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TAOURIRT : DU MARCHÉ COUVERT AU SOUK DÉCOUVERT

Alem Mohamed

LE MARCHÉ COUVERT
De cet espace qui se trouvait au centre du village, je garde toujours une belle image. Cet ancien marché, était réservé pour le commerce des légumes et fruits, de la boucherie, de la triperie et parfois la poissonnerie…
j’aimais le côté potager, pour sa fraîcheur, et je sens encore ce mélange de senteurs, qui émanait des légumes et fruits de toutes sortes et toutes les couleurs, et surtout celle de la menthe, légère et enivrante… Je vois toujours Sassi, Lachâal, ou Labzioui… qui sur leur etals, exposaient leur produits. Et je vois encore mon grand-père, haj Benyamna ou haj Belkhir, qui avaient dans ce marché leur mot à dire…
…Le côté triperie était plutôt répugnant, pour nous encore enfants. Quelques désagréables exhalaisons, attiraient mouches et taons, ainsi que chiens et chats, dont ceux de la segnora Clara, qui journellement se régalaient d’abats…
À l’entrée Ouest, on trouvait la fontaine à eau étonnamment douce, qui provenait disait-on d’une lointaine source. Et que du côté opposé, on était sur la place du marché. Les kiosques qui y faisaient pignon sur rue, vendaient des friandises et des jouets… Les jours de fêtes, cette esplanade pullulait de gamins, qui avaient les poches bien pleins…
On y organisait aussi les halkas (spectateurs groupés en cercle), où opéraient, les Ouled sidi Ahmed Omoussa, les souples acrobates, et le fameux motocycliste s’aventurant sur sa moto malgré son handicap, ainsi que ses enfants accrochés à ses flancs. Je me souviens encore des combats de boxe, dont les volontaires étaient les acteurs et dont Hassan le boxeur, était un chevronné animateur…
Là aussi opérait le fameux prestidigitateur…et plus amusant aussi le singe et son dresseur…
…Le soir, quand la nuit tombait, les portails du marché étaient fermés. Il n’ y avait alors, ni légumes ni halkas, mais il y avait notre ami M’birika, qu’on appelait aussi Bourkabi. C’était, le vieux veilleur de nuit, a qui on tenait compagnie quand il faisait sa tournée… Étant gamins ,nous aimions le taquiner, et lui ça l’aidait à rester éveillé. Et quand on cessait de le provoquer, c’était lui qui nous attaquait, et tout en nous poursuivant il nous insultait.

LE SOUK HEBDOMADAIRE
Déjà à la veille de ce bruyant rendez-vous, on commençait à affluer de partout. On voyait surtout des paysans, coiffés de gros turbans, endossant de longs et larges burnous, et chaussés de sandales ou de babouches…
les cafés traditionnels, qui autrefois, étaient leur auberges ou hôtels, et dont les salles collectives tapissées de larges nattes en halfa étaient leurs dortoirs, alors qu’en été, il y en a qui dormaient à même les trottoirs…

Le dimanche matin, on ne reconnaissait plus le patelin. Il y avait plein de charettes, tracteurs et camions. même la place du monument, notre espace de jeu dans le temps, grouillait de gens. Et tant que Ce remue ménage hebdomadaire, faisait le bonheur de nos élus et des hommes d’affaires, on ne pouvait rien faire …
Dans ce souk de la périphérie, qui n’ était ni propre ni bien entretenu, tout s’ y vendait, des légumes et fruits aux produits de quincaillerie, en passant par l’âttar et friperie… et Tout y était, comme dans une époque révolue : les commerçants y étaient occasionnels, et les artisans traditionnels. Parmi eux, il y avait le hajjam , qui en plus de la saignée et de la circoncision, faisait fonction de hallak, appelé Aujourd’hui coiffeur. Il y avait aussi le soudeur, muni de son chalumeau et de son fer à souder, et parfois, braséro et soufflet. Avec ce petit matériel de fortune, il réparait les ustensiles de cuisine. Il y avait aussi le vieux cordonnier, qui équipé de son alène, sa colle et son tablier retapait sandales et souliers… Mieux que ça, il y avait le dentiste qui en guise de publicité, étalait un gros tas de dents anciennement arrachées, à l’aide d’un davier rouillé. Il y avait aussi le vendeur d’insecticides et de raticides, grand tapageur avec haut-parleur, qui parfois devenait barrah ou crieur, lorsque quelqu’un à perdu son porte-monnaie ou lorsqu’un enfant était égaré …

Dans le côté bétail, qui avait son propre portail, on y vendait aussi du foin et de la paille. Ici les beuglements des bovins, ainsi que bêlements des ovins, se mêlaient au brouhaha humain. Et dans cette ambiance roturière, de mauvaises odeurs et de poussières, en négoce, la malice du paysan l’emportait sur l’arrogance du citadin. Et si ce dernier sort indemne de ce pétrin, il ne sortira pas tout à fait sauf et sain, de ce sale et bestial terrain, où la bouse était est mélangée au foin, la paille mêlée au crottin, et où tout était imbibé de la pisse d’ovins et de bovins …
… dans ce souk, il y avait Toutes sortes de visiteurs, des marchands vendeurs aux clients acheteurs, en passant par des escrocs et des magouilleurs. Et ceux qui n’étaient ni de ceux-ci ni de ceux-là, avaient le don d’organiser des halkas. Parmi eux, il y avait les chioukhs, conteurs d’histoires de mille et une nuit, ou de la vie du prophète et de ses amis les sahabas, racontées au rythme du gallal* et de gasba*. Mais il y’ avait aussi des charlatans menteurs, et toute sorte d’imposteurs; l’majdoub ou devin, qui parlait si bien… Et le soit disant fkih, les jambes croisées sous sa jellaba, dont le capuchon dissimulait sa tête, et à moitié son visage, était assis dans un coin comme un sage, et dans sa main, sa plume en osier qu’ il imbibait dans son encrier, et insidieusement, il gribouillait ses fameux talismans, qu’il cédait moyennant une petite somme argent, à de naïfs clients: de ceux-là , il y avait ceux qui se sentaient jalousés par un envieux concurrent, ceux qui étaient atteints par un oeil perçant. Et aux epileptiques qu’il jugeait étant hantés par Satan, il leur proposait des séances d’ exorcimes à un prix exorbitant…
Il y avait aussi l’herboriste, avec ses tisanes et ses potions magiques, qu’il vantait aux chétifs anorexiques, aux diabétiques …
le guérisseur lui, possèdait pour tout matériel, ses allumettes et une mèche, il cauterisait le bouzalloum*, l’une des maladies qu’il se vantait de soigner, et sa salive était son seul produit, pour masser et guérir le boumazoui*, par la technique: « yamsad, yboukh wa yakoui »…
Alors que d’autres pillards avec leurs jeux de hasard, attiraient de naïfs campagnards, qui crédules et tentés par le gain, misaient sur la roulette truquée de Allach, ou sur les cornets vides de Hamdach. Et au milieu de tout ce baratin se faufilaient le pickpocket Alilach …
D’autres avaient recours à des métiers faciles, mais combien étaient utiles. En été, il y avait le garrab, facilement reconnaissable par son large sombrero et son habit traditionnel. Et pour tout matériel, il avait une outre suspendue sur son flanc, ses gobelets et sa clochette en cuivre brillant. L’ eau était sa seule et précieuse marchandise, que tout assoiffé pouvait boire à volonté et à sa guise…
M.A.A. extraits, dont je vous souhaite une bonne lecture, surtout à ceux ayant connu Taourirt, les années soixante et soixante-dix

 

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  • Chére auteur Je tiens à vous remercier vivement pour votre récit très chaleureux