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Un petit ménage pour recevoir monsieur le ministre

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Ce matin 26 mars 2019 se caractérise par un remue ménage inaccoutumé tout près de chez moi. Il y avait une foule de cheikhs qui semblait s’être donné rendez vous pour orchestrer ou suivre un événement (encore une corvée !) que le quartier El Fath n’avait pas l’habitude de vivre. Et comment un quartier aussi calme et aussi insignifiant par la platitude et l’ennui qui l’enveloppent peut-il être l’objet d’un événement qui avait mobilisé tant de responsables, de figurants et de simples badauds que la curiosité avait parachutés en ce lieu où rien ne se passait? Dés 8 heures du matin, la place grouillait de messieurs en costumes noirs et cravates flottantes, l’air important et la mine autoritaire. Ils allaient et venaient, sortaient de leurs voitures ou y entraient, donnaient des instructions ou des directives, s’activaient, se démenaient, allaient au pas, couraient.

La matinée a commencé par l’arrivée sur le lieu d’une équipe d’éboueurs. Fagotés dans leurs gilets jaunes et armés de balais, ils mettaient un peu de propreté dans ce lieu d’ordinaire négligé et peu entretenu. Tantôt ils arrachaient des touffes d’herbes sauvages qui s’étaient évertuées à pousser à la base du trottoir, tantôt ils ramassaient des bouteilles en plastique, des pots de yaourt ou des sachets en plastique pour les enfouir dans un gros sac en polyéthylène vert. Ils étaient à pied d’œuvre et cela se remarquait à l’allure avec laquelle ils s’acquittaient de leur travail. Le container à ordures ménagères avait disparu avec sa charge d’ordures pour reparaître le soir à la tombée de la nuit. Il était crasseux aussi bien de l’intérieur que de l’extérieur. Le gravier qui tapisse l’entrée du dispensaire est généreusement inondé au tuyau. Une odeur de terre mouillée embaumait ce lieu poussiéreux. Une impression de pluie s’en est suivie. Les trottoirs ont été grossièrement badigeonnés de lait de chaux. De minces filets blancs, à peine plus grands que le passage d’une limace par un jour de pluie, pâlissaient la face horizontale du trottoir, laissant dégouliner des trainées de gouttes le long de l’autre face. Des femmes de peine, torchons et serpillières en mains, s’activaient à faire le ménage à l’intérieur.

A mesure que le temps passait, les curieux affluaient autour du dispensaire. Ils étaient rares : en pareilles circonstances, ils devaient être plus nombreux à se bousculer des coudes. Contrairement à l’usage, il n’y avait ni arfa ni chyoukh. Les voitures frappées à l’M rouge devenaient de plus en plus nombreuses et les responsables de second rang apparaissaient. L’attente devenait longue et ennuyeuse. La fatigue se lisait sur les visages des premiers arrivés qui s’alignaient le dos contre le mur, livides et stupides.

L’heure de la visite approchait. Cela se remarquait à l’arrivée d’autres responsables qui paraissaient à leur aise dans les voitures de l’Etat qu’ils chevauchaient. Les assistants se sont arrangés en dents de peigne pour accueillir le visiteur tant attendu.

Il était 15 heures quand il est enfin arrivé. Il est entré dans le dispensaire et en est sorti un quart d’heure après. C’était suffisant pour une inauguration d’un dispensaire en service depuis bientôt six mois.

Monsieur le ministre de la santé est parti et le container à ordures ménagères, revêtu de plusieurs couches de crasse, a retrouvé sa place habituelle où il avait l’habitude de nous envoyer aux narines ce qu’il a de plus nauséabond. Rien n’a donc été négligé pour éviter à monsieur le ministre de voir ce que nous avons la coutume de voir.

Zaid Tayeb

 
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