local, mais aussi avec le Maroc atlantique et avec l’étranger.

Toutefois, des mutations profondes sont en train de s’opérer et le seront davantage encore dans d’autres espaces de projets, ce qui est de nature à y augmenter la production agricole et industrielle, parallèlement à la clarification de la situation foncière, en ce qui concerne le régime khalifien et le statut collectif des terres. Ces mutations se traduiront par une amélioration sensible des revenus et, donc, des niveaux de consommation et d’échange. Ceci est particulièrement visible dans le cas du Rif Oriental, notamment la plaine du Kart, d’un côté, et des steppes septentrionales, de l’autre.

Les villes du Kart : pôle urbain émergent

Concernant le Rif Oriental, la plupart des ingrédients nécessaires à un développement économique soutenu sont déjà présents, ou le seront sous peu : un volume de population élevé, une urbanisation effervescente, des revenus monétaires considérables représentés essentiellement par les transferts MRE, un mode de consommation largement influencé par la migration en Europe et un sens des affaires assez bien aiguisé. Des embryons d’industrialisation existent çà et là, notamment dans le secteur du bâtiment pour répondre à une demande intense en matériaux de construction. Les villes du Kart (Midar, Driouch, Ben Taïeb, Tafersite) sont en train de croître en tant que petite conurbation future, ce qui ne manquera pas d’alléger la pression migratoire sur Nador et ses centres satellites, et de créer là un nouveau pôle urbain, particulièrement actif, si toutefois l’aménagement réussit à :

assurer l’approvisionnement en eau nécessaire tant pour l’AEPI que pour l’irrigation ;
débloquer la situation foncière ;
réaliser les opérations d’assainissement solide et liquide indispensables ;
créer les espaces d’activité requis pour l’industrie, l’artisanat et le commerce ;
ouvrir les voies de communication pour améliorer les relations avec le reste de la montagne rifaine, la province de Taza et celle d’Al Hoceimah.

L’ensemble de ces actions d’aménagement ouvriront des perspectives prometteuses pour le développement de l’agriculture et de l’industrie locales et, du coup, pour l’intensification des flux d’échange avec les espaces de projets voisins, ainsi que pour une croissance urbaine harmonieuse.

Aïn Bni Mathar : petite métropole de contact

La situation est bien différente pour Aïn Bni Mathar, en raison de l’isolement de ce centre à l’intérieur des immensités steppiques et du faible peuplement de celles-ci. Néanmoins, cette petite ville peut diversement profiter des nombreux atouts dont elle bénéficie : localisation sur le grand axe routier des steppes, ouverture de la route vers Taourirt, passage du Gazoduc Algérie-Europe, projet de création d’une puissante centrale thermo-solaire, proximité relative des foyers économiques et de peuplement du nord, développement de la sédentarisation des nomades et de l’agriculture irriguée notamment,…

Ces facteurs favorables autoriseront Aïn Bni Mathar à devenir progressivement un pôle sous-régional, autour duquel devra se structurer la majeure partie des steppes septentrionales avec l’appui de Mrija et de Dabdou à l’ouest. Cela consolidera davantage son marché hebdomadaire et permettra de développer ici un foyer de collecte et de transformation des produits ruraux, ainsi qu’un centre d’approvisionnement et de services pour les populations en cours de sédentarisation et en quête d’un mode de consommation nouveau. Cette ville est promise aussi à jouer le rôle d’escale touristique de premier ordre, dans une localisation de contact entre le monde des steppes et du désert, au sud, et celui des montagnes, des grandes villes et du littoral, au nord.

Bouarfa : métropole des steppes méridionales

Dans la moitié sud de l’Oriental, ce sont les trois agglomérations de Bouarfa, Figuig et Bni Tajjite qui réunissent les atouts de développement les plus significatifs. La première ville bénéficie de son statut de chef-lieu de province dont l’influence administrative est incontestable sur l’ensemble des espaces du Sud. C’est par ce biais que Bouarfa conserve et conservera longtemps encore son rayonnement sous-régional le plus tangible. Cette fonction administrative conditionne largement le rôle que cette ville peut avoir au niveau des activités de commerce (souk) et des services socio-éducatifs.

Bni Tajjitte : centre de commandement du Haut Atlas Oriental

Toutefois, le Haut Atlas Oriental échappe pratiquement à l’influence de Bouarfa dans la plupart des domaines, en raison de ses liens éthno-historiques et de ses rapports commerciaux avec le Tafilalt et la Haute Moulouya. L’amélioration des communications routières dans ces directions positionne Bni Tajjite en situation de centre local de plus en plus important, lui assurant un rayonnement progressivement étendu sur l’ensemble du Haut Atlas Oriental et des oasis sub-atlassiques, jouant ainsi le rôle de point de liaison entre l’Oriental et le Maroc centre atlantique, favorisé par l’ouverture de la route vers Missour ainsi que l’amélioration attendue de celle-ci vers Arrachidia.

Quant aux petites oasis nichées au pied de l’Atlas, elles ne pourront connaître une certaine vivification de leurs activités qu’au prix d’aménagements hydrauliques consistants permettant d’y étendre la superficie cultivée (barrage de Khang Lagrou) et d’y maintenir un volume de population appréciable, d’une part, et du développement d’un itinéraire touristique joignant le Tafilalt à Figuig et, plus loin, au Touat, d’autre part.

Figuig : Cité-oasis patrimoniale de premier ordre

Néanmoins, c’est Figuig justement qui pourra être le grand bénéficiaire de cette activité touristique saharienne, tributaire en bonne partie de l’ouverture de la frontière du côté de Bni Ounif et, de là, vers le Sahara algérien.

La localisation actuellement très périphérique de Figuig, en cul-de-sac, condamne la cité-oasis à un isolement prononcé, difficile à alléger dans une situation de fermeture durable de la frontière. Mais cela  ne devra pas empêcher le développement de relations plus intenses avec les autres parties de la Région de l’Oriental, si toutefois des aménagements hydrauliques, fonciers et urbains d’envergure sont entrepris pour sauvegarder la palmeraie, améliorer les rendements agricoles, développer les activités de transformation (petite industrie, artisanat) et de services, relancer le tourisme, réhabiliter les qsour et maîtriser la croissance urbaine.

Tout ceci devra s’accompagner d’une réelle politique de création de l’emploi afin de juguler l’hémorragie migratoire qui frappe la cité-oasis, en général, et sa population la plus qualifiée, en particulier.

3.6. Les petits centres urbains et les noyaux émergents

L’Oriental se caractérise par un taux et un rythme d’urbanisation nettement plus élevé que la moyenne nationale. Pourtant, le nombre de centres urbains d’une certaine taille (plus de 10.000 habitants) y est particulièrement réduit. Les projections démographiques, au vu de la croissance économique attendue et du développement socio-culturel souhaité, préconisent un volume de population urbaine de l’ordre de 2 millions de personnes, ce qui devra représenter au moins les 4/5 de l’ensemble des résidents de la Région à l’issue des deux prochaines décennies.

L’intensification de l’urbanisation portera, sans doute, sur l’accroissement de la population des villes actuelles, mais sera due également à l’émergence d’un bon nombre de petits centres abritant chacun quelques milliers d’âmes.

Ce phénomène «d’émergence urbaine» concernera en premier lieu les zones ayant une densité de population rurale élevée. C’est le cas principalement du Rif Oriental, de la Basse Moulouya et, secondairement, du piémont de la Chaîne des Horsts, alors qu’il restera globalement limité à travers les Hauts Plateaux et l’Atlas Oriental, où les densités rurales sont très faibles et où l’essentiel de la population est déjà aggloméré dans les centres existants, tous d’ailleurs d’envergure plus ou moins réduite.

Dans le processus d’aménagement que devra connaître l’Oriental, les petits centres actuels et les centres émergents sont appelés à jouer un rôle important dans le développement du monde rural en tant que point de collecte, d’approvisionnement, d’encadrement et de prestation de services élémentaires, mais aussi comme foyer d’emploi dans les activités extra-agricoles pour justement soutenir l’agriculture et l’élevage.

Néanmoins, cela reste tributaire d’une initiative publique hautement décisive, à savoir la clarification et le règlement de l’épineuse et l’inextricable question foncière qui s’impose dans l’Oriental comme obstacle de taille face au développement des campagnes et à la croissance harmonieuse des villes. C’est que l’extension du régime khalifien dans le Rif Oriental, et celle du statut collectif dans la quasi-totalité de la zone se trouvant au sud du couloir Taza-Oujda, n’encouragent guère à entreprendre les aménagements agricoles et pastoraux indispensables pour,  justement, intensifier la production.

De fait, l’impossibilité opposée ainsi aux ménages de disposer de documents de propriété inattaquables, empêche ces mêmes ménages de procéder aux aménagements requis et encore moins d’accéder à toute forme de crédit formel et, donc, d’acquérir les moyens financiers pour opérer les améliorations nécessaires à accroître la production et, partant, les revenus.

Cette situation de blocage entraîne également la fermeture de fait des campagnes devant l’investissement des capitaux urbains qui se trouvent ainsi contraints soit de s’orienter vers le secteur spéculatif ou ostentatoire de l’immobilier, ou vers les multiples activités, certes rentables, mais risquées du commerce parallèle, soit de s’exiler vers d’autres régions où la fructification de ces capitaux semble mieux assurée.

Cela se traduit également par un formidable manque à gagner, suite aux désinvestissements opérés par de nombreux MRE qui préfèrent, de plus en plus, faire fructifier leur épargne, parfois consistante, dans leurs pays européens d’accueil respectifs où les générations nées de la migration entendent, en majorité, faire leur avenir.

Ainsi, l’état inhibant où se trouve actuellement le foncier rural et qui le laisse pratiquement fermé pour le capital urbain, empêche les villes de l’Oriental de se constituer une assiette foncière consistante à l’instar de la plupart des villes du Maroc atlantique, avec tout ce que ceci implique comme apport d’investissement dans le monde rural et, du coup, comme transformations profondes des systèmes de production et de modes de vie locaux.

De la sorte, le déblocage de la situation foncière peut se révéler être l’une des clés essentielles du développement du monde rural, avec tout ce que cela peut induire comme intensification et diversification de la production agro-pastorale, l’accroissement des revenus, l’amélioration du niveau de vie, la multiplication d’activités de commerce et de services et l’augmentation des échanges. Ces mutations devront se traduire par une transformation totale des rapports villes-campagnes une meilleure rétention des populations en milieu rural, la consolidation de la base économique des petits centres actuels et l’émergence de nouveaux noyaux, appuyant par là l’armature urbaine de la Région et, donc, son meilleur encadrement et sa valorisation optimale.

L’aménagement des petits centres constitue indéniablement l’une des clés de voûte du développement rural et l’une des pièces maîtresses du développement de l’ensemble de la Région. Cela va, bien entendu, au-delà de l’indispensable réforme foncière, pour englober également l’amélioration de l’équipement de ces centres en services de base sur les plans social, culturel et administratif, sans négliger la dotation de ces organismes en structures de production diversifiées et de communication adéquates.

4. L’agencement territorial

4.1. La notion de « priorité territoriale »

Dans ce dernier volet, qui traite de l’agencement des espaces de projets et des synergies territoriales qui doivent se développer entre eux, l’analyse porte sur la nécessité d’établir un ordonnancement fonctionnel des actions d’aménagement qui intéresseront les différentes composantes de l’espace régional, et cela selon une stratégie globale certes, mais qui respecte une certaine priorité dans la mise en œuvre des projets de développement.

Si cet ordonnancement des actions oblige à établir un ordre de priorité, il ne faut nullement sous-entendre par là qu’il existe une « priorité territoriale » privilégiant automatiquement l’une ou l’autre portion du territoire régional, mais seulement l’obligation, imposée par la nature des moyens disponibles, de procéder à l’action en respectant un certain ordre d’importance ou de phasage dans les initiatives publiques et privées, les orientant dans leur décision d’engager telle opération d’aménagement ou tel projet de développement.

En fait, la notion de « priorité territoriale », telle que nous l’envisageons ici, signifie qu’il existe une hiérarchie dans la nature des actions à entreprendre en fonction des espaces de projets ciblés, dans la mesure où chaque espace de projet se caractérise par des potentialités propres qui l’habilitent à remplir des fonctions spécifiques dans le contexte régional, voire même national.

Pour se faire, un travail de mise en concordance entre les différents espaces de projets a été entrepris pour appréhender l’intensité de l’impact que le développement de chacun de ces espaces pourra avoir sur tous les autres, au cours de la période du SDAR. Cette opération d’inter-influence a permis de ventiler les vingt espaces de projets, dont se compose la Région de l’Oriental en quatre grandes catégories ayant chacune des fonctions dominantes au sein de la pyramide territoriale régionale : les espaces tracteurs, les espaces multiplicateurs, les espaces dynamisants et les espaces d’appui.

4.2. Les espaces tracteurs

Nous trouvons ici évidemment les deux plus grandes agglomérations urbaines de la Région, Oujda et le Grand Nador, dont le rôle de leader économique est incontestable. C’est par la consolidation du développement de ces deux grands foyers démographiques, économiques et socio-culturels que l’Oriental pourra réaliser son propre décollage, réussir sa mise à niveau économique et pouvoir s’imposer comme espace compétitif au niveau national, voire même maghrébin et méditerranéen. Espaces locomotives par excellence, Oujda et Nador se trouvent investis ainsi du rôle primordial qui est celui de tracter l’ensemble de la Région afin de l’insérer favorablement dans le nouveau contexte international.

Tout retard dans l’amélioration des conditions de vie de la population et dans l’assainissement de l’environnement économique de ces deux grandes villes, ne pourra qu’avoir des répercussions fâcheuses sur l’ensemble du territoire régional, puisqu’il s’agit là des deux piliers essentiels de tout l’édifice régional.

4.3. Les espaces multiplicateurs

Trois espaces de projets appartiennent à cette catégorie : la Basse Moulouya, articulée autour de Barkane et de Zaïo ; le littoral balnéaire de Saïdia à Ras Al Ma ; et le Bassin de Taourirt, carrefour de communication de plus en plus important. Chacune de ces entités devra remplir une fonction particulière, agricole et agro-industrielle pour la première, touristique et récréative pour la seconde, relationnelle et industrielle pour la troisième.

Etant donné leur localisation dans la partie nord de la Région, vu le dynamisme actuel qu’ils présentent et les potentialités qu’ils recèlent, ces trois espaces s’imposeront, de plus en plus, comme espaces moteurs de deuxième ordre, introduisant un effet multiplicateur de plus en plus important dans le mouvement de traction opéré par Oujda et Nador, et en synergie avec ces deux pôles majeurs.

4.4. Les espaces dynamisants

Six entités territoriales s’individualisent à ce niveau. Il s’agit des espaces de projets qui enveloppent l’axe urbano-économique principal qui s’étend d’Oujda à Nador-Mlilia, le jouxtant des côtés Sud et Est, tout en colmatant les discontinuités actuelles entre les grands pôles urbains inscrits dans le triangle Oujda-Nador-Taourirt. Nous trouvons là les espaces de Midar-Driouch, Dar Kabdani, Al Aïoune, Gafaït-Tanecharfi, Jrada et Aïn Bni Mathar, en plus également du massif des Kabdana. Dans la plupart de ces espaces, les transformations économiques en cours augurent d’un avenir satisfaisant, mais qui reste tributaire d’actions d’aménagement structurantes, de nature à y favoriser le développement économique requis.

Autant les deux premiers espaces viendront dynamiser la croissance générée par la conurbation de Nador, autant les quatre derniers viendront conforter le pôle principal d’Oujda et celui de Barkane, tout en consolidant la croissance du littoral balnéaire de Saïdia-Ras Al Ma.

4.5. Les espaces d’appui

Nous trouvons là les sept espaces de projets restants, à savoir ceux de Boudinar-Tamsamane, Aïn Zohra-Hassi Barkane, Dabdou, Bouarfa-Tandrara, Figuig, Talsint-Bni Tajjite et Bouanane-Aïn Chouatere. Il s’agit d’espaces ayant une localisation  périphérique par rapport au centre de gravité économique et démographique et aux points névralgiques de la Région, du fait de leur éloignement excessif et/ou de leur caractère montagneux.

Des actions d’aménagement spécifiques sont nécessaires pour la consolidation du potentiel productif de ces espaces, mais surtout pour la sauvegarde de leur environnement et la rétention de leur population, afin d’en faire des aires d’appui au niveau du développement régional et leur permettre de souder convenablement l’Oriental aux autres régions limitrophes qui appellent, évidemment aussi, des actions d’aménagement dans le sens, pour mieux articuler l’aile orientale du Maroc à ses zones centrales et atlantiques.

5. Les vocations des territoires

Cet agencement pyramidal du territoire régional, sur des bases fonctionnelles, répondant à des préoccupations d’ordre essentiellement économique et, donc, de compétitivité, doit être doublé d’une vision aménagiste beaucoup plus compréhensive, dont l’objectif est de parvenir à un développement plus équitable et durable. Dans ce sens, l’analyse des « vocations » des différents espaces de projets aboutit à leur éclatement en trois groupes :

Þ    Les espaces de projets à dominante économique, c’est-à-dire ceux dont la vocation est essentiellement celle de produire. C’est le cas des agglomérations urbaine d’Oujda et du Grand Nador, du couloir de Taourirt et d’Al Aïoune, des périmètres irrigués de la Basse Moulouya et enfin de la plaine du Kart. Cela représente une zone continue, prenant la forme d’un fer à cheval allant de Taourirt à Midar, en passant par Oujda, Barkane et Nador. Cela correspond, bien entendu, aux espaces les mieux dotés, tant au point de vue hydrique (irrigation), qu’aux plans urbain (grandes agglomérations) et relationnel (plaines et couloirs).

Þ    Les espaces de projets à dominante écologique. Dans ce groupe, rentrent toute la zone des steppes du sud et les montagnes de Dabdou, Bni Bou Zaggou, Bni Znassene, Kabdana et Haut Atlas Oriental. Dans tous ces espaces, le facteur naturel est largement dominant souvent même pesant, qu’il soit climatique, se manifestant par l’aridité  plus ou moins accusée (Hauts Plateaux et Haut Atlas Oriental) ou topographique, se traduisant par le caractère montagneux de l’espace concerné. Ces entités territoriales tirent leur importance moins de leur capacité productive que du rôle qu’elles jouent au niveau écologique, soit comme glacis de protection contre l’avancée du désert (steppes et montagne du sud), soit comme réservoir d’eau et de forêt (montagne).

Þ    Les espaces de projets à caractère économico-écologique. Deux entités spatiales particulières figurent dans cette catégorie, appartenant à la zone littorale ou sub-littorale de la Région : le Rif Oriental, d’un côté, le littoral balnéaire et touristique, allant de Qariat Arekmane à Saïdia, de l’autre. Dans l’un comme dans l’autre cas, il s’agit, bien sûr, d’espaces de projets ayant une importance économique de premier ordre, mais vu les caractéristiques naturelles particulières, la dimension environnementale y demeure fondamentale.

6. Les missions incontournables

Au total, la stratégie élaborée dans le Rapport de Prospective et les projets décrits dans le présent rapport, constituent un tableau de bord pour les responsables locaux, régionaux et nationaux, ainsi que pour l’initiative privée, en matière de croissance économique et de développement socio-culturel. Les propositions et recommandations formulées, ainsi que les projets identifiés et présentés dans ce cadre, constituent le canevas d’aménagement et de développement de cette Région. Leur mise en œuvre nécessite une mobilisation méthodique, organisée et continue, des potentialités et des ressources de tous ordres, afin de mener les actions indispensables que  requiert le développement de cette Région et dont la mise en œuvre revient aux instances locales, régionales et nationales dans leurs différentes composantes.

Les typologies et les hiérarchies proposées devraient aider à formuler concrètement les projets afin de les présenter aux décideurs et aux bailleurs de fonds, tout en mettant en relief des indicateurs objectivement vérifiables de suivi et d’évaluation des résultats attendus desdits projets.

Néanmoins, le lancement et la réalisation de ces projets restent étroitement tributaires d’un certain nombre de conditions fondamentales préalables, dont il faut souligner :

la nécessité de lever les obstacles majeurs d’ordres institutionnel (foncier notamment), technique (eau, assainissement, infrastructures…) et administratif (gestion diligente et efficiente de la chose publique…) qui pèsent de tout leur poids sur le développement régional ;

l’opérationnalisation du processus de régionalisation et ce, en dotant les instances régionales élues (décentralisation) ou déconcentrées (services extérieurs) des moyens humains, matériels et financiers nécessaires, pour leur permettre d’exercer les prérogatives qui leur reviennent, et asseoir les conditions de bonne gouvernance ;

la motivation et la mobilisation du secteur privé pour qu’il adhère au processus de développement et d’aménagement, qu’il prenne part activement à sa mise en œuvre et de faire preuve, ainsi, d’un comportement citoyen, patriotique et responsable ;

la sensibilisation des populations à l’effort indispensable qu’elles doivent déployer pour réaliser la mise à niveau de leur douar, de leur quartier, de leur commune, de leur province, de leur région et de leur pays.

Il est, par ailleurs, largement démontré que la réussite de toute stratégie de développement ne pourrait donner des résultats tangibles que si les ressources humaines reçoivent la formation adéquate et la motivation souhaitée, pour s’impliquer et accompagner efficacement cette entreprise d’envergure.

Il convient, enfin, d’œuvrer pour inscrire l’Oriental dans son contexte supra-régional, à la fois maghrébin et méditerranéen, dicté par les données de la Géographie et de l’Histoire, mais aussi par des intérêts géopolitiques et économiques mutuellement bien compris.

Ce sont là, les conditions à réunir pour assurer à cette Région toutes les chances de développement durable, vers lequel doit tendre la réalisation des recommandations et des projets prescrits dans le cadre du présent SDAR.

ANNEXE

PLANNING ET SYNERGIES TERRITORIALES

Priorités :

A : Espaces de lutte contre l’avancée du désert et la sécheresse
A1. Figuig
A2. Bouarfa Tandrara
A3. Bouanane-Aïn Chouatere
A4.Talsint-Bni Tajjite

B : Espaces moteurs/ locomotives à consolider (effets multiplicateurs)
B1. Zone Urbaine d’Oujda
B2. Conurbation de Nador-Mlilia
B3. Barkane-Zaïo

C : Espaces en déclin à sauver
C1. Jrada
C2. Dabdou
C3. Boudinar-Tamsamane
C4. Gafaït-Tanecharfi
C5. Massif des Kabdana

D : Espaces en développement à atouts et potentialités endogènes à encourager
D1. Dar Kabdani
D2. Saïdia-Ras Al Ma
D3. Tafoughalt
D4. Aïn Bni Mathar-Mrija
D5. Driouh-Midar

E : Espaces de projets à fonctions établies à confirmer dans leurs fonctions
E1. Aïn Zohra-Hassi Barkane
E2. Bassin de Taourirt

E3. Bassin d’Al Aïoune

 
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