La marche des 10000 diplômés des LPQME sur le Parlement


    


Les  titulaires des Licences Professionnelles de Qualification aux Métiers de l’Education ont été formés dans des centres spécialisés pour subvenir au manque du ministère de l’éducation nationale en professeurs. La politique du gouvernement, conçue initialement dans ce noble dessein, visait à promouvoir le secteur de l’enseignement privé en lui formant les cadres dont il avait besoin pour s’affranchir de la dépendance qu’il avait vis-à-vis de l’enseignement public. En effet, l’école privée se nourrissait à 100%  de l’école publique à laquelle elle ravissait les meilleurs de ses professeurs, à tel point que l’école publique souffrait d’une hémorragie aiguë  provoquée par la double activité que les professeurs exercent dans les deux écoles à la fois. Cette double activité dans les deux écoles avait contribué à l’usure des professeurs dont le rendement dans l’école publique avait été mis à l’index, souvent à raison. L’initiative du gouvernement avait donc  pour objectif de libérer l’école privée de la dépendance de l’école publique d’une part et de créer des emplois pour les jeunes diplômés. Mais il se trouve que le gouvernement s’était acquitté de son engagement en ayant formé les 10000 cadres promis, toutes disciplines confondues, et dans les délais prévus. Les 10000 sortants des centres en attente de poste sont prêts pour le travail pour lequel ils avaient été formés. Certains d’entre eux ont intégré l’école publique en ayant réussi au concours d’entrée aux CRMEF (promotion 2015 et 2016) alors que les autres, diplômes en poche, attendent. En principe, l’école privée doit les  recruter. Chose qu’elle ne fait pas et qu’elle ne fera pas tant qu’elle continue à s’approvisionner en professeurs retraités pour limite d’âge ou par anticipation. En effet, comme les conditions de travail deviennent difficiles à cause de la politique de l’abandon qui frappe l’école publique, de l’incompétence de l’administration, de l’incertitude des horizons pour les élèves qui font preuve d’indifférence ou d’agressivité….beaucoup de professeurs ont préféré partir avant d’arriver à la retraite pour limite d’âge. Il faut souligner à cet effet que ce sont les meilleurs professeurs qui optent pour une retraite anticipée car ils sont très sollicités dans les écoles privées pour  leurs expériences et à leurs compétences, avantages accumulés au fil de longues années de pratique pédagogique. En conséquence, l’Etat se retrouve avec 10000 cadres sur les bras pendant que l’école privée bénéficie des services des retraités sans engagement de sa part puisqu’elle les embauche à l’heure. En effet, l’école privée est largement gagnante dans la mesure où elle peut largement couvrir ses besoins en professeurs d’un grand degré de qualification et sans engagement alors que l’école publique  subit les conséquences de l’hémorragie des départs anticipés et le courroux des 10000 cadres ou de ce qui en reste.

Les diplômés des LPQME, formés pour travailler dans le privé ou dans le public, sont en chômage parce que le lobby de l’école privée refuse de les recruter tant qu’il continue à s’approvisionner en professeurs plus rentables sur le plan économique et pédagogique. Les diplômés des LPQME, eux aussi refusent de travailler dans l’école privée qui leur propose un salaire qui est loin de ce que l’école publique offre. L’Etat devrait, en principe, intervenir d’abord pour interdire ou limiter le recrutement des retraités par l’école privée en instituant des taxes plus dissuasives sur les revenus supplémentaires, soit exiger de l’école privée de payer les professeurs à des salaires proches de ceux de l’école publique, sur la base de : mêmes qualifications mêmes salaires.

Ce qui est plaisant dans ce qui est appelé la marche des 10000 cadres sur le Parlement, est le rapprochement que l’on peut faire avec la marche des 10000 mercenaires de Cyrus le Jeune sur Artaxerxès telle qu’elle a été relatée par Xénophon et reprise par Perse. Deux expéditions, l’une revendicative, l’autre punitive : si la seconde s’était soldée par un désastre, quelle serait l’issue de la premiére ?

tayeb zaid


 

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