Aywaja

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PORTRAIT

Aywaja

La famille de Aywaja est du Rif. Lui, est né à Ifni. Il a roulé sa bosse partout au Maroc mais est resté attaché à  » sa ville natale ».
Portrait de l’une des figures les plus connues de l’ancienne enclave espagnole.

 

Qaund vous passez par le jardin mitoyen de l’école du nom de Halima Essaâdiya, en marge du quartier administratif de la ville d’Ifni, à quatre pas de l’ancienne trésorerie, vous le voyez se déplacer péniblement d’un bout à l’autre de ce petit espace de verdure, où des arbres, que je n’arrive pas à nommer, côtoient une variété de fleurs, pour arroser des plates-bandes, élaguer des branches, ou encore vider le contenu des poubelles dans de grands sacs de plastique en attendant le passage de la benne des éboueurs, avant de prendre une petite pause (bien méritée), le temps de fumer une guinze. Il a 52 ans et des poussières; or, l’idée selon laquelle « le bonheur, c’est à 50 ans » est tout simplement un non sens pour lui. Lhussein de son vrai prénom, mais tout le monde à Ifni, du moins pour une certaine génération, à laquelle j’appartiens non sans un brin de fierté mêlée à une sorte de profonde amertume, l’appelle Aywaja (le déformé), étant boîteux.

Rendez-vous au café Trayef

Le rendez-vous avec Aywaja est fixé chez Trayef, tenancier du bistrot le plus ancien (le plus fameux aussi) de l’ex enclave espagnole (où l’on prépare de délicieuses tapas, souvent à base de sardines frites), qui se trouve en face du cinéma Avineda (fermé depuis lontemps, et récemment réaménagé pour abriter des activités artistique et culturelle, dont par exemple un colloque sur l’histoire de la région, qui aura lieu le mois de mai prochain, selon les dires d’un activiste associatif). De taille moyenne, fluet, d’un brun qui frise le noir, les cheveux frisés, habillé d’un survêtement noir délavé, il avance lentement vers moi, ayant repéré ma place. Il me rejoint à la terrasse du café un peu avant le crépuscule. Autour de deux café crèmes (qu’on paye 5 dh la tasse, en signe de solidarité de la part du propriétaire avec les clients), l’entretien commence et notre bonhomme, dont le crâne, sans l’ombre d’un grisonnement, est déjà un peu dégarni à l’avant, se met peu à peu à livrer le petit secret (de polichinelle) qu’il possède.

Un emploi durablement saisonnier

« Je ne suis qu’un employé saisonnier » me dit-il, en réprimant ses larmes dans un ultime geste de bravoure. « Je me bats chaque jour avec les responsables de la municipalité pour que ce soit un poste permanent, mais sans résultat à la limite palpable», se lamente-t-il. Après avoir tiré une longue et profonde bouffée de sa cigarette Marquise, Aywaja ajoute d’un ton plein de dépit: « J’ai très tôt quitté les bancs de l’école, à l’âge de 7 ou 8 ans. J’ai écumé tout le Sud à la recherde d’un boulot, mais à chaque fois je reviens au bercail bredouille. Il n’ y a pas d’usines ici; c’est difficile d’y trouver un emploi.» Avant de conclure: « Comme beaucoup de familles, la mienne est venue ici d’ailleurs, du Rif, le temps des Espagnols, et y a jeté l’ancre ad vitam aeteram.»
Aywaja a vu le jour à Ifni. Même s’il a traîné ses guêtres aux quatre coins du pays, il reste, néanmoins, éternellement attaché à cette ville mystérieusement belle et étrangement ingrate envers les siens: « J’y suis né et j’y resterai jusqu’au dernier souffle de ma vie (de sa chienne de vie, s’entend)».
M.A Elhairech

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