Le culte du haïku


    


Le haïku n’est pas une fin en soi comme le laissent suggérer de nombreux commentateurs qui ont réagi à un écrit  à caractère critique de monsieur Sameh Derouiche, chef de file de cette forme de poésie,  qu’ils ont qualifié  de ‘’  manifeste du haïku’’.  Il n’est qu’un moyen, un moule,  qui ne mérite pas toute cette orchestration, toute cette glorification et toute cette  idéalisation. Le haïku est aux lecteurs ce que la carafe est à l’assoiffé.  C’est le contenu du haïku et de la carafe qui sont  la liqueur, au sens propre et métaphorique, qui étanche et désaltère. Ce n’est ni la forme matérielle du haïku, ni la forme géométrique de la carafe qui abreuveront le lecteur et l’assoiffé.

Le haïku n’est ni plus ni moins qu’une forme matérielle d’écriture qui ressemble à d’autres formes moins conventionnelles et moins classiques déjà existantes et pratriquées dans notre système d’écriture poétique.  S’affranchir du système classique de versification  arabe est une tentative d’évasion, de fuite  et de contournement de ces contraintes. Les renier c’est rompre avec ses racines et ses attaches pour aller à la dérive en l’absence d’un port d’attache. Le port d’attache de toute  production poétique, quelle qu’elle soit, ne peut s’appuyer que sur la poésie classique qui n’est que grandeur et rayonnement. Prétendre que le haïku libère des maladies culturelles dont nous héritons le tribut, c’est renier tout ce qui a été écrit en poésie jusqu’à maintenant et le frapper des tares de la médiocrité et de la nullité, de la stérilité et de l’infécondité.

Il en est du haïku japonais et des autres formes d’écriture poétique classiques arabes ce qui en était du classicisme et du romantisme à sa naissance. Goethe a défini de manière éloquente mais remarquable ces deux genres littéraires en disant d’eux : “Le classicisme, c’est la santé; le romantisme, c’est la maladie” . Le haïku serait donc un mal qui aurait frappé les formes classiques de la poésie arabe. Attribuer aux règles de versification arabes l’échec de l’émancipation de la poésie, bannir l’héritage poétique classique pour une forme de poésie d’importation qu’on s’évertue à tout prix à faire admettre dans le système poétique arabe, comme produit de substitution et non  d’accompagnement, hélas ! c’est méconnaître l’histoire de la poésie arabe depuis ses fondements préislamiques à nos jours, c’est faire preuve d’un esprit négateur de l’apport de la poésie classique au patrimoine culturel et esthétique, c’est faire table rase, repartir au point mort. Ce sont là les soubresauts de l’agonie de l’art et de la création poétique.

La poésie classique arabe, avec toutes ses règles de versification, sa prosodie, ses rimes, ses voyelles nasales, ses longues voyelles orales, ses jeux de gémination, sa rythmique, sa musicalité, son système phonique mélodieux et chatoyant, peut-elle abandonner tout cet arsenal pour se réfugier dans  un haïku qui refuse le narcissisme et se veut épuré des tares de l’usage? Si la poésie arabe contemporaine a perdu de son éclat et de sa grandeur  pour entrer dans une phase de déclin et de décadence, ce n’est pas à cause des règles de versification qu’on accuse de tous les torts, mais à cause de l’absence ou de la médiocrité de poètes qui rejettent leur impuissance sur le compte de ces règles.

La langue arabe est une langue qui se prête plus à la  poésie et à la chanson qu’au récit et à la narration grâce à ce qu’elle offre d’outils en matière de prosodie. Le Coran, grâce à son découpage en versets et en unités de sens, et à son système phonique, offre à l’auditeur de beaux exemples d’écoute et de recueillement quand sa lecture est exécutée par les grands psalmistes. Les poèmes qui respectent les règles de poésie ne sont que cadence et harmonie, les bannir, c’est assimiler un produit poétique à un produit prosaïque, le noble au vulgaire.

Zaid Tayeb


 

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