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LE DISCOURS DU TRÔNE 2017 ET LES CITOYENS MRE : QUELLES SUITES  A L’OCCASION DE LA RENTRÉE PARLEMENTAIRE ?

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Par Abdelkrim Belguendouz
Universitaire à Rabat , chercheur en migration

 

S’il est un domaine pourtant d’interêt national qui nécessite un débat large et approfondi qui n’a jamais été réellement mené jusqu’à présent à l’échelle nationale , c’est bien celui relatif aux cinq millions de citoyennes et de citoyens marocains établis hors des frontières nationales . Parmi les questions que pose l’actualité , on relèvera celle du dossier des citoyens MRE à la suite du dernier discours du Trône prononcé il y’a une dizaine de semaines et à la veille de la rentrée parlementaire 2017 .

Préalablement , une première version beaucoup plus réduite que la présente , a été publiée sous le titre : « les responsables du dossier MRE (Marocains résidant à l’étranger) sont également interpellés par le discours du Trône 2017 » . À la veille de l’ouverture solennelle de la deuxième année de l’actuelle législature , le vendredi 13 octobre 2017 , le dossier de la communauté des citoyens marocains établis à l’étranger étant toujours d’actualité au niveau notamment des grands choix à retenir et des textes législatifs à adopter en la matière , comme éléments d’une stratégie nationale à concevoir en ce domaine et qui fait encore défaut , les développements suivants ont pour objectif de creuser l’analyse et de l’actualiser en termes de suggestions et de propositions pour l’action .

UN DISCOURS D’EXCEPTION

S’inscrivant dans le contexte mouvementé du «Hirak du Rif » , grande région marocaine d’émigration vers l’étranger , à partir essentiellement de la fin des années cinquante ( soulèvement du Rif en 1958-1959) et début des années soixante à nos jours en particulier vers les Pays-Bas , la Belgique , l’Allemagne , les pays scandinaves , l’Espagne ainsi que d’autres destinations et ce qu’il a dévoilé comme dysfonctionnements , tares et défaillances graves à divers échelons institutionnels , le dernier discours du Trône prononcé par Sa Majesté le Roi Mohammed VI a eu l’effet d’un tonnerre .

Reprenons à ce propos quelques titres d’analyses et de décryptages forgés à ce sujet . Les formules sont très diverses . En voici quelques exemples caractérisant ce discours : « donne majeure » ; « coup de semonce » ; « rappel à l’ordre » ; discours de « recadrage sévère de l’administration et de la classe politique » ; de « mise au point sur les « i » ; discours « de vérité », de « clarification et de fermeté » ; de « rigueur et de franchise » ; « discours offensif » , « décapant » et « désarçonnant » ;  « un état des lieux problématique préoccupant » ; « un discours des plus durs du roi » ; un discours « mettant le doigt sur la plaie » , « on ne peut plus clair sur les tares qui affectent l’administration et l’inertie dans laquelle se complaisent les partis politiques » ; un « réquisitoire contre l’incompétence , l’irresponsabilité et l’impunité » , et faisant même dire au Roi : « j’accuse ! » , avec une série de chefs d’accusation , pour ne pas dire d’inculpation , avec preuves à l’appui .

Tels sont quelques unes des formulations chocs utilisées par les uns et par les autres , qui ressortent de ces lectures diverses de ce discours plein de gravité . Contrairement à la tradition des discours du Trône qui se caractérisent généralement par deux axes majeurs , à savoir le bilan de ce qui a été accompli durant les douze mois précédents et les perspectives d’avenir , le discours du 29 juillet 2017, prononcé par ailleurs un jour avant la commémoration officielle du dix-huitième anniversaire d’intronisation , est une séquence politique hors norme , un discours d’exception , à la mesure de la situation particulière vécue par le pays , et plus précisément dans sa partie nord , à Al Hoceima .

 

LES INSTITUTIONS DÉDIÉES AUX MRE SONT AUSSI CONCERNÉES

 

Si dans ce réquisitoire royal sans appel , certains secteurs , milieux ou parties ont été nommément désignés et pointés du doigt en raison de leurs manquements graves , en fait dans le cadre de ce contexte , tous les Marocains sont interpellés , chacun à son niveau . Bien des secteurs sont ainsi également concernés , même s’ils n’ont pas été cités et que certains de leurs responsables en poste depuis bien des années , ont fait semblant de montrer leur détachement , de se dire entièrement « sereins » , « calmes » , voir « zens » et ne pas entrer dans la grille de lecture du discours royal .

Certes , il y’a parmi eux ceux qui ont crié et titré très fort dans des contributions médiatiques : « Assez de l’incompétence ! Réveillons nos consciences ! » . Ils ont parlé du Maroc à deux vitesses , mais dans le rôle de journaliste qu’ils se sont donnés de façon « supplémentaire » à leur fonction officielle pour soit-disant « faire bouger les lignes » , au lieu d’adopter une démarche autocritique et d’entreprendre un travail d’introspection salvateur , c’est l’auto-satisfaction qui prédomine largement . Ils présentent leur bilan et considèrent leur action comme synonyme d’une gestion rigoureuse , efficiente et performante et l’expression d’une gouvernance saine , niant les dysfonctionnements et les défaillances de taille dont ils sont eux-mêmes responsables , ou tout au moins co-responsables au niveau du secteur des Marocains résidant à l’étranger .

Au même moment -suivez mon regard- , ils ont insisté pour l’activation de la nomination des nouveaux premiers responsables de l’institution à caractère consultatif en question . De notre point de vue , ceci renvoie au constat établi par le Souverain , qui évoque certains cas :

« ce qui est surprenant , c’est que , parmi les responsables qui ont échoué dans leur mission , il en est certains qui pensent mériter une promotion ! » .

Or et contrairement à bien des lectures et interprétations du discours entendues ou lues ici ou là , si au niveau des politiques publiques marocaines , le domaine migratoire , en particulier son volet citoyens marocains établis à l’étranger , n’a pas été spécifiquement mentionné dans le discours ( sauf l’allusion à certains consuls et ambassadeurs) , il n’empêche qu’au plan de la quintessence de l’approche du discours du Trône 2017 , de sa portée , de sa signification et de ses objectifs , un état des lieux sans concession et plus global a été établi sur tout ce qui est en place et qui ne remplit pas réellement sa fonction .

Dans cet esprit , le secteur stratégique d’interêt national dit « MRE » , nous paraît également couvert par ce diagnostic sévère relatif à la gouvernance publique et les suites qui devraient en découler , dans le cadre d’une approche cohérente , le discours ne devant pas rester sans lendemain , mais avoir un impact à terme .

Appliqués à la situation marocaine , les propos suivants de l’empereur romain et philosophe stoïcien Marc Aurèle marqueront-ils leur justesse ? : « les conséquences de la colère sont beaucoup plus graves que ses causes » .

L’attente est dans cette direction , confortée par le communiqué du Cabinet royal en date du 2 octobre 2017, annonçant qu’après avoir pris connaissance du rapport commandé par le Souverain à des administrations spécialisées ( Inspection générale des Finances et de l’Intérieur) sur les dysfonctionnements et le retard dans l’exécution du programme de développement régional « Al Hoceima Manarat al Moutawassit » , le Roi Mohammed VI « a donné ses hautes instructions à la Cour des Comptes , pour qu’elle procède dans un délai maximale de 10 jours , à l’examen de ce même sujet , et ce en vertu des prérogatives et compétences de la Cour en matière d’évaluation de l’exécution de projets publics , outre ses missions habituelles de contrôle des finances publiques » .

Ce délai de dix jours nous amène tout droit au discours royal qui sera prononcé le vendredi 13 octobre 2017 , à l’occasion de l’ouverture de la nouvelle année parlementaire de l’actuelle législature et où certainement , des conclusions générales seront tirées et des décisions appropriées de la plus haute importance , en cohérence avec l’état des lieux sévère établi par le Souverain seront annoncées , dans le cadre d’une large mise à plat sur la responsabilité des organes et de leurs dirigeants , liée au principe constitutionnel de la nécessaire reddition des comptes pour tout responsable .

 

LE CAS DU SECTEUR MRE CADRE AVEC LE DIAGNOSTIC ROYAL

 

Pour renouer plus étroitement avec le contenu et l’esprit du discours du Trône 2017 , si des réussites sont à relever dans un certain nombre de secteurs , il en est beaucoup d’autres où les résultats sont décevants , ayant donné lieu à une situation catastrophique :

«  Dans bon nombre de domaines , précise le Souverain , cet état de choses tient essentiellement au faible niveau du travail en commun et à l’absence d’une vision nationale et stratégique . Il résulte aussi du fait que la dysharmonie l’emporte trop souvent sur la cohérence et la transversalité , que la passivité ou la procrastination remplacent l’esprit d’initiative et l’action concrète » .

De notre point de vue , n’est-ce pas le cas précisément du secteur multidimensionnel , pluri sectoriel et transversal par excellence des Marocains résidant à l’étranger , dont l’engagement gouvernemental en sa direction depuis très longtemps , est loin d’être  « sans équivoque » , contrairement à certaines interprétations officielles émises concernant les politiques marocaines en direction  d’Al Jaliya ?

Malgré certains efforts entrepris et des progrès réalisés jusqu’ici sur certains aspects , ce secteur pâtit encore en effet de l’absence de vision d’ensemble et de stratégie nationale globale , cohérente et intégrée en la matière , avec le manque de coordination , de complémentarité , de convergence , de concertation et de synergie entre les divers intervenants et acteurs publics du domaine , sans compter bien entendu les partenaires du privé , pendant qu’au même moment , bien des attentes et des préoccupations fondamentales des citoyens MRE ne sont pas satisfaites .

Cette situation défectueuse et nuisible à leurs droits et intérêts , perdure depuis fort longtemps , malgré de nombreuses interpellations royales faites aux instances concernées depuis pratiquement quatorze années , voir même plus , tant le dossier est de la plus haute importance et accapare l’attention au plus haut niveau de l’Etat depuis le nouveau règne  .

 

UNE PRÉOCCUPATION ROYALE CONSTANTE

 

Dans l’objectif de réaliser « la cohérence et la complémentarité » des institutions en charge du dossier de la communauté marocaine à l’étranger , le Roi avait lui-même pris une initiative , annoncée dans le discours du 21 août 2001 , à l’occasion du quarante-huitième anniversaire de la Révolution du Roi et du Peuple et de la Fête de la Jeunesse .

Cette initiative consiste en sa décision de : « revoir les structures , les missions et les modes de fonctionnement de la Fondation Hassan II pour les Marocains résidant à l’étranger , de sorte qu’elle puisse inscrire parmi ses actions prioritaires , le règlement rapide des litiges administratifs et judiciaires concernant les membres de notre communauté , et l’assurance juridique à leur apporter pour préserver leurs droits et protéger leurs biens , et ce , en coordination avec les autorités publiques nationales et locales (…) Cette institution devra également recentrer sa mission de façon à conforter le rayonnement culturel national dans les pays d’immigration et approfondir les concertations et les actions de partenariat avec les associations d’immigrés , représentatives , légales et crédibles , de sorte à leur ouvrir la voie -comme nous le souhaitons- d’une participation au plus haut niveau aux institutions nationales . Ainsi , nous aurons créé les meilleures conditions pour garantir la pérennité de leurs attaches à leur patrie » .

Relevons à ce niveau comment en creux , le Souverain envisageait dés cette période , l’implication étroite de la communauté des citoyens marocains établis à l’étranger au parlement , qui constitue la plus haute institution nationale élue…

Dans l’esprit également d’assurer une meilleure répartition des tâches entre les intervenants institutionnels du champ MRE , le Roi annonçait la prise en charge par la Fondation Mohammed V pour la Solidarité, du volet humanitaire et social dans les opérations de transit , d’accueil et de retour des émigrés , dont s’occupait jusque là , la Fondation Hassan II pour les Marocains résidant à l’étranger , dans le cadre de la commission nationale de « transit » .

Précisons à ce propos , que le renforcement de la mission de la Fondation Mohammed V pour la Solidarité , ne doit pas être analysé en termes de « compétition » ou de « concurrence » , comme certains ont eu tendance à le présenter pour justifier leur immobilisme . Le fait qu’elle s’occupe de l’ensemble de l’opération accueil-transit dite « Marhaba » , nous semble au contraire s’inscrire dans une cohérence d’ensemble , avec plusieurs avantages dont l’expérience depuis cette date , a montré la pertinence :

– accueillir l’ensemble des membres de la communauté marocaine résidant à l’étranger et pas seulement des handicapés ;

– rendre certains services à la communauté durant toute l’année et dans divers domaines et non pas uniquement faire appel à la générosité de celle-ci pour la collecte des fonds ;

– mettre les autres institutions comme la Fondation Hassan II pour les Marocains résidant à l’étranger devant leurs propres responsabilités , dans la mesure où elles devaient s’occuper pleinement et correctement des autres dimensions de la communauté qui sont aussi essentielles , et non pas se réfugier derrière l’opération accueil pour mener une action purement saisonnière , en étant absentes tout le reste de l’année pour les autres aspects …

Ce souci de l’action institutionnelle cohérente et intégrée en direction des Marocains établis hors des frontières nationales , est également présent dans le discours du Trône du 30 juillet 2002 dans lequel le Souverain exprimait sa : « ferme volonté de veiller à ce qu’ils (les MRE) tiennent la place de choix qui leur revient et jouent un rôle actif et efficace dans tous les domaines » . Là aussi , le statut des MRE et leur rôle dans le domaine démocratique et politique est envisagé , pourrait-on dire . Et d’ajouter deux autres types de préoccupations majeures , dont celle qui nous retient dans cette partie de notre contribution : « Nous voudrions aussi leur renouveler l’assurance de l’interêt tout particulier que nous portons à leurs conditions de vie , aussi bien à l’étranger , qu’à l’intérieur de leur patrie . Nous voudrions au même titre , à ce que les organismes concernés répondent aux aspirations qui les animent , et ce , dans le cadre d’une démarche cohérente , intégrée et porteuse » .

QUATRE INTERPELLATIONS

Depuis cette date et s’agissant du dossier des Marocains résidant à l’étranger , le Roi a interpellé au moins à quatre reprises les responsables de ce secteur sur la nécessité absolue d’avoir une stratégie nationale globale , cohérente et intégrée en matière de communauté marocaine établie à l’étranger .

– EN PREMIER LIEU , le discours du Trône 2004 ( 30 juillet 2004) , fournit l’orientation générale et multidimensionnelle de ce qui devait constituer « une nouvelle politique dans le domaine de l’émigration , en phase avec les mutations structurelles rapides que connaît la communauté marocaine à l’étranger et qui réponde aux aspirations de ses différentes générations » .

Le Roi déroulait alors sa vision en la matière , accordant à chaque aspect de ce vaste dossier stratégique multidimensionnel l’importance qu’il mérite , y compris au niveau politique et démocratique . On ne résiste pas au désir de citer longuement les développements qui lui sont consacrés , qui peuvent être considérés comme des éléments fondamentaux d’un véritable guide pour l’établissement d’une stratégie nationale globale , cohérente et intégrée en matière de Marocains résidant à l’étranger , qui constituent selon les termes du Souverain , une « composante de notre peuple » :

« Cette politique globale et multidimensionnelle , institutionnelle , diplomatique , économique , sociale et culturelle est fondée sur l’action complémentaire et homogène des institutions qui en ont la charge , et offre différents modes de participation à notre communauté résidant à l’étranger, dans les divers domaines de la vie nationale . Nous nous penchons à cette fin , sur l’étude des meilleurs voies et moyens pour assurer une participation efficiente et crédible de cette communauté dans toutes les institutions et instances vouées à l’édification d’une société démocratique et prospère . Nous veillerons à ce qu’un tel objectif soit réalisé dans le cadre d’une fructueuse concertation et nous poursuivrons , à cet égard , notre action en vue de l’amélioration des conditions de vie de cette composante de notre peuple , qui nous est très chère , par une approche globale , visant à renforcer la solidarité entre les citoyens , à l’intérieur comme à l’extérieur du pays , afin que chacun puisse servir sa patrie , laquelle a besoin de l’apport de tous ses enfants , pour demeurer un modèle d’attachement aux valeurs islamiques et universelles de fraternité , de tolérance et de modération . Nous sommes convaincus que les Marocains résidant à l’étranger continueront à donner le meilleur exemple d’une interaction positive entre les différentes cultures et civilisations » .

Sur les modalités pratiques annoncées dans le discours du 30 juillet 2004 comme étant à l’étude pour une large implication de la Jaliya dans la vie démocratique du Maroc , sur la base d’une conviction démocratique profonde du Souverain l’avenir montrera le début du passage à l’acte avec les quatre mesures décidées dans le cadre du discours royal fondateur du 6 novembre 2005 .

Ce discours a été un grand pas dans la réhabilitation de la citoyenneté pleine et entière de la diaspora marocaine par rapport au Maroc : représentation de la diaspora à la Chambre des représentants par le biais de circonscriptions électorales législatives de l’étranger ; possibilité donnée aux nouvelles générations de Marocains nés à l’extérieur du Maroc , de pouvoir s’inscrire sur les listes électorales à l’intérieur du Maroc et de participer à tous les scrutins électoraux qui s’y déroulent ; création d’un Conseil supérieur de la communauté marocaine à l’étranger , qui ne sera pas en fait « supérieur » .

À propos de la décision prise de la participation politique et de la représentation parlementaire des MRE , on ne peut dire que ceux qui ont aidé à la préparation de ce discours du 6 novembre 2005 ont  « trompé le Roi » en lui faisant prendre une décision irréaliste , alors que , comme on l’a vu dans les citations remontant à des périodes antérieures , la volonté politique d’impliquer les MRE dans la vie nationale du pays dans tous les domaines , y compris politique , était une conviction démocratique profonde du Souverain …

– EN SECOND LIEU , l’interpellation royale a été faite de manière très forte à l’occasion du 32ème anniversaire de la Marche Verte (discours du 6 novembre 2007 ) , appelant le gouvernement de l’époque à « une réflexion renouvelée et rationnelle et à une révision profonde de la politique d’immigration , à travers l’adoption d’une stratégie globale , mettant fin au chevauchement des rôles et à la multiplicité des intervenants . Il s’agit d’une stratégie cohérente en vertu de laquelle chaque autorité publique , institution ou instance agit dans un esprit de complémentarité et d’harmonie pour s’acquitter des missions qui lui incombent , tant pour ce qui est d’assurer la bonne gestion de toutes les questions d’immigration , que de contribuer au processus prometteur de construction démocratique et de développement que nous conduisons avec fermeté , determination , dévouement et abnégation » .

Si le ministre Mohammed Ameur a eu la mérite d’opèrationnaliser un plan d’action 2008-2012 multidimensionnel consistant et ambitieux en direction des citoyens marocains de l’étranger , il a eu l’honnêteté intellectuelle de reconnaître au moment du bilan de son mandat fin 2011(avec une année d’avance en raison de la réforme constitutionnelle) , l’absence d’inscription de ce plan d’action , dans le cadre d’une stratégie nationale globale et intégrée en matière de Marocains établis hors des frontières nationales .

En effet , dans les perspectives d’optimisation et de développement de l’action publique en faveur des Marocains résidant à l’étranger , il était mentionné la nécessité de « la mise en place , dans les meilleurs délais , d’une stratégie nationale à long terme pour tous les départements gouvernementaux et établissements concernés , afin de servir les objectifs communs » , alors qu’au sein de son propre département , certains ne s’étaient pas empêchés de parler et même d’éditer des brochures en termes de « vision 2012 » , ce qui n’était en fait qu’un plan d’action 2008-2012…

Depuis , la tentation est grande , mue par une certaine forme de paresse technocratique de nommer vision , voir même stratégie nationale relative aux Marocains résidant à l’étranger , ce qui n’est qu’un plan d’action partiel , limité de surcroît au département ministériel dédié notamment aux MRE , sachant que le volet immigration (étrangers au Maroc) et asile (ou « affaires de la migration ») dispose , lui , depuis fin 2014 , d’une véritable stratégie nationale globale en la matière , même si l’opérationnalisation de celle-ci est très en retard au niveau de l’arsenal juridique en particulier , exceptée la loi pour la lutte contre la traite des êtres humains .

– EN TROISIÈME LIEU, des directives royales ont été données aux deux premiers responsables d’une institution nationale consultative et prospective , à savoir le CCME ( Conseil de la communauté marocaine à l’étranger) , à l’occasion de leur nomination le 21 décembre 2007 en tant que président et secrétaire général de cette institution . D’après un communiqué du Cabinet royal datant de ce jour là , il leur a été demandé solennellement que cette institution consultative :

«contribue , en collaboration avec l’ensemble des autorités , à la mise au point d’une stratégie nationale d’immigration globale , multidimensionnelle , et prenant en considération les développements et les mutations accélérées que connaît ce phénomène . Cette stratégie devrait être fondée , dans ses dimensions nationale , régionale et internationale , sur la cohérence et la complémentarité de l’action des autorités et des instances qui en ont la charge » .

Or de notre point de vue , ces instructions n’ont nullement été exécutées , dans la mesure où cette institution nationale n’a nullement contribué efficacement à l’élaboration d’une quelconque stratégie nationale en matière de MRE , y compris au niveau de l’étude IRES que l’on abordera plus loin .

De plus , si cet organisme consultatif et prospectif créé fin 2007 , est normalement appelé à observer , analyser et produire du sens et de la visibilité stratégique et prospective s’agissant de la communauté marocaine résidant à l’étranger , on constate que cette mission centrale n’est nullement assumée notamment par le biais de l’élaboration d’avis consultatifs et la production tous les deux ans d’un rapport stratégique . Il n’y’a eu après dix années d’existence , aucun avis consultatif et aucun rapport stratégique dans le domaine des Marocains résidant à l’étranger !!!

– EN QUATRIÈME LIEU ENFIN , devant la carence manifeste en ce domaine et le besoin toujours pressant de disposer de cet outil stratégique incontournable pour mener des politiques publiques cohérentes en faveur des citoyens marocains établis à l’étranger , l’interpellation royale a été faite sous la forme directe d’un rappel à l’ordre de tous les responsables du secteur MRE à l’occasion du discours du Trône du 30 juillet 2015 qui avait notamment fustigé l’action des consulats en direction des MRE en raison de leurs graves manquements  :

« De même , nous réitérons notre appel pour élaborer une stratégie intégrée , fondée sur la synergie et la coordination entre les institutions nationales ayant compétence en matière de migrations et pour rendre ces institutions plus efficientes au service des intérêts des Marocains de l’étranger » .

Les contours , les fondements et les objectifs de cette stratégie nationale globale , cohérente et intégrée relative aux Marocains résidant à l’étranger , et dont l’existence s’avère une nécessite absolue , sont donc bien identifiés et précisés dans les citations précédentes au plus haut niveau de l’Etat , ne laissant aucune place à des approximations ou à des interprétations marquées du sceau de l’amateurisme , de la légèreté et de la désinvolture comme certains tenteront de le faire par la suite .

ÉCHEC TOTAL DE L’ETUDE STRATÉGIQUE MRE A L’HORIZON 2030

 

Faut-il faire observer à ce niveau que l’étude d’envergure lancée entre temps en 2012-2013 sous le ministère Maâzouz , chargé des MRE , et coordonnée pourtant par un institut d’études stratégiques ( IRES) avec l’implication étroite des principaux acteurs institutionnels dédiés aux Marocains résidant à l’étranger(ministère chargé des MRE , Conseil de la communauté marocaine à l’étranger ou CCME , Fondation Hassan II pour les Marocains résidant à l’étranger) pour l’élaboration d’une stratégie nationale relative à l’émigration marocaine à l’horizon 2030 , a totalement échoué pour des raisons méthodologiques et organisationnelles , son rapport final datant de juin 2013 (rapport Ahmed Ghazali) n’ayant nullement été validé , ce qui expliquerait en partie le rappel à l’ordre du discours du Trône du 30 juillet 2015 .

L’échec manifeste au niveau organisationnel et méthodologique provient notamment du fait que dans le cadre du comité de pilotage et du comité de suivi de l’étude , la distanciation et le recul nécessaires pour une approche objective n’ont pas été respectés , les institutions nationales elles-mêmes objets de l’étude , étaient juges et parties , chacune étant complaisante et « compréhensive» vis-à-vis des autres , si bien qu’aucune analyse critique de fond n’a eu lieu pour remédier aux divers dysfonctionnements structurels existants et aboutir à une re-fondation du dispositif institutionnel relatif aux Marocains résidant à l’étranger .

Sans compter le fait que par sectarisme , les chercheurs en migration manifestant une indépendance d’esprit , ont été exclus dés le départ de la participation à la réalisation de l’étude , et malgré la dénonciation publique en son temps de ce comportement discriminatoire de certains responsables du dossier MRE , le précédent chef du gouvernement auprès de qui était encore délégué le département chargé des MRE , n’a nullement réagi .

L’AMATEURISME N’EST PAS LA SOLUTION

Dés lors , il ne suffit pas maintenant au niveau de certaines directions ministérielles relevant du département chargé notamment des MRE , de mettre en avant un certain nombre de mesures ponctuelles et parcellaires , d’aligner celles-ci ou de les regrouper sous forme de « plans d’action » sectoriels pour dire en 2017 que l’on a conçu ou élaboré une stratégie nationale qualifiée par ailleurs « d’ambitieuse » concernant ce vaste domaine à vocation horizontale alors qu’au même moment , aucune réflexion nationale d’envergure n’a été menée et aucun principe méthodologique de base pour l’élaboration de cette stratégie n’a été réellement suivis

Les contours de la stratégie MRE dont on a prétendu l’existence à l’occasion de la présentation le 11 septembre 2017 du bilan des quatre premiers mois de l’action du gouvernement El Othmani , auraient dû nécessairement obéir d’abord à l’élaboration en amont d’un diagnostic rigoureux , large et transparent couvrant la diversité des profils d’une communauté hétérogène , étalée sur des espaces et des contextes différenciés . En d’autres termes , il s’agit de l’analyse de l’existant sous toutes ses dimensions , socio-culturelle , économique , éducative , cultuelle , politique , juridique , institutionnelle , et d’une évaluation objective des actions menées jusqu’à la période considérée pour dégager les points forts et atouts à conforter et les insuffisances et lacunes à combler .

Or cette démarche d’évaluation des politiques publiques par secteur et dimension concernés au niveau de la communauté des citoyens marocains à l’étranger , est pratiquement inexistante , de nombreux responsables de ce secteur , n’admettant nullement aucune critique ou remise en cause .

Par ailleurs , on ne trouve nulle trace de l’établissement de scénarios probables concernant l’émigration marocaine même vers l’étranger , en liaison avec la stratégie nationale de l’emploi et des analyses prospectives relatives à l’environnement international au plan économique , démographique , socio-politique , géostratégique…

De même , strictement rien n’a été conçu notamment pour revisiter en profondeur les dispositifs institutionnels régissant le vaste champ MRE ; pour la mise à niveau de manière rigoureuse et méthodique de chacune des institutions en présence , avec un recadrage des missions respectives de ces institutions et la synergie de l’ensemble ; et aucune contribution sérieuse au processus de construction démocratique au Maroc n’est assurée par l’opérationnalisation concrète des droits politiques par rapport au Maroc des citoyens marocains établis à l’étranger .

De plus , les axes de cette prétendue stratégie n’ont aucunement été définis dans le cadre de la concertation , l’adhésion et l’engagement des milieux directement concernés pour pouvoir parler de « démarche participative » concernant cette stratégie nationale MRE .

Dans le même esprit , ce qui est défini comme étant les « fondements » de la stratégie , renvoie en fait à des éléments non objectifs .

Ainsi , au lieu d’être le produit d’une approche participative , largement ouverte sur ces milieux , la « stratégie nationale » vendue médiatiquement depuis le précédent gouvernement Benkirane , est plutôt le résultat d’une démarche bureaucratique en vase clos , comme expression de quelques « stratégies individuelles » , limitées à des responsables hiérarchiques et par « respect » à certaines attributions prévues par l’organigramme du département ministériel concerné .

Par ailleurs , le suivi de la prétendue stratégie nationale MRE , n’est nullement pris en compte , par le biais par exemple d’un observatoire national de l’émigration et communauté marocaine établie à l’étranger , l’Observatoire de la Migration annoncé depuis 2003 auprès de la Direction de la migration et de la surveillance des frontières , étant pratiquement non fonctionnel , étant conçu par ailleurs uniquement pour l’immigration étrangère au Maroc , alors qu’il y’a tout intérêt à couvrir et à observer l’ensemble du champ migratoire ( immigration étrangère au Maroc , émigration vers l’étranger et communauté marocaine à l’étranger) .

En effet , il s’agit de renforcer la culture de la concertation , l’observatoire national devant être un espace ouvert à tous les acteurs concernés , un espace de de réflexion , de dialogue , d’échange pluriel et de propositions . À ce titre , Il devrait être ouvert également aux syndicats les plus représentatifs , aux chercheurs universitaires en migration toutes disciplines confondues , à la société civile MRE , aux ONGs représentant les immigrés au Maroc . Il s’agit également de réaliser la promotion d’une culture stratégique sur les migrations , à soutenir par les données probantes , par le renforcement de la prospective et le développement de scénarios , tout comme il importe de promouvoir la culture d’évaluation des performances basées sur des critères d’efficacité .

En procédant par contre comme l’a fait le précédent gouvernement , à un véritable bricolage sous forme de copier-coller , dont on trouvera trace dans deux documents que l’on analysera plus loin , on ne procède qu’à de la navigation à vue sans boussole . On fait du bruit pour rien , de l’activisme , du simple empirisme sans réflexion préalable et de la simple gesticulation , sans quête de sens . Or on a besoin de plus qu’un fil conducteur pour ne pas tourner en rond , la stratégie nationale étant destinée à conduire , à piloter et à coordonner les choix nationaux en matière d’émigration , ce qui suppose d’abord la détermination de ces choix nationaux par un dialogue national ouvert , responsable et démocratique , tenant compte par ailleurs de la réalité concrète du dossier .

C’est la stratégie qui détermine en effet le cap , fixe l’horizon , les choix fondamentaux , les grandes orientations , les objectifs finaux centraux , les grandes implications et donne du sens ainsi que de la cohérence globale à l’action entreprise par l’ensemble des intervenants du domaine qui doivent faire converger leurs efforts , optimiser les synergies et les moyens disponibles , supprimer les redondances formelles et les duplications opérationnelles pour aboutir à une gouvernance opérationnelle souple , cohérente et coordonnée .

En d’autres termes , les actions concrètes à mener sur le terrain pour répondre à des attentes et préoccupations fort diverses des Marocains résidant à l’étranger tenant compte de leurs profils , de leurs trajectoires , de leurs parcours professionnels , de leurs différences dans l’espace , des mutations sociologiques , générationnelles et culturelles , du contexte général par pays d’accueil , incombent à différents acteurs et intervenants institutionnels en fonction de leurs prérogatives , missions et spécificités . Cependant , ces actions diverses et variées doivent s’inscrire dans une ligne et philosophie politique générale , dans le cadre d’une vision d’ensemble et d’une stratégie nationale globale , cohérente et intégrée pour réaliser justement la complémentarité et l’harmonie de ces politiques renvoyant aux dimensions différentes qui caractérisent la communauté marocaine établie à l’étranger .

METTRE FIN À L’IMPOSTURE

 

Comment dés lors accorder un quelconque crédit au rapport de 72 pages datant de septembre 2016 établi en français par les services du ministère chargé des MRE et des affaires de la migration ayant pour titre : « Stratégie nationale pour les Marocains résidant à l’étranger . Bilan 2013-2016 »» !? Et que dire du texte en arabe de 17 pages , édité actuellement sur le site officiel du même département , avec comme titre : « La Stratégie Nationale relative aux Marocains Résidant à l’Etranger » !?

Pour des raisons notamment que nous venons de développer et auxquelles bien d’autres critiques peuvent être ajoutées et que nous avons soulevées dans d’autres contributions écrites , ces deux documents constituent de fait de la pure désinformation , des contre-vérités et une grande supercherie , le type du faux , n’ayant de stratégie relative aux Marocains résidant à l’étranger que le titre ! Or on ne bâtit pas des politiques efficientes avec des mensonges et de l’imposture , la situation étant plus grave encore qu’il s’agit de mensonges délibérés , la démarche étant sans sincérité et sans honnêteté intellectuelle .

Réitérons notre proposition déjà formulée publiquement , de retrait du site du ministère du document de « stratégie nationale » en direction des MRE !

Un fait très important à relever à ce niveau . Dans le cadre du débat en séance plénière lié aux questions mensuelles qui lui sont posées au parlement , avec au premier juillet 2017 à la Chambre des Conseillers , le thème des politiques publiques en direction des Marocains résidant à l’étranger , le chef du gouvernement , Saâd Eddine Elothmani , s’est félicité de l’existence d’une stratégie nationale globale , cohérente et intégrée en matière de MRE . Cette appréciation , objectivement non fondée , est due à notre sens , au fait que le relativement nouveau chef du gouvernement ainsi que le nouveau ministre délégué auprès du ministre des Affaires étrangères , chargé des MRE et des affaires de la migration ( Abdelkrim Benatiq), ont été induits en erreur sur ce dossier , lors de la prise de leurs fonctions .

Voilà pourquoi , dans le but de recarder et de fédérer réellement les actions déployées par les différents acteurs œuvrant dans le domaine MRE et de rendre cohérentes et performantes les interventions liées à plusieurs volets , la véritable stratégie en la matière devrait être inscrite à l’ordre du jour pour être prise en charge par le gouvernement El Othmani de manière méthodique , rigoureuse et professionnelle et non pas avec une démarche d’amateurisme et d’occultation de la réalité , héritée de la gestion des deux gouvernements précédents (Benkirane I et II) . Ceci devrait constituer un des points centraux de l’ordre du jour d’une réunion la plus proche possible de la commission interministérielle présidée par le Chef du gouvernement , chargée des affaires des MRE et des affaires de la migration .

Inutile d’essayer de jouer sur les mots ou de rechercher des formules ambiguës pour donner à croire qu’il y’a une stratégie nationale en matière de Marocains résidant à l’étranger . Ainsi parler de « stratégie nationale de la migration » ou de « stratégie migratoire marocaine » , sans préciser qu’elle ne renvoie en fait qu’à la Stratégie Nationale d’immigration et d’Asile , et nullement à la stratégie nationale en matière de MRE , est un élément de confusion et d’ambiguïté , voir même une tromperie . Donnons cet exemple d’article rédigé après «briefing » du département concerné , publié en page 10 d’« Aujourd’hui Le Maroc » du 28 septembre 2017 : « Au cours des dernières années , le Maroc a pris de nombreuses mesures en faveur des migrants , notamment à travers la stratégie nationale de la migration . Approuvée en Conseil de gouvernement fin 2014 , ladite stratégie constitue l’un des piliers majeurs de la politique migratoire du pays » .

Or le déficit de réflexion nationale au sujet de la stratégie pour les MRE , est en effet flagrant . Il est urgent et primordial de le combler préalablement avant toute tentative de renouer le dialogue avec la hijra ou de traiter de certaines dimensions particulières du dossier MRE , en fonction de la conjoncture et de l’actualité du moment ici ou là , comme dans les circonstances dramatiques toutes récentes où le terrorisme a sévi à nouveau , en particulier en Espagne , avec l’implication de MRE , mais sans légitimer aucunement l’image négative véhiculée par une certaine presse , qui va jusqu’à affirmer comme nous l’avons montré dans une précédente contribution publiée sur « Oujdacity » , que le Maroc est devenu un pays en quelque sorte « producteur de terroristes » en insistant sur l’espace de naissance ( terrorisme« Born in Morocco » titre de manière insidieuse et sournoise « Jeune Afrique ») voir même est devenu un pays « exportateur de terroristes » ( !!!) comme l’ont écrit d’autres journaux .

 

À propos de cette commission interministérielle , présentée officiellement lors des consultations nationales au Maroc ( 26-29 septembre 2017 ) pour le Pacte Mondial relatif aux migrations comme une bonne pratique à prendre en compte comme « priorité à mettre en valeur » par le Maroc dans ce pacte dans le cadre d’une « stratégie de positionnement dans la gouvernance mondiale de la migration , fort de son expérience accumulée et de ses initiatives en tant que pays d’origine , de transit et de destination » , elle gagnerait de notre point de vue à voir sa composition élargie aux syndicats les plus représentatifs , aux ONGs des immigrés au Maroc , aux chercheurs en migration . Sa structuration en groupes thématiques sur la migration et l’augmentation de la fréquence de ses réunions annuelles ( quatre au lieu de deux actuellement) , seraient également bénéfiques , le tout avec la nécessité , encore une fois et encore , d’avoir préalablement une véritable stratégie nationale en matière de citoyens MRE .

ARRÊTER LE DOUBLE LANGAGE

Par ailleurs , n’est-ce pas les mêmes « responsables » d’institutions consultatives qui invoquent la nécessité du respect de la Constitution marocaine et des droits de l’Homme , alors qu’ils font tout pour que les citoyens marocains établis à l’étranger ne bénéficient pas de leur droit à la participation politique et à la représentation parlementaire par rapport au Maroc , en préconisant et en légitimant par exemple pour les élections législatives le vote par procuration ( vers le pays d’origine) , ou bien le vote par correspondance où le vote électronique toujours vers le pays d’origine !?

Au lieu d’accompagner et de contribuer positivement à la dynamisation du processus démocratique du pays , ne reprennent-ils pas au contraire à leur compte en les affinant même avec une approche sournoise et insidieuse , les pseudo-arguments des difficultés techniques , matérielles et logistiques avancés par les responsables du dossier électoral au Maroc !? Ne fournissent-ils pas une lecture antidémocratique de l’article 17 de la Constitution relatif aux droits politiques par rapport au Maroc des citoyens marocains à l’étranger ? Ne continuent-ils pas au même moment à invoquer la démarche « ėtapiste » , « graduelle » , « progressive » ou « évolutive » lancée le 16 juin 2006 pour sursoir aux décisions royales progressistes du 6 novembre 2005 , faire traîner les choses , les renvoyer aux calendes grecques, donner démesurément du temps au temps , comme si les Marocains établis hors des frontières nationales n’étaient pas des citoyens marocains mûrs et à part entière !?

L’exécution pertinente d’une stratégie nationale relative aux Marocains résidant à l’étranger , lorsqu’elle existe bien entendu , a aussi comme un des objectifs principaux , le renforcement de la gouvernance en matière de gestion des migrations . Elle suppose à ce titre que les instruments d’intervention et les leviers d’action y afférent et qui sont à bout de souffle depuis bien des années , soient mis à niveau ; que le recadrage des missions respectives de ces institutions soit assuré , compte tenu de l’évolution du secteur et du bilan objectif à élaborer du fonctionnement de chacune de ces institutions ; que leur gestion soit dorénavant saine , démocratique et transparente , sans dysfonctionnement , distorsion, carence ou défaillance et dans le respect absolu des textes qui les régissent .

Or à l’exception notable de la Fondation Mohammed V pour la Solidarité qui effectue notamment un travail remarquable d’accueil au sens large des citoyens marocains établis à l’étranger en visite au Maroc , dans le cadre de l’opération « Marhaba » ( entrée de 2.789.981 MRE durant celle s’étalant du 5 juin au 15 septembre 2017) , ceci n’est pas le type de gouvernance qui caractérise de nombreuses institutions nationales qui font partie du champ institutionnel chargé des Marocains résidant à l’étranger et ne sont nullement efficientes , avec en plus , la violation des règles de fonctionnement y afférentes .

Ces dysfonctionnements contribuent fortement à la décrédibilisation  des institutions et à la perte de confiance les concernant auprès des citoyens marocains , qu’ils soient de l’extérieur ou de l’intérieur du Maroc .

 

ASSUJETTIR LES RESPONSABLES DES INSTITUTIONS DÉDIÉES AUX MRE
A LA REDDITION DES COMPTES .

Sur un autre plan et en relation avec ce qui précède , d’autres passages du discours royal du 29 juillet 2017 , ne s’appliquent-ils pas à des responsables d’un certain nombre d’institutions nationales chargées du domaine des Marocains résidant à l’étranger, qui n’assument pas comme il se doit leur cahier de charge , font preuve de négligence , de laisser-aller , d’amateurisme et de ce que l’on pourrait appeler le « je-m’en-foutisme » ? Et ce , depuis bien des années , estimant avoir un statut d’impunité et d’intouchabilité qu’ils affichent avec arrogance , cumulant au même moment d’autres très hautes fonctions et n’ayant de compte à rendre à personne , même pas au parlement au niveau de l’action et au plan financier et sans que de surcroît , la Cour des Comptes , mise actuellement à contribution en liaison directe avec le discours du Trône 2017 , ne les soumette à un quelconque contrôle ! :

« Ne conviendrait-il pas de destituer tout responsable à chaque fois qu’on établit une négligence ou un manquement de sa part dans l’exercice de ses fonctions ? » , s’est interrogé le Roi dans ce même discours du Trône 2017 , mettant l’accent sur « la nécessité d’une application stricte des dispositions de l’alinéa 2 de l’Article premier de la Constitution , alinéa qui établit une corrélation entre responsabilité et reddition des comptes » !?

Et le Souverain de conclure avec une très grande fermeté et détermination : « Le temps est venu de rendre ce principe pleinement opérationnel . En effet , tout comme la loi s’applique à tous les Marocains , elle doit s’imposer en premier lieu à tous les responsables , sans exception ni distinction , à l’échelle de tout le Royaume . Nous nous trouvons à une nouvelle étape de notre action publique : il n’y’a pas de différence entre le responsable et le citoyen en termes de droits et d’obligations liés à la citoyenneté , et il n’y a pas lieu de se dérober à ses responsabilités ou de jouir de l’impunité » .

Il s’agit par conséquent d’activer les mécanismes de reddition des comptes , d’autant plus que c’est le cas à notre sens de certaines institutions nationales , chargées des citoyens marocains établis à l’étranger , en particulier :

-l’institution qui a une mission consultative et une mission prospective ;

– l’institution chargée principalement de l’aspect éducatif avec l’enseignement
principalement de la langue arabe et de la culture marocaine aux nouvelles
générations de Marocains résidant à l’étranger ;

-l’institution chargée de l’encadrement religieux qui accompagne
essentiellement les imams marocains dans les pays européens d’immigration .

Leurs « responsables » invoquent souvent le statut particulier ou le caractère spécifique des institutions précitées , pour ne pas assumer comme il se doit , leur cahier de charge , ou se retranchent derrière le Cabinet Royal , voir même le Palais Royal pour leur en imputer la responsabilité en cas de mauvaise gouvernance ,  en avançant à titre d’exemples les trois types « d’arguments » suivants :

1 – « vous savez qui préside l’institution – fondation» , alors qu’il y’a un président-délégué qui a comme charge la gestion de l’institution de manière saine , démocratique , transparente et efficiente dans le respect de la loi 19-89 portant sa création et votée au parlement en été 1990 ;

2 – « on n’est pas maîtres de l’agenda pour ce qui est de la tenue des assemblées générales ordinaires » , alors que c’est le président-délégué dans un cas ( Fondation Hassan II pour les MRE) , le président de l’institution dans un autre cas (CCME) , qui établissent l’ordre du jour et procèdent à la convocation ;

3 – « le Conseil envoie bien des avis consultatifs et des rapports prospectifs , mais ce n’est pas à nous de les publier , ni même d’en faire état … » , alors que ces « avis » et rapports n’ont jamais été préparés et/ou adoptés en bonne et due forme depuis une dizaine d’années !

A ceux-là aussi qui développent les pseudo-arguments précités et bien d’autres aussi inconsistants , s’applique à notre sens cette sentence dite le 29 juillet 2017 avec une franchise royale : «Assez ! (…) Acquittez-vous pleinement des missions qui sont les vôtres ou bien éclipsez-vous ! Car le Maroc compte des femmes et des hommes honnêtes et sincères envers leur pays » , ces personnes aussi bien du sexe féminin que du sexe masculin se trouvant , faut-il de notre point de vue le rappeler , aussi bien à l’intérieur même du Maroc , que parmi la Jaliya .

Dés lors , et nous tirons un autre enseignement de ce discours du Trône  2017 : « il appartient à chaque responsable d’exercer les prérogatives qui lui sont dévolues , en toute autonomie . Il ne doit pas justifier son incapacité à agir en ressassant le refrain : « Ils m’empêchent de faire mon travail » . S’il n’en est pas capable , qu’il présente sa démission , personne ne l’en empêche ! » .

En d’autres termes , il convient de travailler correctement en assumant toutes ses responsabilités , ou bien de quitter les lieux .

Déjà , en 2005 , le Rapport général « 50 ans de développement humain au Maroc et perspectives pour 2025 » , identifiait à la page 86 l’absence d’ « accountability » parmi les obstacles majeurs qui ont obéré et continuent de conditionner le développement du pays , en préconisant l’application de ce principe à toutes les institutions publiques :

« L’obligation de rendre des comptes (« accountability ») nous a souvent fait défaut . En effet , la responsabilisation des acteurs du développement est un élément essentiel de toute stratégie de modernisation d’un pays . Lorsque ceux-ci sont tenus de rendre des comptes aux citoyens sur les politiques menées , alors se renforcent les chances que des projets soient élaborés afin de rendre service à la communauté et d’améliorer le bien être des citoyens . Bien des dérives de nos établissements publics auraient pu être évités , si s’était exercé sur eux un contrôle efficient , qui aurait eu pour corolaire transparence dans la gestion et rapidité de mise en œuvre des mesures correctives » .

NE PAS FAIRE PORTER LE CHAPEAU AU ROI

Pour les cinq millions de citoyens marocains disséminés à travers le monde , quelque soit par ailleurs l’évolution de leur statut juridique dans les pays d’accueil , et pour conforter le sentiment d’appartenance au Maroc , l’effectivité des attributs de la citoyenneté marocaine , avec en particulier l’exercice réel de la citoyenneté et l’éligibilité parlementaire par rapport au Maroc doit , de notre point de vue , être enfin concrétisée dans sa plénitude , sans amputation aucune et sans la reporter toujours à plus tard , sous prétexte que les circonstances ne sont pas propices et que la situation n’est pas encore mûre pour le faire .

Là aussi , que les responsables en particulier de l’institution consultative et prospective relative à la communauté des citoyens marocains à l’étranger , ne se réfugient pas derrière une interprétation erronée qu’ils font volontairement d’un discours royal (celui du 17 juin 2011), pour justifier l’action qu’ils entreprennent avec zèle , ayant comme objectif l’inadmissible discrimination politique à l’égard des citoyens marocains établis à l’étranger .

Reprenons à la lettre ce passage du discours royal du 17 juin 2011 , prononcé à la veille de la tenue du référendum constitutionnel du premier juillet 2011, auquel ont participé les Marocains établis à l’extérieur :

« Pour ce qui concerne nos citoyens résidant à l’étranger , ils disposeront d’une représentation parlementaire DÉS QUE la formule démocratique y afférente aura mûri , étant entendu qu’ils jouissent du droit de voter et de se porter candidat dans les deux Chambres du parlement » .

Peut-on envisager valablement un seul instant , que ce passage du discours royal signifie que les citoyen(ne)s marocain(e)s établi(e)s à l’étranger NE SONT PAS MÛRS pour la participation et la représentation politiques par rapport au Maroc , comme tentent de le faire accréditer de manière sournoise et à travers divers canaux , les adversaires acharnés de cette implication citoyenne !? Ce passage ne constitue t-il pas plutôt un encouragement explicite , une impulsion forte et une incitation pressante à la réflexion approfondie et au débat pluriel fécond pour explorer les voies et moyens de concrétiser sur le terrain un droit constitutionnel , pour trouver le plus rapidement possible et sans perdre encore plus de temps la formule pratique et le mécanisme opérationnel adéquat de cette implication avec une démarche bien inclusive !?

Or au lieu de faire mûrir la réflexion dans ce sens avec la volonté d’aboutir positivement , le lobby anti-participationniste dont font partie les responsables de deux institutions nationales consultatives qui sont encore dirigées par un même président , a tout fait au contraire pour tenter d’enterrer l’idée même de cette intégration politique des citoyens marocains établis à l’étranger , en faisant assumer au Roi la responsabilité de cette discrimination citoyenne insupportable !!!

Cette attitude rappelle ce passage du discours royal du 29 juillet 2017 qui fustige le comportement de certains « responsables » qui n’assument pas leurs responsabilités , mais font porter le chapeau au Roi quand il y’a des problèmes  :

« quand le bilan se révèle positif , les partis , la classe politique et les responsables s’empressent d’occuper le devant de la scène pour engranger les bénéfices politiques et médiatiques . Mais quand le bilan est décevant , on se retranche derrière le Palais Royal et on lui en impute la responsabilité » .

 

GARE À UNE NOUVELLE DÉMARCHE NON PRODUCTIVE !

 

La démarche « nouvelle » , consistant à « miser » « tactiquement » sur le constat de l’existence au sein de la société civile de la Jaliya de points de vues différents et de perceptions divergentes en matière de participation et de représentation politiques des Marocains résidant à l’étranger pour justifier le maintien du report de la concrétisation de ce droit , est une approche aussi improductive que celle qui a été suivie depuis le 16 juin 2006 , avec l’adoption de la démarche dite graduelle , évolutive ou progressive . Celle-ci s’est avérée en fait une démarche régressive par rapport au discours royal fondateur et progressiste du 6 novembre 2005 , conforté par les acquis de la Constitution rénovée de 2011 , en particulier son article 17 qu’il s’agit de lire de manière ouverte et non pas d’en faire une interprétation restrictive et antidémocratique.

Cette démarche de division est répandue dans pratiquement toutes les tables rondes et tous les ateliers organisés sur la participation politique des MRE ( comme celui tenu par le ministère MRE le 2 août 2017 à Rabat) par des personnes ( pratiquement toujours les mêmes ) visiblement « missionnées » et téléguidées par des membres ou proches du lobby anti-participationniste , avec toujours un premier objectif : faire tout à travers diverses provocations pour torpiller les rencontres elles-mêmes et en cas de non réussite , tenter d’imposer coûte que coûte leur vision des choses , par le biais d’arguments fallacieux .

Les différences constatées ne concernent pas les modalités proprement dites de concrétisation de la participation politique , mais renvoient à un désaccord sur le principe même de cette participation qui est refusée par ces « chargés de mission » d’un genre particulier : être au service de l’agenda de ce lobby , alors que la Constitution a tranché la question …

Généralement , les gens militent pour la reconnaissance d’un certain nombre de droits et leur application sur le terrain . Ils ne « militent » pas pour que des droits reconnus ne soient pas concrétisés , sauf évidemment s’ils sont poussés par certains milieux et qu’ils attendent une récompense en retour , par exemple un siège à l’occasion de la prochaine composition de l’institution consultative dédiée spécifiquement à la communauté marocaine à l’étranger !

De manière concrète , il ne s’agit pas par ailleurs de se focaliser sur le constat établi par d’aucuns dans un argumentaire à l’occasion du panel du 2 août 2017 selon lequel « la question de la participation politique des Marocains résidant à l’étranger reste problématique ( !!!) sachant que pour certains , cette participation doit être électoralement représentative des MRE à partir des pays de résidence , pour d’autres , elle ne doit pas être en contradiction avec l’intégration dans ces pays et devrait revêtir d’autres formes d’implication citoyenne » .

En d’autres termes , selon cette dernière approche , le droit de vote à l’extérieur doit se penser en cohérence avec l’intégration dans les pays de résidence et non pas en les considérant comme des citoyens marocains temporairement à l’étranger . Toujours selon cette démarche , cette politique doit être conçue comme un enjeu également pour le pays d’accueil , sous peine de mettre en difficulté les processus d’intégration des populations étrangères , dont celle d’origine marocaine , dans ces pays .

À ceux qui cherchent encore à instrumentaliser ce genre de pseudo-arguments qui sont présentés comme des constats objectifs , des contraintes réelles , alors qu’ils sont par ailleurs mis en avant là aussi par le lobby anti-participationniste , nous conseillons vivement de revenir au discours de célébration du 59ème anniversaire de la Révolution du Roi et du Peuple ( dont les MRE font partie intégrante) , dans lequel le Roi Mohammed VI qualifie les nouvelles générations de Marocains nés à l’étranger de « nos compatriotes » , qui sont invités à participer très activement à « la construction du Maroc de demain » , sachant que le développement national renvoie non seulement aux dimensions économique , sociale , culturelle , environnementale , mais également aux aspects politiques et démocratiques !

Rappelons aussi la décision royale annoncée dans le discours royal du 6 novembre 2005 , consistant à faciliter au maximum aux jeunes marocains nés à l’étranger l’inscription sur les listes électorales au Maroc pour pouvoir exercer leur droit de vote et d’éligibilité à toutes les élections à l’intérieur du Maroc . Cette décision avait donné lieu à l’adoption en 2007 de la loi 23-06 en la matière .

Voilà une véritable volonté politique exprimée avec vigueur , qu’il s’agit de faire appliquer par les ministères concernés . Comment dés lors justifier le fait que des choix d’ouverture décidés au plus haut sommet de l’Etat , soient remis en cause voir même combattus à des échelons inférieurs de la hiérarchie !? Il y’a en effet absence manifeste de cohérence entre d’une part , ce qui est dit au niveau officiel solennel et engage l’Etat , ce qui est préconisé par la Constitution à laquelle tout un chacun doit se soumettre , ce qui est voté au parlement et s’impose à tous , et d’autre part , ce qui est pratiqué ou préconisé par les administrations et institutions marocaines concernées .

Il s’agit par conséquent d’opérationnaliser au plus vite et de manière démocratique la Constitution , sans chercher à faire perdre encore plus de temps et de confiance à la communauté des citoyens marocains à l’étranger en son pays d’origine et en ses institutions . Le droit de vote et d’éligibilité parlementaire en particulier des citoyens MRE , doit être conçu et mis en œuvre en tant qu’élément d’une politique globale au profit des citoyens marocains à l’étranger comprenant d’autres politiques publiques dans le cadre précisément d’une stratégie nationale qui fournit une cohérence d’ensemble , avec comme objectif fondamental le maintien et le renforcement du lien social et du sentiment d’appartenance au Maroc des citoyens marocains établis à l’étranger , en évitant le risque de brisure et de cassure citoyenne . Ceci participe également de la normalité politique et du renforcement de la cohésion nationale qu’il s’agit d’assurer .

Il serait hautement souhaitable que cette question capitale figure à l’ordre du jour à l’occasion de l’ouverture solennelle de la deuxième année de la présente législature le 13 octobre 2017 . Car au vu de l’expérience des années passées , ni les gouvernements et majorités parlementaires qui se sont succédés , ni les partis politiques ( sauf rares exceptions) , n’ont eu le courage politique de prendre leurs responsabilités constitutionnelles en exprimant clairement et en défendant dans la pratique la volonté politique d’assurer l’effectivité de la citoyenneté intégrale par rapport au Maroc des citoyens marocains établis à l’étranger .

 

UNE ALERTE DE 1999 EN MÉMOIRE

Que l’on nous permette à ce niveau , de rappeler une alerte que nous avions formulée en octobre 1999 , à l’aube du nouveau règne , dans notre livre-plaidoyer pour une politique gouvernementale de changement relative aux Marocains résidant à l’étranger intitulé : « la communauté marocaine à l’étranger et la nouvelle marche marocaine » :

« Or comme le relevait naguère le poète Aragon : « On n’a pas le temps de le croire…et c’est demain » . Pour les citoyens marocains à l’étranger et principalement sa jeunesse , demain figure déjà dans les transformations qualitatives et les changements profonds et rapides du présent qui nécessitent d’être intégrés dans l’analyse et dans l’action en matière de politique relative à la communauté marocaine vivant à l’étranger , en envisageant les éléments de stratégie non seulement de réaction , mais surtout d’anticipation . Nous sommes ainsi à une étape critique . Comme le disait par ailleurs le général Mac Arthur , « toutes les guerres perdues se résument en deux mots : trop tard » . Voilà le Maroc face à un choix que personne ne fera à sa place . Il est plus que temps .

« (…) Sans suspicion aucune , si les « T.M.E » (travailleurs marocains à l’étranger) étaient considérés dans le passé comme une exportation de chômeurs pour des devises en plus , leurs descendants dans les pays de séjour , s’ils continuent à être abandonnés à eux mêmes par le Maroc , seront-ils à la longue des Marocains en moins ?

« La question n’est pas soulevée uniquement pour revendiquer un simple droit à la mémoire en réservant le passé pour le Maroc et l’avenir identitaire pour les pays d’immigration . Il d’agit d’aller bien plus loin en projetant la marocanité des résidents marocains à l’étranger dans le futur , faire en sorte que nos compatriotes disséminés dans le monde et principalement en Europe , soient réellement considérés à travers leurs obligations et leurs droits , comme des citoyens marocains à part entière . Ceci impose bien entendu aux pouvoirs publics et à la société marocaine dans son ensemble des responsabilités , obligations et devoirs envers nos concitoyens qui sont à l’étranger .

« Voilà un vaste champ de réflexion et d’action qui nous interpelle collectivement de manière très urgente , avec la nécessité non seulement de combler le retard accumulé , mais aussi de maîtriser l’avenir par le biais non pas d’une simple approche réactive , mais surtout d’une démarche anticipatrice… » .(fin de citation) .

L’enjeu en octobre 2017 est pratiquement stratégique et d’ordre national . Le risque étant de voir le sentiment d’appartenance de la jaliya à la nation marocaine s’amenuiser au fil des générations , particulièrement chez les couches qui auront été « mieux intégrées » pour ne pas dire absorbées par les pays d’accueil . Il est par conséquent de la plus haute importance de réduire , voir de supprimer la ligne de fracture citoyenne et de ne pas laisser prévaloir parmi la hijra les sentiments inquiétants d’exclusion , de mépris , d’humiliation et d’abandon , qui ne font qu’accélérer d’une part la perte des liens identitaires , attaches patriotiques et esprit d’appartenance au Maroc , et d’autre part contribuer à faire tomber certains jeunes dans des comportements non maîtrisables …

 

POUR UN PACTE NATIONAL RELATIF AUX DEVOIRS
ET AUX DROITS DES CITOYENS MAROCAINS DE L’ETRANGER

 

S’ouvrant sur l’avenir , le discours du Trône 2017 appelle , dans le cadre d’un nouveau pacte national à une Nouvelle Marche au profit de tous les Marocains . Cette nouvelle marche devrait , à notre sens , concerner et impliquer aussi de manière étroite la communauté des cinq millions de citoyennes et de citoyens marocains établis hors du territoire national , que ces derniers ou leurs descendants soient originaires du Rif , de Sakiat Al Hamra , de Béni Mellal , Khénifra , Kénitra ou d’Oujda .

Dans cet esprit et pour faire face aux défis majeurs mis en relief dans nos développements et qui nécessitent un sursaut national réel , l’organisation d’un dialogue national approfondi sur le dossier stratégique de la communauté des citoyens marocains établis à l’étranger , minutieusement et méthodiquement préparé par les deux chambres réunies du Parlement, nous paraît de la plus haute importance .

Cette réflexion nationale , à mener avec une approche ouverte et plurielle , devrait impliquer notamment la société civile MRE et la société civile de l’intérieur du Maroc , toutes les forces vives du pays , les institutions dédiées en totalité ou en partie aux MRE . Elle serait à même de dégager des points de convergence relatifs à ce dossier , de contribuer à une opérationnalisation démocratique des dispositions de la Constitution concernant les citoyens marocains à l’étranger , à élaborer en quelque sorte et s’entendre sur un pacte national sur les obligations et les devoirs de nos compatriotes établis à l’étranger , mais également leurs droits multidimensionnels par rapport au Maroc qui engagent l’Etat et la société marocaine dans son ensemble .

Comme le relevait le « Rapport du Cinquantenaire » sur le Maroc déjà mentionné , « les vertus du débat public sont inestimables . Rien ne remplace dans la gestion de la vie publique , ces forums où idées , concepts et analyses s’agrègent au service d’un projet national partagé » .

A l’heure où , à l’instar des autres pays du monde , le Maroc est attendu mais avec des responsabilités particulières compte tenu de son statut dans le domaine migratoire , pour participer activement à l’élaboration notamment d’un « Pacte Mondial pour des migrations sûres , ordonnées et régulières » , il est primordial , nous semble t-il , d’inscrire cette démarche avec la nécessité impérieuse d’avoir un pacte national au Maroc dans le domaine des migrations ( émigration et immigration) , et de mettre à niveau à l’horizon fin 2018 , tout le dispositif institutionnel relatif notamment aux citoyens MRE ainsi que l’arsenal juridique concernant aussi bien le domaine MRE que celui de l’immigration étrangère au Maroc .

Voilà en tant que citoyen marocain , analyste et observateur actif et assidu de la scène migratoire marocaine , très soucieux notamment de la cohésion nationale et de la défense des droits multidimensionnels des citoyens marocains à l’étranger par rapport au Maroc , y compris au plan démocratique et politique , ma lecture du discours du Trône 2017 avec des éléments pour une alternative qui s’impose de manière urgente , compte tenu du très long passif en la matière , en dépit notamment de multiples rappels à l’ordre du Souverain depuis pratiquement le nouveau règne .

LES VERTUS DE LA CONSTANCE

À ceux qui nous « conseillent » de « cesser de ressasser des revendications dépassées » , nous dirons que tant que des revendications citoyennes légitimes ne sont pas satisfaites , il faut en parler et les soumettre au débat public , arguments à l’appui . Contrairement aux « conseils » d’autres qui estiment qu’
« il serait illusoire de s’attendre à une réponse positive quelconque quelque soit l’échéance » s’agissant de cette revendication citoyenne , nous répondons qu’il ne s’agit nullement d’un combat d’arrière garde , d’une « mode » , mais d’une conviction démocratique profonde que tout un chacun , soucieux d’assumer pleinement ses responsabilités citoyennes , ne peut que partager et appuyer .

En matière de citoyenneté , les « conseils » prodigués par les uns de baisser les bras , de tourner la page , de « ne pas se cramponner à une demande irréaliste » , à « une revendication obsessionnelle » ; par les autres de renoncer à une « lutte illusoire », d’abandonner le combat démocratique , de ne pas revendiquer l’effectivité d’un certain nombre de droits politiques , au surplus constitutionnels comme dans le dossier politique des citoyens MRE , sont irrecevables . Car tous les arguments des « anti-participationnistes » des citoyens MRE par rapport au Maroc sont spécieux et inconsistants , s’inscrivant essentiellement dans le cadre de la vision purement sécuritaire qui voudrait gommer pour les citoyens MRE et pour des raisons totalement inacceptables parce que non objectives , toute revendication politique par rapport au Maroc . Ce statuquo est intenable .

Les derniers éléments présentés comme des arguments de « destruction massive » de la démarche favorable à la participation politique des MRE , n’en sont pas . Ce n’est pas parce que quelques MRE ont prôné le séparatisme à l’occasion du « Hirak du Rif » , qu’on continuera à légitimer l’exclusion des citoyens MRE de leurs droits politiques par rapport au Maroc . Ajoutons à ce stade que ceux qui militent pour des thèses séparatistes , ne cherchent même pas à participer aux élections marocaines , et encore moins à être parties prenantes de ses institutions élues …

Par ailleurs , certes le combat contre le terrorisme doit être un devoir pour tout citoyen responsable , mais on ne peut sous prétexte de cet impératif sécuritaire , et de l’implication d’une infime minorité de MRE dans des attentats terroristes en Europe , légitimer la discrimination politique que certains voudraient maintenir à l’encontre des citoyens MRE , après avoir utilisé dans le passé bien d’autres arguments fallacieux . Cette vision purement sécuritaire a été confortėe par des responsables institutionnels qui ont plutôt par leur compromission , combattu les droits et les intérêts de la communauté des citoyens marocains établis à l’étranger , et fait en sorte que ce qui pouvait être des fleurons du champ institutionnel MRE , se soient transformés en fossoyeurs de ces droits , en instruments plus soucieux de la perpétuation de l’exclusion , que de l’inclusion démocratique par rapport au Maroc des citoyens marocains établis à l’extérieur .

Étant bien conscient de ne pas être dans l’air du temps , de ramer à contre-courant , pour autant la résignation n’est nullement de mon point de vue , une vertu citoyenne . Elle constitue plutôt , sans forfanterie et en toute responsabilité , un des signes de l’absence de courage intellectuel et politique .

 

Rabat , le samedi 7 octobre 2017

Abdelkrim Belguendouz
Universitaire à Rabat , chercheur en migration

 
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