LE RECHAUFFEMENT CLIMATIQUE EST L’UNE DES CAUSES DE LA CATASTROPHE ECOLOGIQUE D’AGUELMAME N’TIFOUNASSINE


    


Le lac Tifounassine considéré comme site Ramsar, représente un type d’écosystème limnique rare en Afrique du Nord qui abrite des espèces animales et végétales importantes pour le maintien de la diversité biologique dans la région du Moyen Atlas.
Reconnu comme étant l’un des “points chauds” de la diversité biologique marocaine dans la mesure où il joue un rôle de support écologique pour une très grande diversité biologique au niveau national ; ce très beau Lac de moyenne montagne au cœur du Moyen Atlas est alimenté essentiellement par les précipitations drainées par les flancs entourant  la cuvette lacustre et les petites sources situées sur la rive Sud.
Malheureusement, l’absence d’un couvert végétal sur les montagnes environnantes facilite l’érosion de ces dernières et accélère le comblement du lac surtout que le niveau d’eau est très variable d’une année à l’autre, en fonction des précipitations et des chutes de neige.
Cette zone humide est composée de plusieurs parties dont notamment, un petit lac profond permanent occupant une doline communément appelée “cratère”, une zone marécageuse et envasée au sud, alimentée par une source et une large zone marécageuse, submergée de façon saisonnière et utilisée comme zone de pâturage pendant les étiages.
Figurant parmi les zones humides fragiles touchées par les conditions climatiques défavorables, le lac Tifounassine a été gravement touché cette été par les fortes chaleurs qu’a enregistré notre pays paramétrées par l’augmentation de la température cette année exceptionnelle conjuguées à l’irrégularité et à la rareté des pluies et de la neige. En effet, ces chaleurs torrides ont été à l’origine de  l’abaissement du niveau de la nappe et par conséquent l’asséchement de la zone marécageuse causant l’isolement du cratère; ce qui a  provoqué l’asphyxie  graduelle de la faune piscicole qu’abrite ce lac notamment le brochet, la perche et la tanche.
Les valeurs enregistrées des paramètres physico-chimiques mesurées in situ au moment de la mortalité (16 et 17/06/2016) ont indiqué des températures élevées de l’eau (T°=25°C) et une chute de la concentration d’oxygène dissous (O2<0.5mg/l).
Un programme de nettoyage est mis en œuvre sur les lieux à travers un dispositif de suivi et de surveillance du site pour le rétablissement de cet écosystème aquatique fragile. De même des mesures sont envisagées pour la reconstitution de la faune piscicole introduite par l’empoissonement.
Le SIBE Aguelmam n’Tifounassine fait partie d’un complexe de zones humides de montagne comprises dans un même bassin versant (haut Guigou) composé de deux lacs permanents (Aguelmam Sidi Ali et Aguelmam Tifounassine), d’un cours d’eau de haute plaine (Oued Guigou) et d’une grande résurgence froide (Aghbalou Aberchane). Outre quelques espèces d’oiseaux rares qu’il héberge, ce complexe est important pour de nombreux invertébrés.
Les deux lacs jouent un rôle prépondérant dans la pérennité du Guigou et la maîtrise des crues. Parmi les formes remarquables rencontrées dans la zone, on note deux espèces endémiques ou rares: Ribes uva-crispa var. microcephala et Genista pseudopilosa. Les deux lacs représentent des sites privilégiés pour la nidification d’espèces rares ou vulnérables: Tadorna ferruginea (nicheur sédentaire régulier), Fulica cristata (nicheur sédentaire) et le Héron pourpré Ardea purpurea. Deux autres espèces endémiques d’importance mondiale, nichent aux alentours immédiats du lacs, il s’agit du Pic de Levaillant Picus vaillantii et du Rougequeue de Moussier Phoenicurcus moussieri.
Aguelmame N’Tifounassine est un Site d’Intérêt Biologique et Ecologique (SIBE) classé site Ramsar en 2005 pour sa richesse floristique et faunistique. En effet , en raison du surpâturage, sa flore est réduite en été aux parties encore en eau : les seules espèces qui y ont été identifiées sont : Hypericum sp., Myriophyllum spicatum, Nasturtium officinale, Phragmites australis, Ranunculus sp. gpe aquatilis, Scirpus lacustris, Tolypella hispanica, Typha sp,
Aussi, ce site a une communauté d’invertébrés dense et assez variée (plus d’une trentaine d’espèces dont quelque 13 Crustacés), sans présenter de particularité notable, tout comme son peuplement ichtyologique, introduit et vraisemblablement peu entretenu. Le peuplement ornithologique de ce site est assez intéressant, bien qu’il n’arrive pas au même niveau que celui des aguelmams voisins, Afennourir et Sidi Ali.
Au moins 9 espèces ont été signalées comme estivantes : les nicheurs les plus réguliers sont la Foulque à crête, le Colvert, la Poule d’eau, le Pipit rousseline et la Cisticole des joncs, les trois premières espèces étant représentées par 10-80 individus chacune. L’Echasse blanche, le Gravelot à collier interrompu, le Chevalier cul-blanc et le Tadorne Casarca, vus en 2 à 4 exemplaires, à la fin du mois de juin 1994, ne présentaient pas de signe sûr de reproduction, excepté un comportement alarmant chez deux échasses.
D’après l’effectif des hivernants (moins de 700 ois.), ce site est peu intéressant, ce n’est pas le cas si on tient compte de la régularité de l’hivernage des espèces qui le visitent, en particulier le Colvert, le Souchet, la Foulque macroule et, surtout, le Tadorne casarca et la Foulque à crête, les deux dernières étant relativement abondantes (maxima respectifs de 300 et 80 oiseaux).

DRIHEM MOHAMMED


 

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