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Les responsables de la ville d’Oujda face à la rumeur de la visite royale

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Zaid tayeb

La ville d’Oujda, depuis un certain temps entrée dans une longue phase d’hibernation, se réveille. Elle s’étire, baille, écarquille les yeux, aveuglée par tant d’années d’un profond sommeil. Elle ressuscite, affaiblie, amaigrie par des années de coma, car c’est de coma qu’il convient de parler et non d’hibernation. Un coma fait de la main des hommes. Ceux-là que l’on voit sillonner la ville dans des voitures frappées d’un M ou un J rouge, l’air grave, le front plissé, à la fois inquiets et importants. Ces voitures qu’on était habituées à voir garées devant des écoles à attendre la sortie des enfants, devant les marchés à être chargées de cageots ou de couffins, dans les parkings des grandes surfaces pour un shopping, devant les restaurants où leurs conducteurs les avaient garées, le temps d’un gueuleton, ou devant les mosquées pour une piété hebdomadaire, pour une purification d’une âme pervertie, corrompue, sillonnent à présent les différentes artères de la ville, à la recherche d’ouvrage à accomplir, de services à rendre. On les voyait également ces voitures frappées d’un M ou d’un J rouges les weekends, les jours fériés et même la nuit à circuler aux frais des contribuables qui les ont payées malgré eux et qui continueront à payer les responsables qui se les sont appropriées comme ils continueront à payer les pleins de carburant. Les choses sont ainsi faites et il faut se résigner à les prendre comme telles, sans s’effaroucher.

Ces responsables, les voici devenus à présent plus visibles, plus serviables, plus utiles, plus populaires, plus entreprenants. Toujours dans leurs voitures, ils sillonnent les quartiers à la recherche de quelque ouvrage à accomplir. Au fait, à bien considérer l’état de notre ville, tout est bien dans le meilleur des mondes possibles, si l’on en croit Pangloss : un nid de poule à colmater avec un peu d’asphalte, quelques branches d’arbres à tailler, les coins des trottoirs à badigeonner en blanc-rouge, des passages piétons à tracer en blanc, quelques pelouses à arroser. Et le tour est joué. Animés d’une volonté d’œuvrer pour le bien de la ville et des citoyens de cette ville, les avaient sans doute en vue d’autres taches à accomplir si la rumeur allait son train. Mais la rumeur s’est vite effilochée. Or, à chaque rumeur, les responsables retroussent leurs manches pour se montrer plus actifs, mais la rumeur de la visite du roi ne s’était pas concrétisée. Déjà auparavant, à cause de la rumeur de la visite royale, ils ont éventré le lycée Oued Eddahab en rasant une partie de son mur pour soi-disant y construire un centre de soins, il y a de cela peut-être un peu plus de cinq ou six ans. Puis dans l’attente d’une autre visite, ils l’ont refermé avec des barrières et quelques feuilles de fer blanc. Comme la rumeur a refait surface, cette dernière semaine, ils l’ont rouvert et tapissé une parcelle du terrain de gravier, badigeonné les murs qui lui font face de lait de chaux et jeté quelques pelletés d’asphalte dans les nids de poule qui tapissent la rue qui fait face à la mosquée Arrida.

Comme la visite royale a été annulée ou qu’elle n’a jamais été programmée, avec elle ont été suspendues ou annulées les grosses œuvres que j’ai ci-haut énumérées et que l’on peut aisément remarquer, que ce soit par leur grandeur ou vu la précipitation avec laquelle elles ont été faites.

La main sur le cœur, les responsables attendent. D’ici là, il y aura d’autres nids de poules à colmater, d’autres trottoirs et d’autres passages piétons à badigeonner, d’autres arbres à élaguer et d’autres pelouses à arroser.

 
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