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A qui profite la francisation des matières scientifiques ?

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La francisation des matières scientifiques du système éducatif et scolaire a été adoptée contre la volonté du peuple et l’intérêt du pays. Contre la volonté du peuple car elle devait être soumise à un référendum national au lieu d’être confiée à l’assentiment d’une trentaine de députés qui sont loin de représenter l’ensemble des citoyens qui y sont fermement hostiles. Contre l’intérêt du pays dans la mesure où la francisation est le premier facteur du dépouillement d’une nation de sa culture, de son identité, et par conséquent de sa souveraineté et de sa liberté acquise par la force de l’arme par nos parents et grands parents. L’appel du retour de la langue française dans nos écoles n’est-il pas un traître signal au retour de la France pour nous reprendre sous sa tutelle et sa domination, nous qui avions cru nous être affranchis du joug de l’ancien colonisateur et avoir recouvré notre liberté qui nous avait été ravie? Ceux qui ont signé la loi sur la francisation des matières scientifiques ne sont en rien différents de celui qui a signé le texte du protectorat à une sombre époque de la sombre histoire du pays. Ainsi donc, nous subirons les conséquences de l’odieux acte de ceux-ci comme nous avons subi les conséquences du non moins odieux acte de cet autre.

A qui profite donc la francisation des matières scientifiques ?

D’abord à la France. Nul n’ignore qu’il existe encore entre la France, ancien pays colonisateur et ses anciennes colonies d’Afrique, des liens culturels, géographiques et économiques. Le Maroc, par sa position géographique entre la France et les pays d’Afrique constitue le premier maillon de la longue chaine qui relie la première aux secondes. Toute rupture culturelle entre le Maroc et la France entraînera inéluctablement une rupture culturelle, géographique et économique entre la France et l’ensemble de ses anciennes colonies. Au premier maillon brisé, ces pays tomberont un à un comme les grains d’un chapelet. La France est plus que jamais consciente de l’importance du Maroc et du rôle qu’elle lui confie et qu’il peut jouer. Aussi doit-elle tout mettre en œuvre pour maintenir le premier maillon dans la chaîne et de tout faire qu’il ne se brise pas.

Elle profite ensuite aux politiques et hommes d’affaires du Maroc dont les intérêts dépendent étroitement de ceux de la France, c’est pourquoi, elle leur assure la sécurité et leur garantit la pérennité. La plupart des politiques et des hommes d’affaires n’hésitent pas à afficher leur plein attachement à la France. Ils scolarisent leurs enfants dans des écoles françaises, se font soigner dans les hôpitaux français, s’achètent des appartements de haut standing en France, bénéficient de la double nationalité. Tant qu’un vent favorable souffle dans les ailes de leurs moulins, ils demeurent confiants pour transmettre la relève à leur progéniture. En cas de pépin, ils sont les premiers à prendre leurs valises ou à faire appel à l’intervention française. Qui ne se souvient pas de ce conseiller d’un grand parti national qui a été tabassé par les forces de l’ordre lors de la constitution du conseil municipal de l’une de nos villes ? Son parti n’a-t-il pas exhibé la nationalité française du conseiller en question et demandé l’intervention de la France par l’intermédiaire de son ambassadeur ?

La francisation des matières scientifiques donne enfin l’illusion au petit peuple que malgré tout ce qu’en disent de mal les gens malhonnêtes, il en tire quelques profits qui sont de nature à faire son orgueil et sa fierté. Incrédule qu’il est, il croit dans la simplicité de son cas, que, à bien considérer l’état de ses finances, comme il lui est impossible de scolariser ses enfants dans les hautes écoles françaises ou dans les écoles privées qui dispensent un enseignement en langue française, les politiques ont pensé à lui. Il se voit déjà porté au rang de la petite bourgeoisie en considérant l’école populaire francisée sur le même pied d’égalité que l’école élitiste payante. Ses enfants à lui auront les mêmes chances que ceux des politiques et des hommes d’affaires qui ont bataillé dur pour hisser l’école publique au même niveau que l’école privée. Ils méritent donc quelques éloges pour avoir donné aux enfants du petit peuple les mêmes chances que leurs propres enfants.

Si la francisation des matières scientifiques profite à la France et aux politiques et hommes d’affaires de chez nous, c’est parce qu’ils ont des intérêts à se partager. Les intérêts de la France, ancien pays colonisateur, résident en premier dans le maintien de sa langue et par voie de conséquence de ses intérêts géographiques et économiques dans ses anciennes colonies. Les intérêts des politiques et hommes d’affaires, résident dans le climat de sécurité et de soutien que leur offre la France.

Zaid Tayeb

 
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