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FIGUIG : L’espace de projets de Talsint-Bni Tajjite

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L’espace de projets de Talsint-Bni Tajjite

1. Caractéristiques générales et données démographiques

Cet espace correspond à ce que l’on appelle communément le Haut Atlas Oriental, qui relève du commandement administratif du cercle de Bni Tajjite, et qui n’a été intégré à la Région de l’Oriental qu’au milieu de la décennie 70, à l’occasion de la création de la Province de Figuig, alors qu’il faisait auparavant partie de celle d’Arrachidia.

1.1. Une montagne aride en quête d’identité territoriale

Le Haut Atlas Oriental est une montagne massive et assez élevée (2000 m en moyenne, mais le Jbel Mesrouk culmine à 2714 m), d’où des précipitations relativement importantes sur les hauteurs et les versants bien exposés, par rapport aux cuvettes et surtout en comparaison des Hauts plateaux qui s’étendent à l’est et qui se caractérisent par leur aridité très prononcée. Des formations géologiques spécifiques y expliquent l’existence de ressources minières non négligeables et diversifiées.

Cet espace de projets présente, dans l’ensemble, les caractéristiques d’un climat de montagne aride relativement contrasté. Le régime pluviométrique met en évidence des précipitations significatives d’automne et de printemps principalement. Néanmoins, la très grande irrégularité de ces précipitations contribue largement à définir des formes d’aridité très variables.

L’espace de Talsint-BniTajjite se distingue non seulement sur le plan physique, mais s’individualise également par la présence de collectivités humaines assez anciennes, les Aït Saghrouchene,  qui entretiennent des rapports historiques traditionnels avec le Tafilalt et la ville de Meknès.
 
Aucun oued réellement pérenne n’existe dans cet espace. Les bassins du Guir et du Bouanane s’étendent sur quelque 10.000 km² dans le Haut Atlas et empiètent sur 5.000 km² dans les Hauts plateaux, pour aller se perdre dans les confins sahariens au sud.

Les nappes aquifères de Talsint-BniTajjite possèdent des réserves d’eau assez importantes dont le débit est estimé à 1.000 l/s.

Administrativement, cet espace est composé de quatre communes rurales: Bni Tajjite, Talsint, Bouchaouene et Boumariam, encadrées par les deux petites villes de Bni Tajjite et de Talsint.

1.2. Les perspectives démographiques

Contrairement à la zone des Hauts plateaux à l’est, où la population rurale a enregistré une diminution sensible et continue, ici la population a maintenu une augmentation légère, se stabilisant au début des années 70 à un niveau d’un peu plus de 30.000 habitants. Le milieu urbain est représenté par les deux centres de Bni Tajjite et de Talsint qui abritent quelque 11.000 âmes au total, et qui ont connu un croît démographique bien soutenu au cours de ces trois dernières décennies. Globalement, cet espace est peuplé d’environ 43.000 personnes actuellement, dont le quart se trouve en milieu urbain.

Évolution récente de la population

 
Communes    1960    1971    1982    1994    2000*      
Talsint rural    16.706    19.943    22.343    25.042    26.000      
Bni Tajjite rural    5.443    6.907    6.501    6.284    6.000      
Total rural    22.149    26.850    28.844    31.326    32.000      
Talsint Centre    956    1.646    2.459    3.053    3.500      
Bni Tajjite Centre    1.534    2.455    3.871    6.029    7.500      
Total Urbain    2.490    4.101    6.330    9.082    11.000      
TOTAL    24.639    30.951    35.174    40.408    43.000      
Taux d’urbanisation (%)    10    13    18    23    26     
Source : RGPH 1960, 1971, 1982 et 1994
* Estimation.

Il faut remarquer que par rapport à l’immensité de cet espace, qui s’étend sur 13.720 km², la densité de population demeure très faible, de l’ordre de 3,2 habitants au km² pour l’ensemble et guère plus de 2,4 si l’on considère la seule population rurale. C’est que la zone est en grande majorité un espace de pastoralisme, avec un élevage très extensif, et où la vie agricole se localise dans des vallées relativement favorisées par les facteurs naturels ( sol et possibilités d’irrigation).

S’agissant des perspectives d’avenir et tenant compte des potentialités du milieu, mais aussi des impératifs de développement nécessaires pour cette zone charnière, entre l’Oriental, d’une part,  le Tafilalt et la Haute Moulouya, d’autre part, le volume de population devrait atteindre quelque 60.000 âmes d’ici un quart de siècle, en passant par 50.000 personnes environ vers 2010-2012.

Perspectives d’évolution de la population urbaine et rurale

 
Population    2000    2005    2010    2015    2020    2025      
Rurale    32.000    31.000    30.000    29.000    28.000    27.000      
Urbaine    11.000    15.000    19.000    23.000    27.000    32.000      
Total    43.000    46.000    49.000    52.000    55.000    59.000      
Taux d’urbanisation %    26    33    39    44    49    54     
Source : Elaboration Edesa

Ces perspectives démographiques qui prennent en considération la mise en œuvre d’une stratégie de développement et d’aménagement du massif montagneux et, donc, la relance de l’activité pastorale, l’extension et l’intensification des cultures, ainsi que la croissance urbaine soutenue, ne retiennent toutefois qu’une augmentation modérée de la population totale qui devrait croître de 1/3 à 2/5 par rapport à l’actuelle, avec une légère diminution du nombre des ruraux, suite surtout au recul de l’effectif des nomades, et une augmentation notable de la population des villes de Bni Tajjite et Talsint, en plus de l’émergence de petits centres dont notamment Boumariam, Bouchaouene et Anoual. Le taux d’urbanisation qui est actuellement de l’ordre de 26% devra se trouver autour de 55% vers 2025.

Perspectives d’évolution de la population des centres urbains

 
Centre    2000    2010    2025      
Bni Tajjite    7.500    11.000    18.000      
Talsint    3.500    5.000    8.000      
Autres    –    3.000    6.000      
Total    11.000    19.000    32.000     

2. Contraintes et potentialités de développement local

Le développement de l’espace de Talsint-BniTajjite se trouve confronté à une série de contraintes dont la combinaison entrave le processus de développement souhaité, dans une zone qui ne manque pas de potentialités certaines.

2.1. Les contraintes majeures

Elles sont de plusieurs ordres, à la fois physiques, humaines et économiques:

le problème fondamental réside dans l’aridité accentuée, avec une sécheresse qui s’étend sur la plus grande partie de l’année. Toutefois, en raison de l’altitude, le massif reçoit occasionnellement des précipitations non négligeables, mais dont le gros du produit hydrique se trouve perdu par manque d’ouvrages de retenue des eaux d’écoulement. Ainsi, à l’inverse des Hauts plateaux voisins qui s’étendent à l’Est, et qui ne reçoivent que de très maigres précipitations, le Haut Atlas Oriental dispose de potentialités assez importantes à ce niveau, mais qui manquent d’équipements adéquats pour les capitaliser et les mobiliser;

la rareté des sols cultivables constitue un facteur limitant pour l’activité agricole qui est contrainte de se cantonner dans des vallées et quelques petits bassins. Néanmoins l’organisation de l’irrigation devra atténuer le poids de ce facteur par l’intensification des cultures. L’extrême morcellement des exploitations et la dispersion des parcelles constituent des entraves particulièrement agissantes au niveau de l’aménagement du sol et des pratiques culturales, puisqu’elles entraînent un énorme gaspillage de temps et d’efforts et un émiettement de la production qui demeure aussi extensive que rudimentaire, d’autant plus que les moyens de production sont dérisoires et souvent archaïques;

les statuts fonciers, largement dominés par le collectif, qui s’adaptent sans doute à une exploitation communautaire par le biais de l’élevage, mais nullement à l’activité agricole productive ;

la question des droits d’eau représente également un problème de taille, face à la modernisation du système d’irrigation et d’exploitation des sols arables. La reconsidération de cette question est de la plus haute importance;

la surcharge pastorale constitue ici aussi un facteur puissant de détérioration des parcours, puisque l’élevage forme pour la majeure partie de la population la source de revenus fondamentale que tous les ménages tentent d’améliorer en augmentant les troupeaux. Cette attitude au profit de la quantité se réalise au détriment de la qualité. La surpression sur le couvert végétal, conjuguée à l’aridification du climat et aux sécheresses récurrentes, mènent inexorablement vers la réduction, voire même la destruction, de la ressource végétale, support principal de l’activité pastorale.

la pauvreté de la majeure partie de la population maintient le massif dans une situation de stagnation économique et de pérennisation de structures archaïques; ce qui alimente un courant migratoire assez ancien, vers l’engagement dans l’armée, traditionnellement, mais aussi vers les villes et en direction de l’étranger. Cette situation a laissé se développer un certain comportement de dépendance vis-à-vis des pensions militaires et des transferts de l’émigration avec, comme corollaire sur le plan démographique, un certain vieillissement de la population restée sur place.

la question de l’enclavement, ayant longtemps pesé sur les populations et l’économie de ce massif montagneux, qui est resté marginal dans le cadre de l’ancienne province d’Arrachidia jusqu’au milieu de la décennie 70, et qui n’a pas pu s’intégrer depuis, suite à son rattachement administratif à la province de Figuig. Si la construction récente de la route reliant la Nationale 10 ( Bouarfa – Arrachidia ) et la Nationale 15 a pu améliorer considérablement l’accessibilité des centres de Bni Tajjite et de Talsint, la plus grande partie du massif demeure dans une situation d’enclavement prononcé, nécessitant davantage la consolidation du réseau de communication.

la faiblesse du phénomène urbain, et la qualité des équipements des centres de Talsint et Bni Tajjite, d’une part, l’immensité du territoire et le caractère accidenté de son relief, d’autre part, ne facilitent ni l’encadrement convenable des populations rurales, ni les prestations de services nécessaires pour les populations urbaines elles-mêmes.

2.2. Les potentialités de développement

L’espace de projets de Talsint-BniTajjite dispose d’assez importantes potentialités, encore inexploitées, pouvant constituer ensemble des facteurs de mise en valeur plus rationnelle et plus rentable que la situation actuelle. Il s’agit essentiellement de :

l’importance du faciès calcaire qui constitue un réservoir d’eau fournissant l’eau d’irrigation à de nombreuses parcelles dans les vallées, où un certain écoulement pérenne est assuré. La part de ces eaux utilisée pour l’irrigation, à l’amont de la station de Tazzougart sur le Haut Oued Guir et de la station Bni Yatte sur l’Oued Bouanane, serait respectivement de 900 litres /seconde et 500 l/s, permettant d’irriguer une superficie totale de quelque 3.500 à 5.000 ha, selon les années;

les possibilités d’extension des cultures maraîchères et fourragères en zone irriguée et de développer, là aussi, les plantations d’arbres fruitiers, tout particulièrement les rosacées, vu la nature continentale du climat. L’olivier et l’amandier peuvent aider énormément à coloniser plusieurs versants qui bénéficient de précipitations plus ou moins copieuses.

l’existence d’espèces végétales à haute valeur pastorale qui, malgré leur faible densité, constituent une base de régénération prometteuse du tapis végétal;

la possibilité d’augmentation des rendements actuels des petits ruminants par le biais de l’extension de la couverture sanitaire du cheptel, l’amélioration génétique et les modes de conduite des troupeaux, avec une complémentation à base fourragère;

l’amélioration des techniques pastorales ancestrales qui se trouvent facilitées par l’existence, dans cet espace, d’une profonde tradition d’élevage et d’excellents pasteurs capables de participer à cette réhabilitation.

le tourisme se présente également comme une activité potentielle, pouvant animer à la fois les chapelets de petites oasis et les deux centres urbains de cet espace, qui sont Talsint et Bni Tajjite. Toutefois, ces deux agglomérations, qui bénéficient de l’existence relative de l’eau, souffrent malheureusement d’un grand manque d’équipements de base pour ce type d’activité qui demande un savoir-faire encore inconnu dans la zone.

3. Stratégie d’aménagement et projets de développement

Étant donné la nature de l’activité pastorale dominante, mais aussi de l’importance que prendra de plus en plus l’agriculture dans cette montagne, d’un côté, et vu le rôle dévolu aux centres urbains dans l’organisation et l’aménagement de l’espace, et dans l’encadrement des populations rurales, de l’autre, trois grands domaines d’intervention s’offrent à l’action publique pour s’y déployer, afin de protéger le patrimoine environnemental et les ressources naturelles, d’améliorer les ressources des populations et leur cadre de vie et de réussir l’intégration économique de ce môle montagneux à qui incombe la fonction de faire le joint solide et fonctionnel, entre la partie sud de l’Oriental, le Tafilalt, la Haute Moulouya et le Moyen Atlas. Cette action publique volontariste et aménagiste est seule capable de qualifier cet espace pour intéresser l’initiative et l’investissement privés.

3.1. La promotion de l’élevage

Base économique traditionnelle, source de revenus certes réduite mais indispensable, l’élevage nécessite, pour son développement, une série de mesures et d’actions susceptibles d’en améliorer la conduite, d’en élever le rendement et de l’insérer dans l’économie sous-régionale :

S’agissant de l’élevage extensif du petit bétail, le massif des Aït Saghrouchene devra bénéficier d’un programme similaire à celui qui a profité aux Hauts Plateaux voisins, en vue d’améliorer l’état des parcours, relever le rendement du bétail et améliorer les revenus des pasteurs, tout en protégeant l’environnement. Une telle entreprise devra trouver de bonnes conditions de réussite, en raison des données naturelles relativement meilleures, tant au niveau de la disponibilité en eau que de la qualité des parcours, par rapport aux hauts plateaux voisins.

Quant à l’élevage bovin, lié au développement du secteur agricole, il peut représenter un créneau intéressant au niveau de la production et des revenus. Toutefois, cela requiert l’aménagement des petits périmètres irrigués pour la fourniture de produits fourragers. Le développement de ce type d’élevage peut être sous-tendu par l’apparition d’une clientèle nouvelle représentée par l’augmentation de la population urbaine locale, mais aussi par celle de Bouarfa.

3.2. La relance de la production agricole

L’intensification de l’agriculture et l’extension de l’espace cultivé de façon rentable imposent la mise en œuvre d’une stratégie complète de mobilisation de l’eau d’irrigation, devant s’articuler autour de :

la réalisation d’ouvrages de retenue d’eau partout où cela est possible afin de capitaliser une réserve hydrique relativement abondante en temps de pluie, mais particulièrement rare, voire absente, au cours de la plus grande partie de l’année.

Les averses et les orages apportent parfois des volumes considérables d’eau qui,  faute de barrages de retenue, vont se perdre dans les confins méridionaux, véhiculés essentiellement par les oueds Ghir et Bouanane. Si pour le moment la construction de grands ouvrages, comme celui envisagé au site de Khang Lagrou, sur le Bouanane amont, requiert la mobilisation de fonds importants et des moyens techniques avancés, il n’en n’ est pas de même pour l’édification d’ouvrages de petite dimension, à l’intérieur du massif pour retenir les précieuses eaux d’écoulement, qui non seulement sont perdues, mais occasionnent, au moment des crues, la destruction des rares sols et parfois la perte des bêtes.

En somme, il est possible de recueillir, avec des moyens limités et des techniques peu sophistiquées et en mobilisant la main-d’œuvre locale dans le cadre de la  Promotion Nationale notamment, des dizaines, voire des centaines de millions de m3, susceptibles de transformer l’économie de la zone en l’orientant davantage vers l’agriculture, activité beaucoup plus pourvoyeuse d’emploi que l’élevage, tout en assurant une production diversifiée à même d’améliorer grandement les revenus des ménages.

Les corollaires de cette stratégie hydraulique à long terme sont :

la révision des droits d’eau entre ayants-droit, en vue de leur simplification et la mise en place d’une gestion plus efficace du capital hydrique;
la lutte contre l’émiettement exagéré et continu des exploitations, suite au processus infini des droits de succession, et aux opérations de cession;
la facilitation des opérations d’immatriculation des terres afin de permettre aux agriculteurs d’acquérir une certaine solvabilité au niveau de l’obtention de crédits, et ce en garantissant le droit de propriété par l’établissement d’un document inattaquable ;
l’organisation des agriculteurs en coopératives de services pour leur faciliter l’accès aux intrants, aux semences, aux plants et à l’acquisition de matériel agricole, à des prix convenables, par l’élimination de tout intermédiaire parasite, tant au niveau de l’approvisionnement qu’à celui de la commercialisation des produits de l’agriculture et de l’élevage;
la diversification des cultures, avec une autre orientation vers la production fourragère, maraîchère et fruitière, axée beaucoup plus sur le marché que tournée vers l’auto-subsistance comme aujourd’hui ;
la modernisation des moyens de production, ce qui nécessite la mise en œuvre de toute une politique d’aide et d’encouragement de la part de la puissance publique dans toutes ses composantes, vu la situation d’indigence dans laquelle se trouve la majorité des exploitants.

3.3. L’aménagement et le développement urbains

L’élevage  est, pour la plupart des ménages, une activité-refuge. Son amélioration passe nécessairement par la protection des parcours et la mise en défens de ce qui reste de la forêt. Ceci devra conduire à la réduction des troupeaux et, sans doute aussi, à la diminution de la population nomade et semi-nomade en faveur de la sédentarisation, par conversion à l’agriculture ou par fixation dans les deux centres urbains actuels de Bni Tajjite et Talsint, ainsi que dans les agglomérations potentielles de Boumariam, Bouchaouene et Anoual essentiellement.

Tablant sur un ensemble d’actions volontaires pour rechercher le processus de développement de l’espace de Talsint-Bni Tajjite, et sachant que cela ne pourra se faire sans la consolidation de ces centres pour en faire les points d’appui d’encadrement et de prestation de services, on comprend qu’il est nécessaire de les doter de documents d’urbanisme pour en organiser la croissance et y asseoir une économie à caractère urbain. Ces plans d’aménagements doivent évidemment tenir compte à la fois du caractère montagneux et steppique du milieu, et de la culture des populations locales.

3.3.1. L’alimentation en eau

Le problème d’approvisionnement en eau potable se pose d’ores et déjà de manière aiguë dans les centres de Bni Tajjite et de Talsint, alors que leur taille est encore fort  réduite. Afin de faire face à la demande future pour des centres qui doivent atteindre respectivement 18.000 et 8.000 habitants dans deux décennies, les besoins à assurer pour un niveau de consommation normal seraient les suivants :

Besoins en AEP des centres de Bni Tajjite
et de Talsint ( milliers de m3)

 
Centre    2005    2010    2015    2020    2025      
Bni Tajjite    330    400    475    570    660      
Talsint    150    190    220    260    290      
TOTAL    480    590    695    830    950     

La projection des besoins ainsi établis, qui se situent à près de 600.000 m3 par an à partir de 2010 et à près d’un million de m3 vers 2025, est basée sur une dotation individuelle moyenne d’une centaine de litres par personne ; ce qui représente un niveau minimum à satisfaire. A cela il faudra ajouter la demande qui sera exprimée par les petits centres émergents et qu’on pourrait évaluer à plus de 100.000 m3 en 2010 et plus du double en 2025.

Des projets sont déjà programmés dans les centres de Bni Tajjite et Talsint :

à Bni Tajjite, l’alimentation du centre devra se faire au moyen d’un forage pour obtenir 14 l/s et d’un réservoir de 500 m3 de capacité ainsi que l’extension du réseau de distribution sur une longueur de 30 km. Cette action, dont le coût s’élève à 12.000 MDh, est prévue de s’achever à la fin de l’année 2002.

à Talsint, il s’agit de faire un forage pour 5 l/s, la réhabilitation d’un réservoir de 250 m3 de capacité, la construction d’un nouveau réservoir de 300 m3 ainsi que l’extension du réseau de distribution. Cette action dont le coût s’élève à 8.000 MDh devrait s’achever également en fin 2002.

3.3.2. L’assainissement

Les volumes d’eau qui seront consommés justifient amplement l’installation de réseaux d’assainissement en bonne et due forme, tout particulièrement pour Bni Tajjite, qui sera une ville de taille appréciable et la métropole de ce massif. Cette action est tout à fait primordiale afin de protéger les zones d’irrigation des risques de pollution par les eaux usées du centre urbain dont l’approvisionnement en produits frais dépend en bonne partie de l’activité agricole pratiquée tout autour.

3.3.3. La maîtrise de l’urbanisation

L’urbanisation est un phénomène tout à fait récent dans l’espace de projets de Talsint-Bni Tajjite,  et l’on peut considérer que les agglomérations de Bni Tajjite et de Talsint conservent encore beaucoup de leur cachet de bourgades rurales. Toutefois, l’accroissement bien sensible qu’a connu la population et, du coup, l’espace occupé par les logements et les équipements, témoignent du déclenchement d’un processus d’urbanisation qui nécessite l’élaboration de documents d’urbanisme pour l’orienter et en assurer le développement souhaité, afin de préparer les structures d’accueil des populations à venir.

Les plans d’aménagement et les schémas d’assainissement pour Bni Tajjite et Talsint doivent obligatoirement prendre en compte leur caractère d’agglomérations attenant à un espace irrigué qui les approvisionne partiellement en produits agricoles frais, tout en fournissant de l’emploi et des revenus à plusieurs ménages.

3.3.4. Le réseau routier

Il est important de mener des actions dans le sens de faciliter la communication par :

la construction de la route régionale 604 entre Talsint et Tandrara,

l’amélioration des pistes menant aux douars éloignés afin de les désenclaver.

3.4. Les activités de transformation et de service

L’agriculture, telle qu’elle est pratiquée actuellement dans et autour des agglomérations de Bni Tajjite et de Talsint, ne saurait constituer une activité de production structurante ni au niveau de l’emploi, ni au niveau de la génération de services. De là vient la nécessité de diversifier leurs bases économiques en consolidant la production agricole et celle du souk au bétail par l’aménagement d’une zone d’activités polyvalente destinée à accueillir, en plus des ateliers divers de réparation et d’entretien, une gamme de petites entreprises d’artisanat de production et d’agro-alimentaire.

La disponibilité de matières premières locales, comme la laine, les peaux et l’alfa devrait inciter au développement d’un artisanat de tissage, de tapisserie, de vannerie…. De même, l’intensification de l’agriculture et la diversification de ces produits sont de nature à encourager l’installation de petites unités de transformation et de conditionnement.

Le tourisme se profile également comme secteur porteur, en raison du caractère exotique des paysages naturels qui combinent les aspects de la steppe à ceux de la montagne. Les centres de Bni Tajjite et plus encore celui de Talsint offrent des possibilités d’aménager des structures d’accueil appropriées pour des touristes en quête de dépaysement et de calme mais aussi pour des visiteurs de passage. Des itinéraires sont à étudier à travers le massif montagneux, combinant les vallées et les hauteurs, les centres urbains et les oasis, en complémentarité avec l’activité touristique qui pourra se développer entre le Tafilalt et Figuig.

3.5. Les équipements socio-éducatifs

Les besoins différent selon qu’il s’agisse des centres de Bni Tajjite et Talsint, d’un côté, ou des petits centres émergents, de l’autre. Pour les premiers, il y a lieu de renforcer leur équipements actuels fort insuffisants, afin de leur permettre de remplir leurs fonctions d’encadrement de leur propre population en augmentation soutenue, et celles des espaces pastoraux qui les entourent.

Bni Tajjite est en passe d’abriter plus de 10000 âmes dans quelques années et pourra avoir près de 20000 dans deux décennies. Ceci milite en faveur de la consolidation de son équipement scolaire, tant au niveau du fondamental que du secondaire, parallèlement à son infrastructure par la création d’un hôpital sous-régional capable de servir l’ensemble de la population du massif. Talsint requiert des structures moins importantes, proportionnées avec une population qui devra se trouver autour de 5000 âmes en 2010 et probablement le double en 2025-2030. L’appui de ces formations est tout à fait indispensable, vu le caractère éloigné de la zone.

Il est important également de créer dans ces deux centres des établissements de formation professionnelle appropriées dans les filières artisanales agro-alimentaires, du travail du marbre, de la vannerie, du tissage, etc.

Conclusion

L’explosion de la nouvelle concernant la découverte de l’or noir près de Talsint, a porté le nom de cette localité au firmament, faisant sortir de l’oubli cette zone qui était restée, jusque là, dans l’ombre, en raison de son économie déprimée, de sa localisation marginale et de son enclavement accentué.

Cette nouvelle «donne» n’a pas manqué d’insuffler un semblant de dynamisme immédiat dans la zone notamment à Bni Tajjite, avec l’éclosion de pratiques spéculatives et d’une certaine pression sur le secteur de l’immobilier. Mais vite le «rush» s’est évanoui au rythme d’un rêve éphémère.

Plus réelle fut la réalisation de la connexion routière entre Bouanane et Missour, qui prend en écharpe le massif, en passant par Bni Tajjite et Talsint, constituant un événement de taille dans l’action de désenclavement de cette zone, qui s’est trouvée ainsi grandement rapprochée de Fès et du Maroc Atlantique.

L’ensemble de ces éléments et de leurs retombées justifient la reprise démographique que prévoit le SDAR dans cette sous-région, ainsi que le développement urbain qu’il préconise. Le facteur catalyseur qui pourrait impulser une toute autre dynamique et conférer à cette zone charnière toute la dimension qu’elle mérite, serait d’en faire une nouvelle province afin d’instrumenter, dans les faits, le principe de base de plus en plus consacré, à savoir la gestion de proximité des populations, de leurs problèmes et des différentes composantes de leur territoire. En attendant, il serait nécessaire de promouvoir les localités de Bni Tajjite et de Talsint au rang de municipalité, afin de leur conférer les prérogatives indispensables à la maîtrise de leur croissance, à la consolidation de leurs équipements et à la modernisation de leur économie, les rendant ainsi plus aptes à encadrer leur territoire.

 
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