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FIGUIG : L’espace de projets de Bouanane-Aïn Chouatere

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L’espace de projets de Bouanane-Aïn Chouatere

1. Les grands problèmes dominants

Les oasis subatlassiques représentent l’espace de projets le moins peuplé et le moins bien doté au sein de la Région de l’Oriental, puisqu’il correspond à un territoire saharien dont les ressources naturelles sont particulièrement limitées d’une part, et du fait qu’il se trouve dans une localisation extrême-frontalière, bloquée entre le massif montagneux de Talsint–Bni Tajjite et les immensités désertiques qui s’étendent de l’autre côté de la « frontière » algéro-marocaine, d’autre part.

Son intérêt principal est de constituer une zone de transit entre Bouarfa et Figuig à l’est, et le Tafilalt à l’ouest. L’ouverture de la route joignant Bouanane à Missour en augmente cette fonction d’espace relais dont le rôle géostratégique est indéniable ; ce qui devrait lui conférer à la fois de l’attention et du suivi dans l’action.

Sur le plan administratif, cette entité est composée des deux communes rurales de Aïn Chouatere et de Bouanane, cette dernière comptant, en son sein, le petit centre de même nom.

Le caractère hyperaride du milieu naturel exclut ici toute forme d’agriculture non irriguée, exception faite de maigres cultures occasionnelles de céréales et de quelques produits maraîchers que les éleveurs improvisent à la faveur d’épandages survenus au moment des crues.

Ainsi, d’immenses espaces de pastoralisme sont localement mais rarement ponctués par de petites oasis dont les plus importantes sont Aïn Chaïr, Bouanane et Aïn Chouatere. Le tout représente seulement quelques centaines d’hectares au sein d’un espace immense et désertique qui s’étend sur près de 13.000 km².

Cette hyperaridité est doublée d’une continentalité accentuée entraînant des amplitudes thermiques très fortes et une évapo-transpiration intense, ce qui diminue  beaucoup de l’importance des rares réserves hydriques locales et ne permet guère l’existence de parcours intéressants.

De plus, l’essentiel du capital hydrique, initialement fort réduit, se perd dans le désert ne profitant que très partiellement à l’économie locale, et ce en raison de l’absence d’ouvrages de retenue d’eau, d’où l’intérêt grandissant de concrétiser le projet de construction d’un barrage à Khang Lagrou.

Le système de production dans ces oasis demeure archaïque, en raison de contraintes à la fois foncières et hydriques. Les structures foncières dans les oasis se caractérisent, du reste, par un très grand morcellement et par un système d’organisation de l’irrigation ingénieux certes, mais peu performant. Basé sur un système de seguias traditionnelles, il occasionne la perte de grandes quantités d’eau particulièrement précieuses dans ce milieu désertique.

La faible mobilisation des ressources en eau, aussi bien superficielles que souterraines, constitue une contrainte majeure à la programmation d’actions de développement que ce soit par intensification de l’agriculture et/ou par extension du terroir cultivé.

L’ensemble de ces déficits n’est guère compensé par l’existence de centres urbains qui abritent des activités extra-agricoles susceptibles d’offrir de l’emploi ou des services. Les rares centres de cet espace sont beaucoup plus des bourgades à caractère rural avec, pour Bouanane et Aïn Chouatere notamment, une fonction de garnison militaire, vu la localisation frontalière sensible.

La grande faiblesse du peuplement constitue également un facteur fort limitant au développement, d’autant plus que la majeure partie des habitants pratiquent le nomadisme, ce qui complique leur dotation en services socio-collectifs de base. L’effectif total de la population actuelle se situe autour de 12.000 âmes, c’est-à-dire moins d’un habitant au  km².

2. Perspectives démographiques

Sur la base de l’évolution démographique passée, caractérisée par une très légère augmentation des effectifs, d’un côté, et des possibilités, somme toute, fort limitées de production pastorale et agricole, de l’autre, les perspectives démographiques n’autorisent guère à porter la population de cet espace au-delà de 15.000 âmes à l’horizon 2025. Le changement le plus significatif à cet égard sera, sans doute, la diminution de la population rurale et l’accroissement consécutif de celle des centres urbains dont le rôle primordial résidera dans l’encadrement administratif et la prestation de services de base.

Evolution récente de la population

 
Entités    1971    1982    1994      
C.R.Aïn Chouatere    1449    1277    1332      
C.R.Bouanane    8113    7455    8075      
Population rurale    9562    8732    9407      
Centre urbain de Bouanane    1098    1839    2488      
Population totale    10.660    10.571    11.892      
Taux d’urbanisation (%)    10    17    21     
Source: RGPH

Ainsi, l’accroissement de la population locale devra rester dans les limites de 25% au maximum, vers 2025, entraînant une inversion des parts de populations pastorale et urbaine, cette dernière devant constituer plus de la moitié du total contre le quart actuellement.

Perspectives démographiques par milieu de résidence
entre 2000 et 2025

 
Milieu    2005    2010    2015    2020    2025      
Urbain
Rural    3.500
9.000    4.500
8.500    6.000
8.000    7.000
7.500    8.000
7.000      
Total    12.500    13.000    14.000    14.500    15.000      
Taux d’urbanisation %    28    35    43    48    53     
Source: Elaboration Edesa

3. Actions et projets de développement

 

3.1. Les besoins en eau

L’augmentation attendue de la population des centres urbains nécessitera la mobilisation de volumes d’eau appréciables dans ce milieu aride, pour en assurer l’approvisionnement en eau potable en premier lieu.

Les besoins estimés dans ce domaine pour satisfaire cette demande sont de l’ordre de 130.000 m3 / an en 2005, 165.000 en 2010 et plus de 275.000 m3 en 2025, ceci sur la base d’une dotation individuelle moyenne d’une centaine de litres / jour.

Des projets d’alimentation en eau potable devront concerner les localités de cet espace, à l’instar de celui programmé au centre de Bouanane. Les travaux de ce projet ont débuté en avril 2002 et devaient s’achever à la fin la même année. Ils consistent à mettre en place des conduites d’adduction sur une longueur de 14 km et l’équipement d’un forage pour débiter 5 l/s.

Quant aux besoins en eau d’irrigation, bien plus  importants, ils devront être satisfaits par la multiplication des ouvrages de retenues des eaux de pluie et de ruissellement, d’une part, et la recherche d’eaux souterraines, d’autre part.

L’essentiel de l’effort aura à porter sur le domptage des eaux dans les lits des oueds Bouanane et Ghir. Une étude technique de faisabilité est à mener pour déterminer la nature des ouvrages requis, leurs caractéristiques techniques et leurs coûts. Pour l’instant, la construction d’un seul grand projet se profite à l’horizon, celui du barrage de Khang Lagrou sur l’oued Bouanane amont. Les caractéristiques techniques de ce projet restent à définir , ainsi que le budget de sa réalisation. Celle-ci devra entraîner des transformations profondes dans la zone.

Parallèlement, le développement des cultures irriguées implique l’introduction de variétés productives à caractère commercial, et  la pratique de cultures fourragères pour appuyer l’élevage. Ce dernier nécessite également le renforcement des programmes de santé animale et des services vétérinaires.

Il faut insister ici sur le fait que la promotion de l’agriculture rentable, qui repose, bien évidemment, sur la disponibilité de l’eau d’irrigation, nécessite également une assistance de l’Etat en matière d’encadrement et d’appui technique pour les agriculteurs. L’expérience menée par de jeunes promoteurs qui ont eu pour exploitation des lots de terre près de Bouanane, cédés par la collectivité, afin d’y développer des plantations de palmiers, en 1995, a globalement débouché sur un échec en raison des difficultés financières rencontrées par ces jeunes exploitants qui ont déployé de gros efforts pendant près de cinq années.

3.2. Les équipements sociaux

En matière d’enseignement, il est nécessaire d’améliorer l’état des établissements existants et de construire un lycée à Bouanane.

Au niveau de l’équipement de santé, des améliorations similaires sont à apporter, en plus des formations sanitaires ambulantes à mettre en place pour le compte des pasteurs.

3.3. L’habitat, l’urbanisme et les activités économiques

Concernant les centres de Bouanane, Aïn Chaïr et Aïn Chouatere, la nécessité se fait sentir de plus en plus pour les doter de plans d’aménagement pour en organiser la croissance et les préparer aux éventuels  changements que  pourrait introduire le développement de l’activité touristique sur le grand axe routier que représente la Nationale 10, joignant le Tafilalt à Figuig, via Bouarfa. Dans le même sens, il est préconisé de mener des améliorations et d’élargir la route régionale 601 reliant Bouanane à Missour.

Ainsi, les localités de Bouanane et Aïn Chaïr pourront jouer le rôle de relais routiers et profiter du transit des visiteurs et voyageurs  à travers la zone. Ces deux localités pourront aussi justifier l’installation de petites zones d’activité polyvalentes pour abriter  des unités artisanales, de conditionnement de produits de l’agriculture, notamment les dattes, et de l’élevage, ainsi que pour assurer la prestation de services de base.

Sur le plan touristique, l’atout majeur de cet espace est de se trouver sur le chemin de deux hauts-lieux du tourisme national, l’un effectif, le Tafilalt, l’autre potentiel, Figuig, d’un côté, et à proximité du Haut Atlas, de l’autre. Par ailleurs, il dispose de son propre potentiel que représentent les oasis locales, ainsi que des possibilités de rayonner dans la montagne proche, riches en paysages pittoresques. L’aménagement des qsour et des palmeraies requiert une attention soutenue. Il en est de même de l’activité pastorale où l’élevage camelin peut trouver un nouveau souffle, à l’instar de ce qui se passe dans le Sahara central et occidental.

En somme, pour cet espace de projet, le facteur hydrique demeure et demeurera toujours l’élément fondamental pour son développement. Or, les ressources en eau ne sont pas négligeables et le problème réside dans l’insuffisance et les lacunes qui caractérisent leur mobilisation dans des conditions convenables, au profit de l’activité pastorale, de l’agriculture, du tourisme et du développement urbain. Dans ce domaine vital, tout projet de développement restera un vœu pieux, sans l’action volontaire de la puissance publique en faveur d’une zone à la fois frontalière, éloignée et défavorisée par la nature, mais qui fait partie intégrante du territoire national.

 
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