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JERADA : L’espace de projets de Aïn Bni Mathar-mrija

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L’espace de projets de Aïn Bni Mathar-mrija

1. Données naturelles et humaines

La partie nord des Hauts plateaux du Maroc Oriental, qui gravite autour de Aïn Bni Mathar à l’Est et de Mrija à l’Ouest, constitue un espace relativement favorisé par rapport aux steppes méridionales qui se prolongent jusqu’aux confins sahariens.

En effet, les précipitations demeurent relativement substantielles, autour de 200mm/an, même si le climat est continental, en raison de la situation à l’intérieur des terres et de l’altitude (1000 à 1100 m). L’intérêt de cette zone consiste dans la relative abondance de ses parcours d’alfa et d’armoise, support d’un élevage ovin et caprin extensif traditionnel qui connaît des transformations sensibles.

Par ailleurs, une certaine activité agricole s’y développe en sec (céréaliculture), mais, localement aussi au moyen de pompage (maraîchage, cultures fourragères, arboriculture).

L’intérêt de cet espace réside aussi dans sa relative richesse en eaux souterraines par endroits qui se présentent parfois sous forme d’importantes résurgences, comme c’est le cas à Aïn Bni Mathar même.

Cet espace de projets, qui s’étend sur quelque 2160 km², comporte, outre la municipalité de Aïn Bni Mathar, 4 communes à forte dominante pastorale qui sont : Bni Mathar et Oulad Sidi Abdalhakem à l’est, Mrija et Oulad Ghziyel à l’ouest.

La population totale de cet espace a connu une augmentation substantielle entre 1982 et 1994, passant de 19.000 à 23.500 personnes, soit un croît global de l’ordre du quart. Ce croît est le fait du centre urbain de Aïn Bni Mathar, dont le nombre de résidents a augmenté de 60% environ, alors que l’effectif de population rurale est resté stagnant. Sur la base de cette évolution différenciée, on peut établir les perspectives démographiques à près de 38.000 habitants vers 2025, dont les 3/4 résideront en milieu urbain, à savoir Aïn Bni Mathar et le centre émergent de Mrija.

Perspectives démographiques

 
Milieu    2000    2005    2010    2015    2020    2025      
Urbain    15 500    17 500    20 000    22 000    25 000    28 000      
Rural    13 000    12 500    11 500    11 000    10 500    10 000      
Total    28 500    30 000    31 500    33 000    35 500    38 000      
Taux d’urbanisation (%)    54    58    63    67    70    74     
Source :  Elaboration Edesa

Comme il ressort de ces perspectives, la population rurale devra connaître une réduction assez sensible, en passant de 13.000 habitants actuellement, à près de 10 000 vers 2025, ce qui signifie une diminution de l’ordre du quart, consécutivement à l’installation d’une bonne partie des nomades dans les centres urbains de la zone ou à leur émigration vers l’extérieur. Parallèlement au phénomène d’urbanisation en cours, la population des ruraux sédentaires augmente par la fixation continue des nomades (dont l’effectif ne dépassait guère 7354 personnes dans 935 ménages en 1994). L’ensemble de ces facteurs constituent une évolution bien différente de celle qui s’est effectuée jusqu’à présent et qui ne fera que s’accentuer davantage à l’avenir.

Ainsi, l’urbanisation et la sédentarisation accrues des nomades, avec l’extension de l’activité agricole devront entraîner un allégement de la charge pastorale sur les parcours, d’un côté, et créeront des besoins à la fois nouveaux et plus importants au niveau de l’alimentation en eau, des équipements de base, des services sociaux et de l’infrastructure économique, de l’autre.

2. Stratégie de développement et d’aménagement

L’espace de projets de Aïn Bni Mathar-Mrija se caractérise par la fragilité du milieu naturel, en raison de l’aridité. L’accentuation de celle-ci au cours des dernières décennies entraîne la rupture d’équilibres anciens précaires, au moment où des transformations radicales sont en train de se faire sur les plans social et économique.

Cette nouvelle donne oblige à entreprendre des actions d’aménagement et de développement dont le caractère fondamental doit être la prudence, afin de ne point exposer les ressources locales, somme toutes limitées, à l’aggravation du processus de dégradation, voire même pour tenter d’inverser la tendance en permettant au milieu naturel de mieux se régénérer.

Pour s’inscrire dans ce contexte de valorisation optimale des ressources, l’action de développement devra se déployer au moins à quatre niveaux complémentaires : la gestion rationnelle de l’eau, la protection continue du couvert végétal, la reconsidération urgente du statut foncier et l’aménagement intégré des centres urbains, tout particulièrement Aïn Bni Mathar destiné à constituer le pôle d’encadrement et de développement de la zone.

2.1. La gestion rationnelle de l’eau

Les ressources hydriques pérennes de l’espace de projets de Aïn Bni Mathar sont toutes souterraines. Elles nécessitent des forages souvent profonds pour leur exploitation, pour satisfaire les besoins en eau potable et en eau d’abreuvement et d’irrigation. La nappe est fortement sollicitée par la demande locale, mais aussi pour la ville de Jrada.

L’arrêt de l’exploitation charbonnière dans cette dernière ville et la fermeture de la centrale thermique qui en dépend et utilise de grandes quantités d’eau, permettront de dégager un volume d’eau considérable pouvant être affecté à l’irrigation et pour faire face à l’accroissement rapide des besoins de la ville de Aïn Bni Mathar, dont la population connaîtra un doublement au cours des 25 prochaines années ; avec l’installation d’activités économiques consommatrices d’eau  (agro-industrie, tanneries, travail de l’alfa…)

Les estimations établies pour les besoins futurs en eau potable laissent apparaître un volume nécessaire de 1,1 million de m3 en  2025 pour répondre à la demande domestique, à laquelle il faudrait ajouter les besoins de la demande économique, ainsi que celle qui sera formulée de plus en plus par le centre de Mrija. Il est évident que les besoins seront nettement plus importants si les économies nécessaires ne sont pas réalisées au niveau de la consommation et si les activités économiques connaissent une croissance inattendue. Une dotation moyenne de 150 l/j par habitant (toutes consommations confondues) porterait le niveau de la demande à plus de 1M m3 vers 2010 et à plus de 1,5M m3 vers 2025.

Quoi qu’il en soit, ce volume important d’eau qui sera mobilisé à des fins d’AEP, et pour les consommations économiques, posera certainement le problème de rejets des eaux usées et, partant, la nécessité d’installer une unité de traitement qui permettra de les épurer et de les réutiliser afin de récupérer le maximum de cette denrée hydrique particulièrement rare dans ce milieu aride.

Le mouvement de sédentarisation des nomades entraînera lui aussi d’autres besoins à satisfaire pour alimenter les différentes agglomérations rurales en gestation (villages agro-pastoraux). De même que l’élevage nécessite l’aménagement de points d’eau. Toutefois, c’est l’irrigation qui restera le secteur le plus important en matière de consommation d’eau.

Ainsi, dans ce milieu aride et sec, où l’évaporation est intense, il est nécessaire d’orienter l’irrigation vers les systèmes les plus économes et plus particulièrement le goutte-à-goutte, pour remplacer progressivement les systèmes gravitaire et d’aspersion utilisés sur place, dans le périmètre de Aïn Bni Mathar.

2.2. Protection des parcours

La steppe constitue, après l’eau, le deuxième fondement essentiel de l’économie de cet espace. Or, cette ressource est l’objet d’une surexploitation de plus en plus active et intense, opérée par un mouvement de défrichement implacable, en vue de gagner des terres de culture, d’un côté, et par le gonflement des troupeaux entraîné par une spéculation effrénée, de l’autre, le tout aggravé par des sécheresses récurrentes de plus en plus aiguës.

C’est dans ce cadre d’exploitation abusive du couvert végétal que s’inscrit le projet dit FIDA, destiné à protéger et favoriser la régénération de la steppe. Un tel programme de sauvegarde et de réhabilitation des parcours ne peut être une action limitée dans  le temps, mais plutôt une stratégie de longue haleine qui devra s’adapter avec l’évolution du mouvement de sédentarisation, du développement de l’agriculture et des mutations que connaît l’élevage et ses pratiques.

L’objectif est de faire adopter le projet par les populations des agriculteurs et des éleveurs de sorte qu’ils acquièrent des habitudes d’exploitation modérée et prudente des parcours, pour assurer la durabilité de la ressource et, donc, de leurs revenus. L’instauration d’un climat de réconciliation de la population avec son milieu est la garantie de sauvegarde de ce dernier comme support de développement.

C’est aussi dans ce sens, qu’il faudra reconsidérer le projet d’installation d’une usine de pâte à papier à base d’alfa (préconisée à Jrada par le plan de reconversion de l’économie minière), en pesant le pour et le contre d’une telle entreprise et de ses conséquences à long terme sur les parcours de la zone, voire même de la Région tout entière. La faisabilité de ce projet reste des plus incertaines au vu des risques qu’elle comporte et des ruptures qu’une telle entreprise pourrait entraîner dans un milieu naturel fortement et diversement fragilisé par le surpâturage, les défrichements et l’aridification du climat.

2.3. La question du foncier

 
L’économie pastorale extensive s’est faite, jusque-là, dans le cadre de structures traditionnelles et dans un contexte nominalement collectif, mais où l’initiative privée domine de plus en plus largement. Ainsi,  l’élevage pratiqué n’obéit plus à l’ancienne organisation communautaire qui assurait une certaine protection à la steppe, puisque les mouvements de transhumance s’opèrent de plus en plus par des moyens de transport mécaniques, appuyés parfois le recours logistique aux moyens de télécommunication modernes, ce qui aboutit à une exploitation accélérée et  abusive des parcours.        

Une  politique réaliste vis-à-vis du problème foncier est nécessaire pour mettre fin aux défrichements spontanés, qui atteignent tout particulièrement les secteurs où la steppe est relativement en bonne santé afin de profiter des sols locaux. Il est indispensable de mettre sur pied un système rigoureux de contrôle des opérations de défrichement même si une telle entreprise est délicate, vu l’étendue de la steppe, la mobilité des pasteurs et la modicité des moyens pouvant être consacrés à cette tâche.

Parallèlement, il serait judicieux d’orienter et canaliser la sédentarisation des nomades vers des secteurs déjà défrichés. Ces derniers doivent être délimités, soustraits au statut collectif, immatriculés et cartographiés, en vue de procéder à leur appropriation selon une formule qui reste à étudier. Cette opération aura de surcroît l’avantage de doter les agriculteurs agglomérés en villages, des équipements nécessaires en matière d’eau potable, d’électricité, de scolarisation, de santé, de services vétérinaires, d’encadrement agricole et de routes…; tout en les incitant à s’organiser en sociétés coopératives, à des fins d’approvisionnement, de transformation, de commercialisation, de services ….

Ce regroupement  offre également de meilleures possibilités de désenclavement de la steppe par la construction de voies de communication pour desservir les agglomérations en formation.

2.4. Développement et aménagement urbains

Les deux centres urbains actuels de l’espace de projets représentent un atout considérable pour l’encadrement socio-économique de la steppe et des pasteurs, et ce pour consolider la fonction de zone charnière que cet espace devra remplir entre les parties nord et sud de l’Oriental.

Cette fonction à caractère multidimensionnel est du ressort du centre de Aïn Bni Mathar principalement, et de Mrija de manière subsidiaire.

De par sa position géographique et les fonctions  d’encadrement et de commandement qu’elle est appelée à exercer, le centre de Aïn Bni Mathar doit bénéficier d’aménagements importants et à caractère structurant, tenant compte des données de la ville elle-même et celles de son arrière-pays.

L’urbanisme et l’habitat

Etant encore dans ses premières phases de croissance, Aïn Bni Mathar nécessite un plan d’urbanisme tout à fait spécifique, tenant compte de sa localisation dans une zone aride, dont l’économie est essentiellement basée sur le pastoralisme, assurant divers services de commandement et des fonctions de relations diversifiées. Ce document prospectif devrait lui permettre de juguler, au départ, les facteurs de croissance anarchique, comme cela a été  le cas  pour la plupart des agglomérations  urbaines de l’Oriental.

Ce document doit comporter un zoning approprié, de nature à sauvegarder les terres agricoles irriguées contiguës, de protéger l’oued contre tout risque de pollution, de bien situer les zones d’activités, étant donné la situation du centre sur un grand axe de communication, et de tenir  compte des coutumes des populations immigrantes, pour la plupart de traditions nomades, habituées au logement monofamilial et souvent isolé.

Ce document sera aussi l’occasion de régler la question foncière pour permettre la mobilisation de terrains à réserver aux lotissements, à la réalisation de zones d’activités et aux grands équipements.

Le centre de Mrija nécessite également l’élaboration d’un plan d’aménagement pour faire face au mouvement de sédentarisation en cours dans la partie ouest de cet espace de projets, où il joue d’ores et déjà le rôle de petit pôle local de services au profit des nouveaux agriculteurs et des éleveurs. L’immigration et la sédentarisation en cours appellent l’organisation de lotissements d’accueil, pour éviter une croissance anarchique du centre, avec ce que cela pourrait entraîner comme sous-habitat et comme dysfonctionnements au niveau de la localisation des activités,  du tracé de voirie et de l’assainissement.

Par ailleurs, les communes pastorales de Oulad Ghziyel et Oulad Sidi Abdalhakem, ont besoin de centres chefs-lieux pour en assurer l’encadrement et la prestation des services nécessaires pour les éleveurs et les troupeaux. Il est bien évident que cela requiert l’élaboration d’un document d’urbanisme léger, mais approprié, pour éviter toute croissance anarchique, tout en veillant à localiser ces centres sur des voies de communication déjà existantes ou à leur proximité.

En somme, qu’il s’agisse de Aïn Bni Mathar ou de Mrija, des documents d’urbanisme opérationnel et à caractère préventif, sont impatiemment attendus pour leur assurer une croissance harmonieuse et une valorisation optimale des ressources. La production de tels documents se trouve amplement favorisée par le statut collectif des terrains à urbaniser.

L’assainissement

La protection des nappes souterraines contre les risques de pollution, d’une part, et la recherche d’un environnement sain, à Aïn Bni Mathar et Mrija, d’autre part, imposent la mise en place d’un système intégré d’assainissement, comportant, évidemment, le réseau de collecte, mais aussi des unités d’épuration des eaux usées, avec leur réutilisation, tout aussi bien dans l’irrigation que dans la propreté et le nettoyage de la voirie et des activités artisanales ou de petites industries consommatrices d’eau comme la tannerie, la poterie, le lavage de la laine, etc.

Voirie et circulation

La position géographique de Aïn Bni Mathar, comme étape importante sur le grand axe reliant Oujda à Bouarfa,  Figuig et le Tafilalt, implique l’organisation de l’activité de circulation qui doit tenir compte du développement du centre, sans y générer de nuisances. Cela renvoie vers la conception d’une artère centrale bien dimensionnée pour permettre le passage des flux sans problèmes, avec l’aménagement d’aires de stationnement pour les véhicules de transport, notamment pour les poids-lourds.

Dans ce domaine important pour cet espace de projets, il y a lieu de prendre également en compte l’évolution de Aïn Bni Mathar vers la situation de carrefour routier, avec l’ouverture récente de la route en direction de Taourirt et Dabdou et, probablement aussi, lorsque la situation politique le permettra, la refonctionnalisation de la route allant en territoire algérien vers Al Aricha. Pour conforter Aïn Bni Mathar dans sa fonction d’étape routière et de carrefour, il est nécessaire de doter le centre d’une gare routière. De même, et dans la perspective probable de réutiliser la ligne de chemin de fer à des fins touristiques et économiques, on pourrait envisager, pour le long terme, la construction d’une petite gare de chemin de fer à Aïn Bni Mathar.

Il est intéressant de penser à la construction de la route entre Aïn Bni Mathar et Outat Al Haj, passant par Al Atef, afin d’ouvrir cet espace sur la haute Moulouya et, de là, sur Fès et Meknès.

D’autres projets routiers sont programmés à l’horizon 2006. Il s’agit de :

l’élargissement de la route 606, reliant Aïn Bni Mathar et Oulad Ghziel, sur une longueur de 37 km ;
l’aménagement de la route 606, de Aïn Bni Mathar à Anjil, sur un tronçon de 20 km ;
l’aménagement de la liaison, Aïn Bni Mathar et Aïn Harcha, sur 20 km ;
l’aménagement de l’accès d’Oulad Ghziel, sur 14 km.

2.5. Les activités économiques

L’activité économique actuelle de Aïn Bni Mathar se limite en gros à l’existence d’un grand souk de petit bétail, dont les retombées économiques et financières demeurent au total dérisoires (réussissant à collecter à peine un peu plus de 1 million de dirhams par an), et à un commerce fort modeste pour l’approvisionnement quotidien des habitants.

Cela est loin de pouvoir constituer la base économique indispensable pour assurer le développement futur de la ville et lui permettre de jouer effectivement son rôle en tant que carrefour de circulation, en tant que relais de collecte et de distribution dans cette zone des steppes septentrionales; et encore moins de procurer l’emploi nécessaire pour une population qui devra doubler au cours des deux prochaines décennies.

Aussi, il est nécessaire de créer de nouvelles activités, notamment pour valoriser les produits fournis par l’économie sous–régionale, mais aussi les produits importés en vue de ravitailler la partie nord des hauts plateaux.

La position intermédiaire entre le nord et le sud de l’Oriental, représente un atout pour Aïn Bni Mathar, dans la mesure où le centre peut jouer le rôle de collecte et de distribution à la fois vers le Nord et vers le Sud; c’est-à-dire, en procédant au ramassage des produits de la zone des steppes (cheptel, alfa,…) pour les commercialiser dans le reste de la région et même plus loin, d’un côté, et la réception des produits émanant d’ailleurs pour les distribuer vers Bouarfa, Figuig, Bni Tajjite…, de l’autre.

La production industrielle

Le centre pourrait bien se procurer une valeur ajoutée appréciable, en procédant à la transformation et au conditionnement d’une partie des produits qui y transitent. Ceci renvoie évidemment à la préparation de l’environnement et des conditions propices à cette évolution, et ce en aménageant une zone industrielle pour les PME. La branche industrielle qui semble être la plus porteuse à Aïn Bni Mathar est l’agro-alimentaire, compte tenu de la nature des productions agricoles et pastorales locales.

Il est, par ailleurs, rentable de créer des abattoirs industriels à Aïn Bni Mathar afin de valoriser la production et la commercialisation des viandes. Le projet d’installation d’une grande centrale thermo-solaire sur place est de nature à favoriser le développement d’unités de froid liées à l’activité des abattoirs, en fournissant l’énergie électrique à bas prix. Une unité de fabrication de matériel d’irrigation localisée est également souhaitable pour sous-tendre l’activité agricole.

L’artisanat productif et de service

La zone industrielle gagnerait à être appuyée par une zone d’activité polyvalente, destinée à accueillir des activités de production et de services, tout aussi bien pour le centre lui même  (unités de menuiserie, ferronnerie …) que pour le trafic de passagers (mécanique, tôlerie…) et pour les agriculteurs qui ont de plus en plus recours au matériel agricole (tracteurs, chariots, moissonneuses batteuses, matériel de pompage, camions de transport du bétail…).

L’artisanat de tissage et de tapisserie trouve ici des facteurs bien favorables en raison de l’abondance de matières premières (laine…), ce qui nécessite la mise en place de filières de formation professionnelle, pour répondre à des demandes spécifiques et pointues en la matière.

Il en serait de même pour le développement de l’artisanat du cuir avec, en amont, l’installation d’une tannerie, étant donné la disponibilité des sous-produits à traiter (collecte des peaux à travers la zone des steppes, dans les centres et auprès des éleveurs dispersés) et de l’eau nécessaire. Ceci nécessite, évidemment, le traitement des eaux usées afin d’éviter la pollution de la nappe et de l’oued.

L’artisanat de la vannerie à base d’alfa, mais aussi de roseaux (dont la production peut être développée en zone irriguée) est un créneau tout à fait intéressant à encourager.

L’élevage

L’élevage pastoral, basé sur la steppe, requiert, de plus en plus, un complément d’alimentation, afin d’alléger les prélèvements sur les parcours naturels, ce qui milite en faveur du développement d’unités de production d’aliment du bétail, d’autant plus que la sédentarisation d’une bonne partie des éleveurs entraîne l’accroissement de l’élevage bovin. Cette complémentarité est nécessaire pour la sauvegarde même de la steppe. Aussi, les pouvoirs publics devraient l’appuyer fortement par le biais de subventions et d’exonérations appropriées.

Le développement de l’élevage bovin, en plein air ou en stabulation, pourra alors fournir un volume important de production laitière qu’il s’agira de collecter auprès d’éleveurs souvent dispersés, d’où la nécessite d’encourager la création de coopératives de production et de centres de collecte. Un tel réseau de collecte aura à rayonner non seulement sur la partie nord des Hauts Plateaux, mais aussi sur les versants sud de la Chaîne des Horsts.

Les activités agricoles

De même, le développement de l’irrigation dans les petits périmètres irrigués actuels et à travers les zones défrichées, où le pompage laisse surgir, de plus en plus, de petites aires irriguées, permettra de fournir une production maraîchère et fruitière non négligeable qui pourra alimenter les activités de conditionnement, de traitement, de conserve et d’écrasement (huileries). Il faut toutefois signaler que le développement des cultures pérennes, notamment les plantations fruitières, risque de subir, dans ces hautes terres continentales, les rigueurs du gel nocturne en période hivernale.

Le tourisme

Du fait de sa localisation à l’entrée des immensités steppiques du sud, au contact de celles-ci avec la Chaîne des Horsts au nord, Aïn Bni Mathar bénéficie là d’un atout fort appréciable au niveau touristique, dans la mesure où elle constitue un véritable centre relais et une étape recherchée par les voyageurs se déplaçant vers les confins sahariens ou en provenance de ces lointaines contrées. Des aires de récréation devraient être aménagées en conséquence dans la ville, tout aussi bien à l’attention des voyageurs que des transporteurs, avec des structures d’accueil et de restauration adéquates et des zones de stationnement suffisantes.

Par ailleurs, le tourisme des steppes pourrait très bien s’appuyer sur l’organisation de safaris à travers les grands espaces alfatiers ; ce qui requiert le développement et la reconstitution de la faune, afin d’offrir des possibilités de chasse organisée et réglementée d’un gibier à la fois autochtone et exotique. Les pratiques lancées par certains magnats du pétrole en provenance du Golfe, pourraient constituer un créneau porteur dans ce domaine, qui reste à promouvoir aussi auprès d’une clientèle européenne ou marocaine aisée. La vie sous la tente et le dépaysement parmi des populations de pasteurs peuvent constituer des produits recherchés par cette clientèle de plus en plus stressée, par le mode de vie des grandes villes.

L’activité touristique devrait devenir un levier économique important dans cet espace et constituer l’une des sources de revenu à la fois pour les pasteurs et pour les centres urbains émergents, Mrija notamment, où pourraient se développer des structures d’hébergement et d’accueil en conséquence, avec ce que cela pourrait générer comme activités connexes diversifiées.

2.6. Enseignement, formation et culture

Pour mieux valoriser la production locale en matière d’élevage et de protection des ressources naturelles, il serait important de créer, à Aïn Bni Mathar, une institution de formation spécialisée en agro-pastoralisme. Elle pourra contribuer à mieux gérer et valoriser les produits locaux par la formation professionnelle des ressources humaines, orientée vers les techniques d’amélioration du cheptel, de valorisation des produits de l’élevage, de maîtrise des techniques de l’arido-culture et d’irrigation, ainsi que de protection des parcours et de la steppe.

Par ailleurs, il s’avère nécessaire de doter la ville de Aïn Bni Mathar d’une Maison de la Culture, organisée en deux institutions fondamentales :

un centre de documentation sur la culture nomade, pluriséculaire dans ces grands espaces,
un Musée du Pastoralisme pour conserver la mémoire de ce mode de vie qui est en train de subir des transformations profondes.

Conclusion

L’espace de Aïn Bni Mathar-Mrija est actuellement le théâtre de transformations bien apparentes qui se manifestent à travers des signes non trompeurs :

–    l’activité débordante qui caractérise le centre de Aïn Bni Mathar, animé par une certaine fièvre de construction, l’intensité relative du trafic routier et l’animation du souk,

–    l’émergence et le développement du centre de Mrija, ayant bénéficié de la réalisation d’un programme de logements de qualité, financé par des dons provenant de pays du Golfe,

–    le mouvement de « colonisation de la steppe », enclenché par de jeunes agriculteurs enthousiastes, disposant notamment de revenus de la migration à l’étranger, et par l’ouverture de nouvelles voies de communication qui en facilitent l’accès, en la rattachant mieux à la moyenne Moulouya et au couloir de Garcif-Taourirt.

La disponibilité de l’eau en quantités non négligeables, l’existence de possibilités encore importantes de mise en valeur agricole, l’accroissement d’apports monétaires provenant de l’émigration à l’étranger, l’ouverture des populations sur le monde extérieur et la proximité géographique par rapport à Oujda, Al Aïoune, Taourirt et Garcif, constituent autant d’atouts qui font de cette zone un espace de projets bien prometteur.

Cette dynamique devra être appuyée par des équipements socio-éducatifs et sanitaires : établissements secondaires, unités de formation professionnelle, établissement de santé avec unité de soins, de planification familiale, d’accouchement,…).

Ceci pourra davantage être consolidé par la création ici, à moyen terme, d’une jeune province, ce qui donnerait un souffle nouveau par l’installation d’administrations, de structures d’encadrement, de services techniques, d’institutions bancaires, d’établissements de formation…, en vue d’un meilleur rapprochement de l’administration vis-à-vis des populations et des territoires dont elle a la charge d’assurer la bonne gestion et le développement. Ceci permettra de fixer des couches relativement aisées et contribuer à améliorer le pouvoir d’achat de la population, formant ainsi un marché de plus en plus élargi pour la production locale.

 
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