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FOOTBALL ET POLITIQUE (OU LES SECRETS DU BALLON ROND*)

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Chez nous, certains appellent ce jouet magique L’KORA, d’autres JELDA, d’autres encore NECHBA et L’BELYA… Je me suis permis d’attribuer à ce texte qui est de son auteur un deuxième titre* où j’ai appelé ce simple objet LE BALLON ROND, simple du point de vue forme mais d’une manipulation extraordinaire, il faut le dire, car il nous incite à jongler avec, il nous impose des techniques improvisées, des mécanismes de jeux très étudiés par un coach, tantôt il nous échappe et fuit tantôt il nous obéit, des fois dans des règles, des fois dans le hasard. Dans une situation ou dans une autre, il reste toujours cet élément magique à conquérir les esprits, le maitre à dénicher des talents et un moyen à produire des fonds.

J’ai ce grand plaisir, chers lecteurs et chères lectrices d’OUJDACITY, après une longue absence qui est indépendante de ma volonté, de vous reproduire, particulièrement aux fans de notre équipe nationale des années quatre-vingt et ce, à l’occasion de la rencontre footballistique entre l’équipe du Maroc et celle de la Cote d’Ivoire qui s’est soldée par deux but à zéro(2-0) sur le terrain de l’équipe adverse : résultat qualifiant notre équipe pour la participation aux phases finales de la Coupe du Monde qui se dérouleront en Russie au titre de l’année 2018, cette chronique sportive âgée de trente-sept ans, bien qu’elle parle de la conjoncture de son époque, elle ne s’avère pas caduque.
Elle est de Boujemaà AMARA à qui je la dédie, éditée le Vendredi 14 Mars 1980 dans le quotidien l’OPINION, page 9, trouvée conservée dans mes archives…

Dans la hiérarchie des sports d’équipe, le football occupe, inexorablement, le premier rang par le magnétisme qu’il exerce durablement sur les foules. Et ce n’est pas sans raison que l’on appelle aujourd’hui le football, communément le sport- roi. Il arrive en premier lieu pour toute une foule de vérités et d’évidences.
De par le monde, le nombre des footballeurs pratiquants est un défi constant aux professionnels des statistiques et des sondages. Les supporters, les tifosi, les fans de cette discipline sportive ne se comptent pas non plus et de ce fait constituent un challenge permanent aux amateurs d’équations e de probabilités. Parce qu’il galvanise le quotidien et les potentialités du commun des mortels. Le football est devenu une priorité dans l’agenda des hommes au pouvoir. S’il est capable de rapprocher les cultures, les mentalités et les cœurs, le football est également en mesure de déchainer les passions, d’accumuler les divisions, d’accorder un blanc-seing aux préjugés. S’il a permis à certains peuples de vivre de hauts moments d’ivresse et de gloire, il a simultanément, occasionné à d’autres un sentiment de désespoir fou et de désillusions déchirantes. S’identifier aux courbes descendantes ou ascendantes est devenu le lot de pas mal de pays.
Le football n’est pas du tout, cela se comprend, absent des querelles idéologiques et des théorisations byzantines de l’intelligentsia politique. Selon le point de vue que l’on défend, le football est l’opium des peuples, le moyen commode et subtil de détourner l’opinion publique des problèmes de la cité, un passetemps salutaire, un défoulement opportun face à la grisaille quotidienne, une manière d’exprimer sa personnalité et partant le génie national.
Le football suscite et nourrit controverses et extrémisme. Le contraire aurait été malheureux. Sur le terrain et en pleine action, dans les tribunes et sur les gradins, tout autant que dans les conseils de gouvernement et lors des tète à tête de haut niveau, les empoignades, au sujet du football sont légion.
FROID diplomatique entre l’Argentine et l’Angleterre au terme de la coupe du monde de 1966 en raison d’une déclaration malencontreuse de Sir Ramsay, entraineur de l’équipe anglaise. Le Guatemala et le Salvador en sont venus, non pas aux poings, mais aux chars pour une question de qualification au Mundial de Mexico.
Le président Mobutu était virtuellement le patron de la commission technique de l’équipe Zaïroise du temps de la Coupe de Monde de 1974. Le cœur de tous les Marocains battait chaudement pour notre équipe «marocaine ». La Tunisie de Bourguiba n’a, peut-être jamais été aussi sereine que lorsque des Maghrébins partis pour faire de la figuration, la concordance des pronostics, à cet égard, faisant foi, ont fait courbé l’échine et mordre la poussière à des ténors, en l’occurrence le champion mondial en titre, la République Fédérale d’Allemagne.
Au plan de l’expression spontanée, du génie propre, de l’étoffe technique, le football traduit visuellement et concrètement une gamme de clivage, d’écoles de pensées, de conception d’approche. Autant l’école latino-américaine privilégiée de tempérament, l’exploit, l’individualisme et les arabesques, autant le courant anglo-saxon met en relief l’esprit d’équipe, la réussite collective, l’engagement physique…
La stratégie soviétique est centrée sur les automatismes, l’observance des consignes, les réflexes, pour ainsi dire, mécaniques, le respect religieux des instructions et des schémas. Football enjoué et espiègle : football physique et efficace : football dirigiste et sans âme. Il y a aussi, bien entendu, une vision tiers- mondiste principalement incarnée par le continent africain et qui rappelle par sa forme et son contenu les atouts majeurs de l’expression méditerranéenne et partant latino-américain.
Quatre conceptions donc qui partent, délibérément, tous les quatre ans à l’assaut de la magistrature suprême. L’attrait grandiose des Jeux Olympiques s’efface immanquablement devant l’intensité et la majesté de la Coupe du Monde de football
Les deux super-grands tiennent en otage, l’expression est peut être forte, le devenir de l’humanité, ils n’ont en revanche aucune prise sur le destin du football. Si les Soviétiques jouent périodiquement, en football international, les seconds rôles, les Américains, en dépit d’une avalanche de dollars, sont encore au stade des balbutiements. Le football, on a souvent tendance à l’oublier, est l’un des rares domaines à consacrer le talent et le mérite sans distinction de race, de crédo, de civilisation. A cet égard, il remplira son office pleinement dans les années à venir.

Avec le plaisir de lire vos commentaires et de recevoir une réaction de son auteur s’il est encore en vie et s’il me lit.

Mohammed BOUASSABA / Acteur associatif et Retraité/ Rabat.

 
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1 Comment

  1. Jamal.MEZIANE
    13/11/2017 at 12:52

    Merci Mr Bouassaba pour ce bel article. je citerai dans ce commentaire quelques exemples de matchs de foot á caractère politique.
    1974: l’Allemagne de l’est bat l’Allemagne de l’Ouest un but á zero en coupe du monde
    1986: l’Argentine bat l’angleterre en coupe du monde 2 á 1 (le but de « la main de Dieu » signé Maradonna
    1998: l’Iran bat en coupe du monde les Etats unis d’Amerique deux buts á un.
    je finis par rappeler que la pire defaite qu a connue la selection Marocaine fût en 1979 contre l’Algerie 1 á 5 á domicile.

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