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Tourirt : ENTRE MARABOUTS ET TSF

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Comme les autres fois, adolescent de retour au patelin après une longue absence, tellement langui par la nostalgie, je guettais à travers les vitres, les repères précurseurs de notre proche arrivée. Venant du gharb, de loin, on apercevait d’abord, surgissant au ciel, la cime de notre impressionnante montagne des 44 walis. De l’Est, c’était le mont  »Sanfil » (référence à ses hautes tours de télégraphie sans fil), qu’ on voyait en premier. Et des deux entrées, c’est par une florissante végétation générée par le oued Za, qu’ on était accueilli. À l’Ouest, par la splendide verdure des champs de Lakrarma, qui s’étendait tout au tour du mont  »sanfil ». Du côté oriental, par ce beau passage ombragé par d’innombrables mûriers, dont les branches verdoyantes, arquées sur la route, formaient un superbe tunnel vert. Ce dernier aboutissait au collège Allal.B. Abdallah, dont le directeur était le mémorable Mr Luce, qui était réputé pour son infaillible mémoire qui lui permettait de connaître par leurs noms, tous les élèves de son établissement…
Plus on s’engageait dans le patelin, plus mon petit coeur palpitait; de joie ou de chagrin, je n’en savais rien. Ce dont je me souviens, c’est que j’étais pressé de retrouver ma famille, et surtout rejoindre mes amis. Je pensais déjà aux matchs de foot qu’ on irait jouer au terrain de tennis du jardin public, aux baignades du oued Za et de la jolie piscine publique, ou aux parties de baby-foot du café Fellah, où Ahmed Elghoul était imbattable. J’avais aussi une folle envie, de savourer les délicieux casse-croûtes de Bazza, avec les croustillantes flûtes de pain, de la boulangerie de wald Keddar l’Algérien, à déguster avec l’ Orangina de chez Bazzan, où des succulents baignets de ssi Al Wazzani, dont on se délectait avec la savoureuse harira de Brahim soussi d’en face… pendant que je me complaisais dans mes rêves, je ne m’ apercevais guerre, que l’ autocar stationnait devant la maison Castelli. Boullich, athlète qu’ il était, grimpait déjà l’échelle pour défaire le large filet, qui maintenait les bagages bien fixés au toit du véhicule. Hnicha le vieux charretier, porteur et transporteur, attendait lui aussi le car Benzidor en quête d’un éventuel transport. Oui, là était autrefois, la place de la gare routière. C’était aussi le centre, avec le marché couvert, avec ses marchands de légumes, ses tripiers et ses bouchers. À sa sortie, il y avait cette fontaine, célèbre et inoubliable, par son eau d’un goût si agréable. Là, Mimona notre première dame dévoilée, gérait son petit café. Et tout au tour, on trouvait toutes sortes de commerces, de métiers et autres; de l’étrange quincaillerie de Bennouis qui vendait tout, du henné aux clous, à la pharmacie que tenait ssi Sliman, qui était propre comme un sou. Puis une multitude de boutiques, dont celles des juifs Chamôun, Chmiel, Zrioual… la poste, notre école, l’hôtel Ben Jakhrout étaient là aussi. Et la banque SGMB à côté, recevait discrètement ses riches clients, pour encaisser leur précieux argent. C’est aussi, dans ce centre animé qu’on rencontrait les derniers Européens, comme Mr Castelli, Mme Galogi, la segnora Clara… qui persistaient à rester dans le village, jusqu’ à un stade avancé de leur âge ; après tout, il y avait bien Mr Blanchard pour les soins et aussi, un cimetière chrétien, où ils seraient inhumés comme il convient… quelques juifs eux, plus suspicieux, où se sentant de trop, ont plié bagages plus tôt, séduits par une certaine invitation mystique, qui dissimulait un sournois but politique …
J’avais donc hâte de regagner ce beau monde, qui vivait en convivialité et concorde. Il y avait entre ses habitants une sorte d’entente, quoiqu’ ils étaient de cultures, de confessions, et de nationalités différentes. Et si la synagogue était plus discrète, la mosquée et l’église ne l’étaient pas. Du haut du minaret et du clocher, muezzin par ses appels solennels et cloche par ses tintements dominicaux, invitaient leurs fidèles, à pratiquer leur culte librement. Ils en étaient ainsi, les meilleurs témoins de la coexistence, et du respect des croyances, qui régnait dans cette région, sans xénophobie, ni haine, ni exclusion.
On dirait, que cette modernité laïque, par sa technique télégraphique, et les traditionnels marabouts par leur pouvoir télépathique, s’ accordaient à insuffler ce message magique, de paix et de tolérance à tous les habitants, qu’ ils soient chrétiens, juifs ou musulmans…
Med A.A,

 
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